6 février 2023
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Le renouveau culturel en Irak

Il est sans défense. Il n’a qu’un stylo dans une forêt d’armes (1)
[Allusion au poète irakien Adnan al-Saigh]

Ils [les Irakiens] m’ont enseigné la signification de l’espoir (2)
[Bassen Fayadth, producteur de films libanais]

Sayyer Al-Jamil a écrit dans le quotidien irakien libéral Al-Zaman que la centralisation et le contrôle de la culture avaient produit “une fermeture chauviniste et une culture officielle de perroquet, une culture dogmatique pré-conditionnée, conforme aux ordres.” En conséquence, les intellectuels, écrivains et artistes irakiens se sont retrouvés marginalisés pendant 40 ans. (3)

Pendant ce temps, la population irakienne a dû se contenter de “maigres portions de culture défunte, de propagande mensongère, de poèmes enflammés encensant les héros, de carnavals fantaisistes et de rassemblements politiques au service des dictats du président et du parti politique.” (4)

Les 12 années de sanctions contre l’Irak, consécutives à l’invasion du Koweït, ont aussi contribué au déclin de la vie culturelle en Irak. Evoquant en 2001 “la scène culturelle en Irak… contre le siège”, l’écrivain Nada Omran souligne que l’homme de lettres irakien connaissait d’autres difficultés, outre la lutte pour la survie: le manque d’imprimerie, de papier… Alors que l’Irak importait 100 000 tonnes de papier par an, cette quantité fut réduite à 10 000 tonnes par an, à partir d’août 1990. Plusieurs écrivains, journalistes et artistes irakiens furent privés du droit de voyager pour assister aux conférences ; ce sont parfois les pays étrangers qui leur refusaient un visa. Seuls ceux dont la loyauté au régime irakien était indiscutable pouvaient bénéficier de l’enrichissement culturel provenant du contact avec des écrivains et artistes étrangers.

Les mesures prises par Saddam Hussein contre les écrivains, les poètes, les artistes et l’intelligentsia, ajoutées aux sanctions de l’ONU, ont abouti à une atrophie culturelle.

Le renouveau culturel post-Saddam


La chute du régime de Saddam en avril 2003 a généré une vitalité culturelle sans précédent, malgré un environnement affecté par des violences permanentes – souvent dirigées contre ceux qui s’efforcent de sortir l’Irak du sombre tunnel du passé. C’est paradoxalement le climat chaotique et l’absence de solides institutions étatiques qui ont donné lieu à une créativité artistique et culturelle sans précédent. Bien que de nombreux écrivains, penseurs, romanciers, artistes et intellectuels se soient enfuis où aient été contraints à l’exile sous le régime de Saddam, beaucoup sont restés sur place. Aujourd’hui, après des années de silence forcé, les différents groupes politiques, nationalistes et ethniques peuvent s’exprimer sans restriction ni crainte de la censure, bien que pas encore tout à fait librement.

Evoquant la situation actuelle, l’écrivain chrétien Yohanna Daniel écrit: “Nous avons franchi une nouvelle étape, au moins en théorie, avec de bonnes intentions, des idées libérales et humaines.” Car malgré la violence et l’absence de sécurité, “la classe culturelle” a ouvert en grand ses portes à ceux qui, autrefois, se voyaient exclus. Daniel estime que l’Irak occupe la deuxième place derrière la vénérable Egypte, en termes de nombre de journaux, de revues, de magazines, de stations de télévision et de radio, publiques comme privées – et, dans les faits, l’Irak est en effet plus libre que l’Egypte sur bien des points. (5)

L’importance de la poésie


En Irak, la poésie a toujours eu une place privilégiée, comparée au théâtre ou aux autres formes de littérature. C’est l’héritage d’une tradition tribale privilégiant la spontanéité et l’improvisation du poète récitant ses vers en public, souvent écrits en hommage au dirigeant. Ces poèmes étaient considérés comme la forme la plus élevée de réalisation artistique.

Sous le régime de Saddam Hussein, les poètes de la Cour étaient payés généreusement pour chanter l’éloge du dirigeant qui fournissait les thèmes centraux à sa glorification et à celle de la nation. Ainsi, la guerre Iran-Irak était appelée al-Qadisiya – et plus souvent encore Qadisiyat Saddam – rappelant la bataille où les Arabes musulmans ont vaincu l’Empire sassanide perse. L’expression um al-ma’rik (la mère de toutes les guerres) était employée pour désigner la position héroïque de l’armée de Saddam contre la prétendue coalition de 30 pays qui lui a fait quitter le Koweït. C’est autour de tels thèmes que des poèmes étaient rédigés, sur demande – dans le but de perpétuer le mythe des batailles épiques de Saddam ; cette tactique commune à plusieurs régimes totalitaires vise à transformer les défaites en récits épiques. En parallèle toutefois, des poèmes moins officiels étaient composés, échappant à l’œil vigilant de la censure.

