7 février 2023
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Ce n’est vraiment pas le Pape qui me choque

Au cours d’une rencontre de théologiens à Ratisbonne, en Allemagne, le Pape Benoît XVI a évoqué un ouvrage rapportant un dialogue entre l’Empereur byzantin du XIVe siècle Manuel II Paléologue et un érudit perse : « L’Empereur en vient à parler du Djihad, la guerre sainte ».


E
t de citer alors les propos de l’Empereur : « Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme son ordre de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». Le discours pontifical était consacré à la foi, à la violence et la raison. Mais en quoi cela pourrait-il choquer les musulmans si ces derniers reconnaissent que Mahomet avait été à la tête des gangs arabes lors des premières guerres expansionnistes de l’Islam (en arabe les « Fotouhat », pluriel du mot « Fatah » [1] qui signifie : invasion) ? D’ailleurs la religion musulmane n’autorise-t-elle pas ses fidèles à étendre l’islam par la force ?

Les réactions démesurées et plus ou moins belliqueuses des hautes instances musulmanes – sunnites et chiites – et de certains gouvernements islamiques sont d’autant plus révoltantes qu’aucune de ces autorités n’a jamais émis la moindre protestation contre les nombreuses œuvres littéraires et artistiques, articles de presse et manuels scolaires arabes qui donnent une image très négative des autres religions.

Dans les écoles syriennes, par exemple, on apprend aux écoliers de dix ans que les Juifs se servent du sang des enfants musulmans et chrétiens pour le « sacrifice de Pessah » ; en Egypte, de même, de nombreux articles parus au cours des dix dernières années ont été rédigés sur la fête juive de Pourim, pour laquelle les Juifs seraient tenus à obtenir du sang humain, afin que leurs prêtres puissent préparer les pâtisseries propres à Pourim ! [2]

En Arabie wahhabite, on enseigne aux étudiants de troisième année qu’il est du devoir de chaque musulman de manifester mépris et dégoût chaque fois qu’il croise un adorateur de la croix (un chrétien). Ce discours qui ne reflète que la haine gratuite et l’intolérance absolue semble faire école aujourd’hui dans la région du berceau des trois grandes religions monothéistes. Le monde civilisé doit comprendre qu’un chrétien ne vaut pas mieux qu’un Juif dans l’état d’esprit des égorgeurs fanatisés et des brûleurs de livres.

Depuis deux semaines, les principaux médias arabophones donnent la parole à des imams prétendant que l’Occident aurait déclaré la guerre à l’Islam et que les pays musulmans devraient se mobiliser ! Une caricature parue dans l’hebdomadaire du Hamas « Al-Risala » présente le Pape Benoît XVI en tenue nazie et portant une écharpe sur laquelle figurent des drapeaux américains et danois ! A la télévision palestinienne contrôlée par le Fatah, un leader religieux du Hamas a qualifié le Pape de « criminel et arrogant », « ignorant et stupide », avant de le conseiller d’attendre sa punition : « Allah ne punit pas nécessairement le mauvais immédiatement, mais attend jusqu’au jour du jugement final ».

Les principaux représentants des communautés musulmanes en Occident ont quant à eux prétendu que l’islam respectait toutes les religions révélées (monothéistes) et que les Occidentaux devaient faire preuve de plus de tolérance. Qu’en est-il alors des religions « non révélées » ?

Ces réactions sont d’autant plus scandaleux que le monde libre n’a jamais cherché à contrôler les discours des chefs d’Etat musulmans, de même que le Vatican ne s’ingère pas dans la rédaction des manuels scolaires en Arabie saoudite. Il est peut-être utile de rappeler que si la littérature et l’enseignement musulmans autorisent l’existence des religions monothéistes et reconnaît leurs prophètes (seulement ceux cités par le Coran), il n’en va pas de même des autres religions dites non révélées, telles que les principales confessions asiatiques, formellement interdites dans pratiquement tous les pays musulmans. Même dans les principaux pays arabes dits laïcs-progressistes (Egypte, Syrie), tout converti à une religion non-révélée est passible de la peine capitale !

