29 octobre 2020
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Pourquoi j’aime tant l’ Australie

A la Chambre des Représentants le mois dernier, Julia Gillard, membre de l’opposition, a interrompu le discours du Ministre de la Santé ainsi : ” Je propose qu’on cesse d’écouter cette larve pleurnicharde, là-bas “.

Pour ce fait, cette brave femme s’est vue ordonner de quitter l’Assemblée, au moins pour une journée. Elle aurait pu échapper à cette petite exclusion si elle avait accepté de déférer à la demande pressante du président de séance de s’excuser avec une formule bien différente de celle-ci qu’elle énonça pourtant : ” Si j’ai offensé des larves, je retire sans conditions “.

Mon Dieu, j’aime l’Australie ! Où diable avez-vous un ministre de la santé du ” shadow cabinet ” avec une telle, hum, tenue ? Bien sûr étant marié à une australienne, je suis partial, mais comment ne pas aimer un pays, en cette ère de larves pleurnichardes dans le monde entier, dont le ministre des finances suggère à toute personne ” qui veut vivre selon la loi de la sharia ” d’essayer l’Arabie saoudite et l’Iran, ” mais pas l’Australie “. Il s’expliquait sur une précédente suggestion : ” Les gens …qui ne veulent pas vivre selon les valeurs de l’Australie et les comprendre, eh bien ils peuvent parfaitement partir. ” Par opposition, on a le Canada, historiquement et culturellement jumeau de l’Australie dans le Commonwealth, où l’Ontario a vraiment envisagé l’an passé de permettre à ses Musulmans de vivre sous la loi de la sharia.

De tels événements ne peuvent pas arriver en Australie. C’est un endroit où, quand les restes d’un soldat sont accidentellement échangés avec ceux d’un Bosniaque, la veuve furieuse décroche son téléphone tard dans la nuit, appelle le Premier Ministre au lit à son domicile, pour lui décocher une déclamation enragée et inédite – qu’il accepte publiquement et gracieusement comme parfaitement méritée. Là où les Américains font un procès, les Australiens tranchent et embrochent.

Pour les Américains, l’Australie fait naître la nostalgie de notre propre passé dont nous nous souvenons, clairement inspiré de la vigueur et du franc-parler de John Wayne. L’Australie évoque l’écho de notre propre frontière, ce qui explique pourquoi l’Australie est le seul endroit où vous pouvez sans malice tourner encore un vrai western.

C’est certainement le seul endroit où vous entendez des officiels parler simplement pour défendre leur action. Quel autre Ministre des affaires étrangères, à l’exception de celui d’Australie verrait à travers le ” multilatéralisme “, le fétiche de chaque larve pleurnicharde de la politique étrangère, depuis le Quai d’Orsay jusqu’à Foggy Bottom [Ministère des AE américain, ndt] pour le désigner convenablement ” synonyme d’une politique inefficace et mal orientée, impliquant ‘internationalisme du Plus Petit Commun Dénominateur ” ?

Et avec l’action vient la bravoure, depuis le courage transcendant du condamné à Gallipoli, à la folie enjouée du football selon les règles australiennes. Comment pouvez-vous ne pas aimer un pays dont le sport national a pour marque de fabrique les règles du Hun Attila, des culottes courtes et pas de capitonnage – une passion nationale qui donne au football américain une image de gentille bleuette ?

Cette bravoure engendre l’affection en Amérique pour une autre raison encore. L’Australie est le seul pays qui a combattu avec les Etats-Unis dans chacun de ses conflits majeurs depuis 1914, les bons et les mauvais, dans les victoires et les défaites.

Pourquoi ? Parce que l’isolement géographique et historique de l’Australie a engendré une sagesse quant à la structure de la paix – une sagesse qui échappe à la plupart des autres pays. L’Australie ne se fait pas d’illusions sur la ” communauté internationale ” et ses institutions irresponsables. Île de tranquillité dans une région troublée, l’Australie comprend que la paix et la prospérité ne proviennent pas de l’air que nous respirons, mais se maintiennent par la puissance – autrefois la puissance de l’Empire Britannique, aujourd’hui la puissance des Etats-Unis.

L’Australie s’est jointe aux guerres lointaines au début du 20ème siècle en Europe, non par nostalgie impériale, mais du fait d’une compréhension profonde que son destin et l’avenir de la liberté étaient intimement liés avec celui de l’Empire Britannique en tant que principal garant du système international. De nos jours, le garant en est l’Amérique, et l’Australie comprend qu’une retraite ou une défaite américaine – un aboutissement souhaité par nombre d’alliés occidentaux avec ardeur, si ce n’est secrètement – serait catastrophique pour l’Australie et pour le monde.

Quand des ambassadeurs australiens à Washington expriment leur soutien aux Etats-Unis, c’est du fond du cœur et sans mélange, jamais le ” oui, mais ” des autres alliés, un soutien pour la forme suivi d’une liste de complaintes, d’affronts et d’accusations avisées. L’Australie comprend le rôle de l’Amérique et offre sa sympathie dans sa situation difficile, réticente à l’hégémonie. Cette compréhension l’a conduite à partager des coups durs avec les Américains, de la Corée à Kaboul. Ils ont combattu avec nous à Tet, et aujourd’hui à Bagdad. Chaque engagement ne s’est pas toujours bien terminé, mais chacun était difficile, et beaucoup sans alliés. Voilà pourquoi l’Amérique a tant d’affection pour un pays dont le Premier Ministre a déclaré après le 11 septembre : ” Ce n’est pas le moment d’être un allié à 80 % “, et a il prouvé qu’il le pensait.

Adaptation française de Simon Pilczer

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