Même au sein de la culture post-Saddam de liberté et d’ouverture, les nombreux magazines, revues professionnelles et quotidiens ne peuvent pas subsister en ne comptant que sur les abonnements, la publicité (l’économie est moribonde) ou le revenu des ventes. Il semble donc que le financement d’une grande partie de ces publications provient de l’étranger, de subventions du ministère de la culture et d’autres agences gouvernementales. Il n’en demeure pas moins que la vie culturelle en Irak traverse une période de renouveau, toutefois réprimée par la peur de la violence et de la vengeance.

I. Revues culturelles


En parcourant le paysage culturel de l’ère post-Saddam, on ne peut qu’être frappé par la diversité, la qualité, l’envergure politique et la rigueur analytique du grand nombre de revues ayant vu le jour depuis la destitution du régime. Dans une récente dépêche intitulée “Magazines lus par les Irakiens” (en anglais sur le site www.memri.org ), (6) MEMRI présentait certaines des revues nées ces dernières années. Le présent rapport propose un tour d’horizon de la vie culturelle en Irak.

Mésopotamie

La revue Mésopotamie, publiée par le Centre d’études nationales irakiennes, se consacre au renouveau de l’identité et de la culture irakiennes. Le directeur de la revue est le dramaturge et romancier Salim Matar.

Le dernier numéro de la revue (n°8 et 9 en un, non daté) se consacre à la religion en Irak, aux anciennes religions d’Irak, à l’islam chiite et sunnite, au soufisme et au christianisme, pour finir avec les pratiques religieuses des Sabéens, des Yazidis et des Juifs. Le dernier chapitre du numéro soulève le problème de la “tolérance religieuse dans l’esprit irakien”, précisant que “la tolérance religieuse est une exigence humaniste”, et s’intéresse au “dialogue entre confessions et religions”. 63 articles ont été écrits sur le sujet.

Un numéro antérieur de Mésopotamie, le n°2, est consacré aux femmes en Irak. L’éditorial établit qu’il ne fait aucun doute que la civilisation mésopotamienne ne se serait pas distinguée historiquement et n’aurait pas laissé ses empreintes sans “la présence céleste des femmes illuminant le ciel de notre histoire et de notre terre.” (7)

Al-Thaqafa al-Jadida (la nouvelle culture)

Cette revue, d’abord parue en 1953 (il n’est pas certain qu’elle ait été publiée régulièrement depuis) évoque une variété de sujets – politiques, culturels et économiques. Dans le n° d’octobre 2005, certains articles évoquent la richesse pétrolière et le pillage du pétrole, un pillage de grande envergure qui serait le fait des milices chiites du Sud, lesquelles sont en contact avec l’Iran. (8) Ce numéro contient en outre des informations relatives aux investissements, des opinions sur la constitution et la citoyenneté. La revue contient aussi un article très complet de Fakher Jassim sur le tribalisme en Irak. Dans son introduction, Jassim écrit :

“Le phénomène des tribus occupe une grande place dans la pensée politique irakienne, aussi bien en termes de gouvernement qu’en termes d’opposition, à tel point que nul élément du système politique ne peut ignorer la dimension tribale… Le fait d’accorder la priorité aux considérations tribales dans la campagne actuelle a des résultats destructeurs.” Jassim soutient que les considérations tribales déforment les actions politiques. (9)

Al-Yanbou

Al-Yanbou est un journal littéraire publié à Erbil, au Kurdistan. Sur la première page du journal se trouve un poème anonyme intitulé “Où écrire ton nom ????” qui reflète peut-être l’aspiration de son auteur à une plus grande stabilité. Ce bref poème, d’une grande force, mérite d’être traduit intégralement :

“Où écrire ton nom ?
J’ai écrit les lettres de ton nom sur le sable, mais la pluie les a effacées.
Je les ai écrites sur les routes, où elles ont été piétinées.
Je les ai notées dans l’air, mais le vent les a dispersées.
Puis je les ai tracées sur les visages, et elles se sont perdues pour moi.
J’en ai fait des mélodies ; elles se sont enfuies loin de moi.
Alors je les ai inscrites sur les jours, mais les années les ont éclipsées.
Faut-il que je l’écrive [ton nom] dans les profondeurs, pour qu’il continue de battre dans mes veines ?
Je me demande où écrire ton nom.”

