21 octobre 2020
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Nationalisme contre Libéralisme

Enfin, cette droite commet la même erreur fondamentale que la gauche, l’étatisme. La différence semble être que la droite embrasse souvent l’étatisme avec moins de foi superstitieuse que la gauche, et que cet étatisme est donc moins systématiquement poussé. C’est aussi la raison structurelle pour laquelle la gauche accapare plus systématiquement l’establishment étatique et para-étatique.

Prenons pour exemple Jean-Jacques Rosa, penseur de la droite nationaliste, qui contrairement à la plupart des commentateurs politiques a eu l’honnêteté intellectuelle de lire des auteurs libéraux avant de critiquer, et qui pourtant ne comprend pas vraiment le libéralisme et commet les mêmes erreurs classiques.

Ainsi, dans ce texte sur Frédéric Bastiat, Jean-Jacques Rosa confond deux définitions du mot État, comme organisation de la force d’une part, chose effectivement nécessaire, et comme monopole de la force d’autre part, chose aussi nuisible qu’inutile.

Par cette identification, il en vient à déduire que le monopole est nécessaire, que le mal est bien, que le bien est impossible, qu’il faut se résigner à l’État, considérer comme des vandales ceux qui s’y opposent, et rechercher comment mettre cet État au services des Vraies Valeurs. Conclusion absurde s’il en est. Si Bastiat ne distingue pas ces deux concepts par deux mots distincts, comme le fera son ami et successeur Gustave de Molinari, il les distingue bien conceptuellement, dans son essai l’État, par exemple. Rosa a donc tort d’attribuer à Bastiat ce qui est une erreur que Rosa lui-même commet, erreur fondamentale de l’étatisme. Certes, Bastiat ne s’est pas, comme Molinari, penché sur la structure d’un gouvernement sans monopole, et n’est donc pas forcément la référence à donner sur ce propos. Jean-Jacques Rosa a donc fait un effort de recherche, mais n’est pas allé jusqu’au bout de sa démarche de compréhension du libéralisme. A sa décharge, notons que de nombreux libéraux modérés n’ont pas non plus fait cette démarche.

A charge, par contre, ajoutons que l’identification de la Nation à l’État faite par la plupart des nationalistes contient le germe fatal de l’étatisme. Et que la prétention même de faire de parler au nom de la nation ou de faire des propositions normatives sur une nation, qui plus est une nation possédant un monopole territorial ou génétique, contient le germe étatiste.

Commentaire lu sur farelivejournal :

Ton intuition sur le positionnement de Rosa va dans la bonne direction mais ce n’est pas exactement ça. On ne peut dire pas dire qu’il est un penseur de la droite nationaliste. Ainsi, il ne se sent aucune affinité avec le FN et ne veut absolument pas être associé à ce parti (et il n’a aucun contact particulier, à ma connaissance, avec des gens de ce parti, et plus généralement de ce qu’on appelle le “mouvement national”). En revanche on peut tout à fait dire qu’il est un penseur de la droite souverainiste au sens réduit du terme, c.à.d. grosso modo les gaullistes et assimilés, autrement dit les gens autour de Philippe de Villiers, Charles Pasqua, Nicolas Dupont-Aignan etc. pour les politiques, et de Paul-Marie Coûteaux, Philippe de Saint-Robert, Francis Choisel etc. pour les militants et les idéologues. A vrai dire il est l’un des économistes principaux auxquels se réfèrent les souverainistes. Parmi ces autres économistes on peut citer le “demi-fou matérialiste” Maurice Allais (http://www.pageliberale.org/commentaire.php?niw=1318#14856) et le super-confusionniste Alain Cotta.

Autant dire que Jean-Jacques Rosa est le moins incompétent et le moins absurdiste des économistes souverainistes… Il est vrai, comme tu le rappelles, qu’il connaît – au sens de il sait qu’elles existent et en connaît au moins en partie le contenu – la théorie économique pertinente (autrichienne) et la pensée libérale cohérente. Au temps où il était rédacteur en chef des pages roses “Economie/Idées” du Figaro il permettait régulièrement à des économistes/penseurs libéraux/libertariens de s’exprimer (Pascal Salin, Pierre Lemieux etc.). Mais il semble hélas qu’il n’ait pas tout compris ou bien il refuse d’en tirer les conséquences. Car si ce n’était le cas il ne serait certainement pas une des références de nos “bons” souverainistes-étatistes à la française…

P.S. : on peut par ailleurs parfaitement imaginer un souverainisme cohérent, un souverainisme libéral : voir http://membres.lycos.fr/mgrunert/Pseudodemocratie.htm
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http://www.pageliberale.org/billet.php?niw=1347

Eric ABC (http://www.pageliberale.org/bio.php?id_auteur=10)

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