Qu’en est-il donc de cette tolérance de l’islam si vantée en Occident ? En réalité, l’islam n’admet que les religions qu’il a bien voulu reconnaître, dont il se revendique être la continuité. Et là encore, qu’il s’agisse du judaïsme ou du christianisme, les textes bibliques ne sont tolérés que s’ils sont interprétés à la façon islamique.

Les Juifs et les chrétiens seraient ainsi dans l’erreur et l’ignorance et leurs religions auraient été falsifiées. Pour les musulmans, une négation de ces principes est absolument inadmissible car elle remettrait en cause la validité des normes et des vérités coraniques [3]. Cependant, au cours de l’Histoire, cela n’a pas été toujours le cas.

A titre d’exemples, sous le califat d’Omar ibn El-Hattab, à la suite de la révolte des mages, ceux-ci ont fini par être considérés comme dhimmis [4], de même que le troisième calife orthodoxe a inclus le sabe’a (le culte des étoiles) dans la même catégorie, alors que ces deux communautés ne sont pas des Gens du Livre ; deux exemples frappants qui démontrent bien que l’islam a toujours été politique et demeure davantage une doctrine de domination politique qu’une confession ; encore moins une philosophie.

Aujourd’hui encore, la religion musulmane est instrumentalisée au Moyen-Orient par tous ces régimes médiévaux en quête de légitimité populaire. Même dans les écoles prétendument laïques des républiques pseudo progressistes, on apprend aux écoliers coptes, kurdes et turkmènes que leurs ancêtres sont arabes et la confusion est maintenue au mépris de la vérité historique. Les pyramides sont à porter au crédit de la « Nation arabe ». Même les prophètes d’Israël sont arabes selon ces manuels. Ainsi Abraham est le premier arabe musulman qui a prévu l’avènement de Mahomet, à l’instar de Moïse et du prophète Issa ibn Mariam, autrement appelé Jésus. On apprend aux écoliers que la Bible est rédigée en arabe, que Babylone, la Syrie, la Judée ont toujours été arabes et que l’islam est la religion naturelle dans laquelle chacun naît mais dont certains parents détournent leurs enfants en les faisant chrétiens, juifs ou autres. L’islam est présenté comme l’unique religion devant Dieu.

En Egypte, dans un manuel de classe préparatoire, un texte dit que le message de Mahomet a été nécessaire pour convertir à l’islam les koffar [5] parmi les ahl kitab [6] et les moushrikin [7]. Ceux qui ont mécru après avoir reçu ce message sont les pires personnages de la création ; ceux qui ont cru et ont fait du bien, en sont bien entendu les meilleurs. Un autre texte précise que ceux qui ne croient pas à Mahomet et complotent contre lui seront punis le « jour de la résurrection ». Les termes koffar et moushrikin ne se limitent pas aux adeptes des religions non-monothéistes mais englobent aussi, dans certains textes, les chrétiens et les Juifs qui relèvent normalement du statut plus favorable des dhimmis. En Syrie laïque, un texte scolaire sur le droit de la famille critique le mariage mixte entre un musulman et une non-musulmane et interdit tout mariage entre une musulmane et un non-musulman.

Comme le souligne le juriste palestinien chrétien, Sami Al-Deeb, le thème de Djihad, guerre sainte, ne cesse de figurer dans les livres d’enseignement religieux islamique, même dans les pays arabes les plus progressistes. On y affirme que le musulman ne se soumet pas à l’ennemi de sa foi et de sa religion, qui sème le désordre dans sa patrie et son pays. La parole du musulman doit être toujours la plus haute. C’est pourquoi il lutte jusqu’à la victoire, afin que la parole d’Allah soit supérieure, et la parole des mécréants inférieure. Il est parfois difficile de discerner s’il s’agit d’une guerre défensive ou offensive qui vise à étendre l’islam à l’ensemble du monde. Il n’est pas non plus facile de se faire une idée claire sur les rapports que le musulman doit entretenir avec l’Etat. Alors même que le gouvernement établit les manuels, certains éléments religieux radicaux auraient même tendance à justifier une lutte contre ce dernier.