Le numéro comporte aussi une traduction en arabe de la chanson “La Prière”, de la chanteuse canadienne Céline Diane. (10)

Gilgamesh

Gilgamsesh est un trimestriel contenant des articles traduits de l’arabe en anglais. Il est édité par la respectable maison d’édition Dar al-Ma’moun de Bagdad et dirigé par le poète et écrivain irakien Suhail Najam. Le principal article du numéro considéré est signé par l’anthropologue irakien Hamid al-Hashemi ; l’article s’intéresse au sociologue et historien irakien Ali al-Wardi, aujourd’hui disparu.

L’éditorial est consacré à la démocratie et à ses victimes en Irak. Il dit que les Irakiens ont décidé d’emprunter la voie de la démocratie malgré les nombreux obstacles et les effusions de sang car c’est là la seule voie vers un mode de vie civilisé.

Le numéro comporte plus de dix articles sur la poésie, la prose et l’art. On y trouve notamment une courte pièce de théâtre de Sabah al-Anbary et la critique d’un ouvrage du scientifique irakien Hussein al-Shahristani, “La fuite vers la liberté”. Le Dr Shahristani a dernièrement rejoint le nouveau cabinet irakien en tant que ministre du pétrole. (11) Selon Paul Bremer, Shahristani, physicien spécialiste du nucléaire formé en Angleterre et au Canada, a été emprisonné par Saddam “pendant onze ans pour avoir refusé de coopérer au programme d’armement nucléaire baathiste.” (12)

Le journal Al-Jandool

Les deux plus récents numéros d’Al-Jandool consultables sur Internet datent d’août et de novembre 2004. Ce magazine est édité dans le gouvernorat de Qadisiya (au centre sud du pays). Dans le numéro d’août, Hamid al-Hashemi analyse “le problème de la violence comme composante de la personnalité irakienne”. S’inspirant des travaux du grand sociologue irakien Ali al-Wardi, (13) Al-Hashemi suggère que “les concepts tribaux et les valeurs ancrés dans les [traditions] bédouines communes ont eu une influence considérable… sur la personnalité irakienne en particulier et sur celle des Arabes en général.”

L’article présente la théorie d’Al-Wardi selon laquelle la culture bédouine se caractérise par trois éléments: a) le tribalisme, b) les raids, c) la chevalerie. Ces éléments ont en commun l”al-taghalub” ou domination. Le Bédouin cherche à dominer les autres par la force de sa tribu, sa force personnelle ou un sentiment de supériorité, estime l’auteur de l’article.

En l’absence de lois visant à le protéger ou a régler ses conflits avec autrui, le Bédouin recourt à la vengeance. L’auteur de l’article mentionne les manifestations politiques contre les forces de l’occupation en Irak, où les manifestants tirent des coups de feu en l’air comme s’ils participaient à une bataille.

Ces valeurs proviennent de la militarisation de la société irakienne qui a laissé “en héritage une culture de subordination par la force” des éléments politiques et sociaux perçus comme une menace par les dirigeants. Il est intéressant de noter que le premier recrutement militaire obligatoire a eu lieu sous le roi babylonien Hammourabi (1792-1750 avant J.C.) et le premier coup d’Etat militaire du Moyen-Orient a eu lieu en Irak en 1936.

Selon l’auteur, l’une des tâches principales de l’intelligentsia irakienne est de propager la culture de la tolérance et la suprématie de la loi, et de renoncer à la violence sous toutes ses formes. Par-dessus tout, il est important que le pays apprenne à remplacer les confrontations armées par de pacifiques désaccords grâce aux urnes, au développement des partis politiques et aux syndicats. (14) Bien que l’auteur ne le précise pas, il est clair que ces partis et syndicats doivent être ouverts, démocratiques et compétitifs.

Hala (Bienvenue)

Le premier numéro de Hala, un beau magazine en couleurs, a été édité à Bagdad. Il se présente comme un mensuel sur la culture proprement irakienne. Dans son éditorial, la dramaturge irakienne Lutfia al-Duleimi écrit que le magazine vise à confirmer le caractère unique de la culture irakienne, une culture à multiples facettes.

L’auteur de nouvelles Dr Loui Hamza évoque la “barrière” qui symbolise la lutte de l’homme contre la nature et les phénomènes de l’existence, la mort, le flux et le reflux de la vie, comme pour dire que l’homme a créé des barrières pour limiter la taille du monde qui l’entoure à une époque où la question de la taille est l’objet d’interminables spéculations. (15)

Al-Naba (Les nouvelles)

Ce magazine, édité par l’agence de presse chiite, fait une analyse critique de la pensée arabe et occidentale, de la non-violence et de la modération. Dans un éditorial intitulé “La culture irakienne et les horizons de la diversité”, du n° 77 de juin 2005, le directeur Saleh Zamel estime que le silence des personnes instruites et les tentatives d’évasion à l’époque du régime de Baath ont activement contribué à la mise en place du dictateur. Il condamne les intellectuels qui ont “enjolivé la tragédie et poli l’image du dictateur.”

Dans le même numéro, Sadeq Jawad Suleiman signe un article intitulé “De l’extrémisme actuel à la modération future”, invitant à passer de l’extrémisme à la modération et du fanatisme au pardon.” Un article du Dr Ahmed Rasem al-Nafis cite le prédicateur extrémiste Sheikh al-Qaradhawi, dont les sermons sont diffusés sur le petit écran, comme exemple de ceux qui déforment la vérité.

Afkar (pensées)

C‘est un magazine électronique de tendance libérale. Le n° de mai 2006 comporte un article d’Abd al-Khaliq Hussein, médecin irakien à la retraite et écrivain progressiste prolifique résidant en Angleterre. Dans cet article, intitulé “Le silence des gens instruits est un crime”, le Dr Hussein écrit:

“Les libéraux arabes sont engagés dans une bataille intellectuelle féroce contre le retard, la tromperie, la vague salafiste et la tyrannie de l’islam politique. Au cours de cette lutte, ils [les Arabes libéraux] doivent faire face au harcèlement, à l’exile, et parfois même à la liquidation physique par les forces islamistes [qui agissent] de concert avec les gouvernements despotiques… Les gouvernements arabes despotiques sont responsables de la propagation de l’islam extrémiste.

Le Dr Hussein compare les gouvernements arabes qui cherchent à empêcher l’éclosion de la démocratie irakienne à un bateau de 100 marins, dont 99 appartiennent à une tribu et un seul à une autre tribu. Les 99 marins prient Allah pour qu’il fasse couler le bateau afin que le marin de la tribu hostile périsse. (16)

Al-Adeeb Al-Iraqi (Le littéraire irakien)

Ce magazine est publié par la Fédération générale des écrivains irakiens et est consacré à la littérature moderne. Il couvre une variété de sujets, du théâtre aux formes contemporaines de prose et de poésie. Le numéro comporte un article intéressant sur la vision qu’avait Alfred Hitchcock des Etats-Unis. (17)

Ulum Insaniya (magazine de sciences humaines et sociales)

Il s’agit d’un magazine bilingue. Il publie des articles dans tous les domaines des sciences humaines et sociales, en arabe et en français. Le n°28 (de mai 2006) comporte quatre sections en arabe et une en anglais. (18)

Al-Khashaba (La scène)

Ce magazine est centré sur le théâtre. Dans le premier numéro, datant du 16 mai 2006, un éditorial déplore les conditions “tragiques” qui empêchent les acteurs de cinéma, de théâtre et de télévision de travailler dans leurs domaines, contraints qu’ils sont de chercher du travail ailleurs pour subvenir aux besoins élémentaires de leurs familles.

L’éditorial fait l’éloge d’une célèbre star de théâtre irakienne, Jaafar al-Saadi, décédé récemment. Al-Saadi “avait connu les années glorieuses du théâtre irakien ainsi que son anéantissement. Il fut l’un des premiers à se retirer sous le régime de Saddam afin de ne pas compromettre son art.” (19)

Al-Noon

Ce mensuel, dirigé par Maysaloon al-Damloojy, est édité par l’Assemblée des femmes irakiennes indépendantes. Le n° 12, publié en février 2006, se concentre essentiellement sur la difficile condition des femmes en Irak et les moyens de l’améliorer. Il inclut en outre des interviews de mères ayant perdu leurs enfants pendant la guerre de Saddam ou en raison du terrorisme et des violences actuelles. (20)

Munathamat Bint al-Rafidayn (l’organisation de la fille de Mésopotamie)

C’est aussi un magazine féminin dont la mission est de permettre aux femmes de s’exprimer “sans pressions ni restrictions”. Il cherche à encourager la participation des femmes dans les domaines sociaux, culturels et politiques, dans le respect de la démocratisation et la libéralisation de la société.