Au Moyen-Orient dit arabe d’aujourd’hui, en dehors des cours de religion musulmane imposés aux étudiants nés de pères musulmans, les manuels en langue arabe sont fortement influencés par ces préoccupations religieuses. En Egypte, par exemple, dans l’introduction de l’un de ces ouvrages, on peut lire que son but est de « graver dans le cœur des élèves les hautes valeurs qui approfondissent la foi en Allah et en la religion ». De manière générale, au Moyen-Orient, ces manuels comportent de nombreux textes coraniques et récits du prophète de l’Islam mais pas un seul texte de l’Ancien ou du Nouveau testament [8]. Parfois même, des récits bibliques qui se trouvent dans le Coran ne sont enseignés que sous leur forme coranique, qui diffère sensiblement de celle de la Bible. Les thèmes de ces ouvrages se rapportent uniquement à la période postérieure à la conquête musulmane de l’Egypte ; la période pharaonique ou copte chrétienne étant complètement escamotée.

Pour l’opposant égyptien résidant aux Etats-Unis, Magdi Khalil, le véritable problème est celui du système éducatif qui ne permet pas au musulman de connaître l’ « autre », tandis que les non-musulmans apprennent le Coran dans le cadre des cours de littérature. En effet, et comme le souligne Sami Al-Deeb [9], dans les cours de langue arabe, l’étudiant chrétien est obligé d’apprendre et de réciter des formules islamiques. Lors des récitations, chaque texte coranique est précédé par la locution : « Allah a dit… ». Les questions reviennent avec insistance : « Que dit Allah ? ».

De nombreux textes s’efforcent d’inculquer aux étudiants les vertus sociales et le comportement juste, mais toujours à partir des textes islamiques, tirés le plus souvent du Coran. L’islam a donc officiellement le monopole de la vertu et des bonnes actions. Un manuel égyptien parmi d’autres apprend à tous les élèves sans distinctions comment échapper à l’enfer : « croire en Allah, faire la prière, jeûner pendant le Ramadan et faire le pèlerinage à la Mecque ». Il est ensuite ajouté qu’Allah se venge des koffar, des mécréants. Ceux qui ne croient pas au Coran doivent savoir qu’ils n’échapperont pas à la sanction divine le Jour du Grand Jugement (Yom al Qiyama).

Si quelques caricatures parues initialement dans un modeste journal scandinave ont pu provoquer toute cette violence dans le monde musulman, et ont pu être interprétées par certains hommes d’Etat de ce monde comme un « complot sioniste » consécutif à la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes, la réaction occidentale doit être à la hauteur de l’enjeu.

En ce sens, il faudrait que nos sages et paisibles rabbins d’Europe demandent aux dignitaires des hautes instances musulmanes de supprimer du Coran les passages à caractère clairement raciste et intolérant, de remettre en cause le verset qui fait des Juifs des descendants des singes et des procs. J’invite de même nos honorables évêques à demander à ce que soient condamnés les hadiths (paroles) de Mahomet qui prêchent l’extermination des infidèles et légitiment les guerres dites saintes. Des excuses qui ont déjà quatorze siècles de retard.

Notes

[1] Littéralement : ouverture.
[2] Voir l’affaire Adel Hamouda, ce journaliste du quotidien égyptien n°1, Al-Ahram, qui a été poursuivi en France il y a cinq ans pour avoir consacré un éditorial à ce sujet, s’inspirant du faux Protocole des Sages de Sion qui , d’après l’auteur, devrait être diffusé dans les pays arabes.
[3] Ce qui est tout à fait pensable dans la mesure où les religions juives et chrétiennes sont plus vieilles que l’islam.
[4] Protégés ; statut accordé initialement aux Juifs et aux chrétiens soumis à l’autorité califale.
[5] Pluriel du mot kaffer qui veut dire : mécréant.
[6] Gens du livre ; désigne généralement les Juifs et les chrétiens.
[7] Pluriel du mot moushrik qui veut dire : polythéiste.
[8] Selon certaines estimations sujettes à caution, dans la mesure où elles sont souvent « gonflées » par les intéressés et minimisées par les autorités, les chrétiens représenteraient les pourcentages suivants de la population arabophone du Moyen-Orient : 15% en Egypte, 4% en Irak, 12% en Syrie, 38% au Liban, 9% en Jordanie, 13% chez les Palestiniens.
[9] Dans une étude sur Les mouvements islamistes et les Droits de l’homme.

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