Qadhaya Islamiyya Mu’assira (problèmes islamiques contemporains)

Le double numéro du journal (n° 31 et 32) a été édité par le Centre d’études de la philosophie des religions à Bagdad. Le thème central de ce numéro est “la vie ensemble dans un environnement où prévaut la diversité”. Le magazine revient fréquemment sur la nécessité pour les sociétés musulmanes de s’adapter à un monde en changement. On peut notamment lire : “Nous vivons à une époque où le choix et la sélection ont remplacé la capitulation face au destin, qui revenait à accepter les décrets préétablis. La vision fataliste du monde fait aujourd’hui place à [la possibilité de] choisir. Le développement des sciences et de la connaissance, et l’avènement de la technologie, se sont combinés pour ouvrir à l’être humain, à tous les niveaux, de nouveaux horizons…”

Majalat al-Furat (Le journal de l’Euphrate)
C’est un mensuel électronique islamique édité par le Centre de communication islamique de l’Euphrate. Il semble être de tendance chiite. Les articles portent sur la religion et débattent notamment de la position de la sainte sharia sur l’hypocrisie, la mort et sur la date de naissance du prophète Mahomet. (26)

Islam et démocratie

Un mensuel édité par la Fondation pour l’islam et la démocratie. Un éditorial du rédacteur en chef est intitulé “Pourquoi choisissons-nous la démocratie?” D’autres articles ont pour titres : “Multiplicité et diversité de la pensée politique contemporaine”, “Les chiites et la question nationale” ou encore “La constitution irakienne, un document clairvoyant pour la démocratie islamique.” (27)

Nussooss Iraqiya (textes irakiens)

Ce mensuel se concentre sur la littérature irakienne contemporaine. Il est diffusé par Internet. Le n° du 17 avril 2005 contient cinq sections: poésie, prose, récit, traduction et dialogue. (28)

Ashouriyoun (Assyriens)

Les Assyriens sont l’une des plus anciennes communautés d’Irak. Leur présence dans le pays remonte à il y a plus de 3000 ans. L’Ashouriyoun est un mensuel politique publié par la Conférence générale des Assyriens. Le deuxième numéro comporte un article discutant du statut des villages chrétiens en Irak et un autre article portant sur les médecines traditionnelles d’autrefois. (29)

Bagdad (en français)

Après une interruption de trois ans, la maison d’édition Ma’moun a repris la publication du magazine Bagdad en français. Le n° 346 est consacré à une exposition de peintres irakiens à Paris et à la collaboration entre les institutions éducatives des deux pays. (30)

Littérature kurde

Trois principaux journaux seront mentionnés: le magazine Panorama, le quotidien Al-Taakhi associé au parti démocratique kurde, qui publie tous les jeudis un supplément littéraire ; celui-ci comprend une sélection de poèmes et de textes en prose d’écrivains irakiens, arabes et étrangers. Un autre quotidien kurde, Al-Ittihad, édité par l’Union patriotique du Kurdistan, édite également un supplément littéraire.

II. Le théâtre et la scène


Sous les auspices du département du cinéma et du théâtre du ministère de la culture, la troupe nationale a présenté la pièce “Après le septième jour”, écrite par Mithal Ghazi et interprétée par certains des plus grands acteurs d’Irak, comme Sami Abd el-Hamid, Leila Muhammad et Faisal Jawad. Cette nouvelle pièce a pour héros un Irakien ayant participé à la plupart des guerres contre le régime déchu sans avoir jamais été blessé. Il découvre toutefois qu’il est atteint du cancer et n’a plus que sept jours à vivre. C’est alors que commence son combat, qui est à la fois un combat intérieur et un combat contre les autres, car il refuse de se résigner. La signification de l’œuvre, selon l’auteur, est que le pays devrait s’ériger sur de solides fondations avant de s’embarquer dans le changement et l’expulsion de l’occupant. (31)

La Ligue irakienne des droits de l’Homme, en collaboration avec le Centre pour la société civile irakienne, a présenté une pièce dans la ville de Diwaniya, appelée “Rêves innocents”. C’est une comédie sur une femme vivant à la campagne qui doit faire face à de nombreux problèmes éducatifs, sociaux et politiques : des services publics de mauvaise qualité, l’absence d’eau potable et d’électricité. (32) La Ligue a produit en tout douze pièces, qui évoquent toutes la souffrance des Irakiens, leur besoin de nourriture et d’abris décents. (33)

La troupe de théâtre nationale a joué au théâtre national la pièce “Et si?”, écrite et réalisée par Qassim al-Sumari, et interprétée par Sadiq Abbas, Shahrazad Shakir, Sadiq Marzook et Hatem Odah. La pièce se penche sur le problème de la guerre, pas seulement comme le terrain de meurtres, mais comme une antithèse de la poésie. L’auteur explique que la pièce met en scène “le conflit entre la tendance de destruction représentée par les guerres, et l’aspiration à la vie représentée par le poète.” (35)

Dans la ville voisine de Diwaniya, une nouvelle pièce d’Ammar Nu’ma, portant le nom de “Akfan wa-maghazel” (flirts et linceuls) soulève les problème de la violence et des charniers à travers le prisme des rites relatifs au deuil du sud de l’Irak.

La troupe internationale de danse théâtrale pour la paix a produit un spectacle moderne expérimental intitulé “Al-Leila al-Thaniya” (La deuxième nuit), devant également avoir lieu au Théâtre national. Selon le producteur, Sarmad al-Din, le groupe comprend dix danseurs ; chacun s’efforce de trouver le style de danse personnel qui lui permettra d’exprimer la souffrance de l’individu, ses crises internes et externes. (36)

L’une des productions théâtrales les plus intéressantes de ces derniers temps s’intitule “Les femmes de Lorca” ; elle s’inspire de thèmes du dramaturge espagnol Federico Garcia Lorca. L’auteur et productrice de la pièce, Awtaf Na’im, qui est également l’une des cinq actrices du spectacle, est considérée comme la plus grande actrice de théâtre irakienne.

Na’im explique : “J’ai choisi Lorca en raison de l’intérêt qu’il porte à la liberté des femmes. Je m’efforce de faire entendre la voix des femmes et de mettre en valeur leur présence.” La pièce ne bénéficie que de peu de publicité afin d’éviter les actes de terrorisme et de violence. (37)

La Société irakienne de l’espoir se prépare à produire la pièce “Huquqana” (Nos droits) qui s’intéresse aux droits de la femme, à sa liberté et à l’égalité hommes-femmes. Cette pièce s’intéresse également aux droits des enfants et aux méthodes d’éducation, ainsi qu’à l’amélioration générale de la société. (39)

L’assassinat d’Atwar Bahjat, reportrice irakienne d’Al-Arabiya, est devenu le sujet d’une pièce intitulée : “Atwar : le regard de la vérité”. Les dialogues sont écrits en vers, et le rôle principal d’Atwar est tenu par une étudiante de l’institut des Arts de Bagdad. (40)

Le département d’Education de la jeunesse au ministère de la Culture présente également des pièces pour enfants. Le premier festival a eu lieu le 2 avril à Bagdad. Les artistes sont confrontés à un danger bien réel, deux des acteurs devant tenir les rôles principaux, Fu’ad Radhi et Haidar Jawad, ayant été assassinés. (41)

Les écoliers sont encouragés à présenter des pièces adaptées à leur âge. Parmi les pièces interprétées se trouve “La conséquence du mensonge”, “La table de l’amour”, “Le cheval et le lapin”… (42)

Des troupes kurdes ont présenté leurs arts folkloriques dans les villes du Kurdisan et à l’étranger. Le groupe Gayran s’est produit en Grande-Bretagne, en France, en Allemagne et aux Etats-Unis. Il a sorti deux CD. Ce groupe interprète en kurde des chansons originellement écrites en arabe. Les Kurdes tiennent à distinguer leur propre culture de la culture arabe, dominante en Irak. (43)

Une école de musique et de danse

L’Ecole de musique et de danse a ouvert à Bagdad en 1969. Comme d’autres institutions, elle a été pillée en avril 2003 et les miroirs muraux des salles de danse ont été brisés. L’Ecole comprend toutefois près de 200 étudiants qui apprennent la danse et la musique classique. Plusieurs étudiants en musique espèrent un jour faire partie de la Symphonie nationale irakienne. (44)

III. Funoon Tashkiliya (arts plastiques)


Les arts plastiques sont en pleine expansion en Irak :

Munir Ahmad, âgé de 42 ans, est spécialiste de la calligraphie arabe. Ses œuvres ont été exposées à Nasiriya. (45) Sous les auspices du ministère de la culture, une autre exposition de calligraphie arabe et d’enluminures islamiques a eu lieu à Bagdad du 2 au 10 mai cette année. (46)

Dessins animés

Les expositions de dessins et de caricatures sont fréquentes en Irak. L’Association des dessinateurs a organisé sa première grande exposition, avec 25 participants de tous les âges. Les dessinateurs s’inspirent de “la réalité de tous les jours”, de sujets “chauds”, de la situation sociale difficile et de la corruption des agences gouvernementales. (47)

Dans la ville de Basra, deuxième plus grande ville d’Irak, trois jeunes dessinateurs ont présenté leurs œuvres dans le cadre d’une exposition intitulée “La corruption du gouvernement – caricatures.” (48) L’exposition reflète les manifestations omniprésentes de corruption qui minent les efforts pour bâtir un système transparent – condition fondamentale au succès d’un régime démocratique.

Exposition de posters

En mars 2006, pour la première fois en Irak, 19 artistes ont affiché 40 posters à l’extérieur, non loin du ministère de la Culture, dans le centre de Bagdad. Les artistes considèrent que leur travail “reflète le langage de la rue avec un puissant effet”. L’ouverture de l’exposition a été retardée de deux heures en raison de tirs d’obus de mortier. L’exposition a toutefois eu lieu car “l’art est plus fort que la violence”. L’une des artistes, Rana Adnan, a exposé une oeuvre intitulée “Le chemin de la vie” qui, selon l’artiste, “exprime l’optimisme face à la possibilité d’un Irak meilleur et d’une plus grande liberté.” (49)

Fotografia (Magazine de photographie)

Ce numéro non daté comporte un article accompagné de photos du photographe Ishan al-Jezani. Plutôt que de se lamenter sur le pillage du musée national et de la bibliothèque nationale intervenu en avril 2003, al-Jazani s’est servi de sa caméra pour reconstituer le passé. Sa caméra l’a amené jusqu’au Louvres et dans des musées de Londres et de Berlin. Il s’est déclaré impressionné par le nombre d’enfants en visite dans ces musées et par le respect de ces derniers pour les objets d’art, alors que durant sa propre enfance, on ne portait que très peu d’attention aux “noms et symboles de notre civilisation”, les gouvernements successifs préférant accrocher aux murs des photos de chefs d’Etat, plutôt que des photos illustrant la richesse de la civilisation irakienne. (50)

Le photographe irakien Adel Qassim s’efforce également de capturer le passé au moyen de son appareil ; il a exposé ses photographies au café Al-Shahbandar de Bagdad. Ce café est un lieu de rencontres pour les écrivains, les poètes et les artistes depuis son ouverture en 1917. (51) Al-Shabandar est la version irakienne du Café de Flore de Saint Germain des Près, fréquenté par des écrivains et artistes tels que Hemingway, Sartre, Simone de Beauvoir ou Picasso. Qassim a exposé pendant plus de trois mois. Quand on lui a demandé pourquoi il se focalisait sur le passé, sur les vieilles demeures, la vie pastorale, il a répondu : “Je photographie rarement la destruction. Tant qu’il y a de la vie, il y a de la beauté et de la bénédiction.” (52)

Le ministère de la Culture a organisé une exposition de photos sous le titre “Aspirations à la paix”, représentant le travail des trois plus grands photographes irakiens : Saad Nu’mah, Ahmed Abdallah et Abbas Al-Webdy. Les photos, en couleurs pour la plupart, représentent l’amour des Irakiens pour la vie malgré “les changements politiques qui frappent cette terre fidèle.” (53)

Conclusion

Le renouveau de la culture irakienne révèle la présence d’un courant fort favorable à la culture irakienne indigène, à la laïcité, aux droits de la femme, à l’opposition au terrorisme et à la violence.

Comme par le passé sous Saddam, un grand nombre d’écrivains irakiens, d’artistes et de poètes reçoivent leurs salaires mensuels du ministère de la Culture. Pour le moment, les salaires semblent être versés sans que des conditions soient posées quant au travail créatif des destinataires. Il est impossible de savoir combien de temps cette situation durera, la nature du nouveau gouvernement déterminant en grande partie l’avenir de l’activité artistique dans le pays.

*Dr Nimrod Raphaeli est chargé du Programme d’études économiques du MEMRI

Notes


[1] En référence au poète irakien Adnan al-Saigh, dont la vie a été menacée pour avoir lu de la poésie “progressiste”.

[2] Fayadth a produit un documentaire sur la vie en Irak, des villages kurdes détruits au nord jusqu’aux pécheurs de Shat al-Arab au sud. www.annabaa.org, 12 septembre 2005.

[3] Al-Zaman (Bagdad), 13 octobre 2003.

[4] Al-Zaman (Bagdad), 13 octobre 2003.

[5] Yohanna Daniel, “Le phénomène de l’exclusion culturelle : l’exemple de l’Irak aujourd’hui”, www.elaph.com, 12 mai 2006.

[6] Enquête et analyse n° 272 du MEMRI “Magazines Iraqis Read,” 2 mai 2006, http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=ia&ID=IA27206.

[7] Cité par le quotidien al-Sabah, (Bagdad), le 16 mai 2006.

[8] La contrebande de pétrole est un business très lucratif en raison des différences de prix entre le pétrole raffiné sur le marché irakien et dans d’autres pays.

[9] http://althakafaaljadeda.com/316/23.htm.

[10] Al-Yanbou’, n° 45 (15 mars 2006).

[11] http://www.cultureiraq.org/magazin.him.

[12] L. Paul Bremer III, My Years in Iraq. New York, Simon & Schuster, 2005, p. 358.

[13] Ali al-Wardi, lamahat ijtima’iyya fi tarikh al-Iraq al-hadith (Londres, Dar Fufan, 1992).

[14] Al-Jandool Magazine, n° 13 (Août 2004).

[15] Ali Hassan al-Fawaz sur HTTP://www.saudinet.net/printarticle.php?id=37755.

[16] www.afkar.org/content/index.php?option=com_content&task=view&id=4591&item (5 avril 2006).

[17] http://elaph.com/ElaphWeb/ElaphLiterature/2006/3/13206.htm.

[18] www.uluminsania.net.

[19] www.al-khashaba.com.

[20] Al-Mada (Bagdad), 6 mars 2006.

[21] http://www.bentalrafedain.com.

[22] http://www.bentalrafedain.com/bohoth/makalat_b/makalat063.htm.

[23] Des points de vue similaires sur la sécularisation ont été exprimés par Sayyed Ayad Jamal al-Din lors d’une conférence au MEMRI, le 6 avril 2006. Sayyed Jamal al-Din est un ouléma chiite et un député irakien. Voir la Dépêche spéciale n° 1138 du MEMRI : “Iraqi Reformist MP Sayyed Ayad Jamal Al-Din Discusses the Situation in Iraq at MEMRI’s Reform Lecture Series in Washington, D.C.,” 12 avril 2006, http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=sd&ID=SP113806.

[24] Majalat Qadhaya Islamiyya Mu’asira, n°. 31-32 (hiver-printemps 2006).

[25] http://albadeal.com (18 mai 2006).

[26] Majalat al-Furat, n° 56, mai 2006

[27] Al-Mada (Bagdad), 4 avril 2006.

[28] http://iraqiwriter.com/Iraqi_text_writer_text_issue_17/Iraqi_writer_Iraqi.

[29] Al-Mada (Bagdad), 21 février 2006.

[30] Al-Mada (Bagdad), 29 avril 2006.

[31] Al-Mada (Bagdad), 5 février 2006.

[32] Al-Mada (Bagdad), 16 avril 2006.

[33] Al-Mada (Bagdad), 6 avril 2006.

[34] Al-Mada (Bagdad), 14 mai 2006.

[35] Al-Mada (Bagdad), 28 janvier 2006 et19 février 2006.

[36] Al-Mada (Bagdad), 22 janvier 2006.

[37] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 17 mai 2006 et al-Mada, 16 mai 2006.

[38] Al-Mada (Bagdad), 23 mai 2006.

[39] Al-Mada (Bagdad), 14 février 2006.

[40] Al-Mada (Bagdad), 19 mars 2006.

[41] Al-Mada (Bagdad), 30 mars 2006.

[42] Al-Mada (Bagdad), 3 janvier 2006.

[43] Al-Mada (Bagdad), 6 mai 2006.

[44] Rapporté par Reuters et publié dans le quotidien palestinien al-Hayat al-Jadida, le 26 avril 2006.

[45] Al-Mada (Bagdad), 3 mai 2006.

[46] Ministère de la culture de la République d’Irak, http://cultureiraq.org/newsfrom.php?id=233.

[47] Al-Mada (Bagdad), 21 janvier 2006.

[48] Al-Mada (Bagdad), 26 mars 2006.

[49] www.annabaa.org, 30 mars 2006.

[50] www.foto-master.com

[51] Un petit historique du café al-Shahbandar a été diffusé sur BBCArabic.com, le 13 janvier 2006

[52] Al-Mada (Bagdad), le 2 janvier 2006.

[53] Al-Mada (Bagdad), le 1er février 2006.

[54] Al-Mada (Bagdad), le 14 avril 2006.

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