24 septembre 2021
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LE NOUVEAU NEGATIONNISME

C’est ici qu’intervient l’affaire Bat Yé’or . Les faits sont les suivants : le 10 mars 2005 l’historienne Bat Yé’or parle dans le journal « Le Point » de son dernier ouvrage « Eurabia » .L’interview est suivi d’un article de Malek Chebel intitulé « Ne semez pas la confusion » proprement insultant pour une historienne mondialement connue , citée dans tous les ouvrages honnêtes qui entreprennent de traiter le problème du statut juridique du non-musulman en terre d’islam.

Le titre de l’article annonce la couleur négationniste « Ne semez pas la confusion » . C’est curieux comme ce titre me rappelle ce verset coranique « Ne semez pas la corruption sur la terre » qui s’adresse aux juifs (sourate 5 , verset 69/64 ) :« Ils s’évertuent à semer le scandale sur la terre alors qu’Allah n’aime pas les Semeurs de scandale » .

Malek Chebel dans le journal « La Croix » avait déjà cité ce verset pour démontrer qu’aucune guerre n’est sainte en islam et que ce sont les juifs qui allument le feu de la guerre « Chaque fois que fut allumé un feu pour la guerre , Nous l’éteignîmes ». Et c’est Allah qui parle!

Mais là où il ne s’agit plus de non-dit coranique sous-jacent mais de véritable attaque ad hominem c’est lorsque Malek Chebel réduit en cendres la crédibilité scientifique de Ba Yé’or . : si l’on considère que l’Histoire est une science , dit-il , elle demande des « historiens sérieux , formés et surtout non complaisants » . Mais si l’on considère l’histoire comme un récit « les idéologues de mauvais augure ont le loisir de semer la confusion et le doute » .Malek Chebel ne laisse à Bat Yé’or aucune porte de sortie « scientifique » . Elle est dans le premier cas une historienne pas sérieuse , pas formée et surtout complaisante et dans le deuxième cas une idéologue sinistre qui peut à son aise faire son sale travail de démolition !

Mais là où Malek Chebel veut en venir – et il y vient vite – c’est assimiler Bat Yé’or à Oriana Fallaci . Ce n’est pas une vraie historienne, une historienne scientifique . Elle raconte n’importe quoi comme une journaliste , elle est emportée par sa haine de l’islam . Alors que Malek Chebel n’a certainement jamais rencontré Bat Yé’or il écrit « Il n’est question que d’émotion » « d’une propagande qui parle au nom d’un passé révolu et qui vise à condamner collectivement les Arabes » . Une femme émotive , menée par sa sensibilité et son émotivité , la fameuse image qui ressort de tous les textes de la grande période classique qualifiée par ce petit monsieur « d’âge d’or » : la femme assimilée à l’enfant et à l’eunuque , émotive et instable , pleurant facilement et mangeant tout le temps .

Pauvre Bat Yé’or , si sérieuse , admirée par son mari , son plus fidèle supporter . Mais que cette savante se rassure . Monsieur Chabel qui ne me connaît pas, lors d’un salon du livre à Toulon m’a littéralement insultée en me qualifiant de « fragile » . ! Même les ecclésiastiques présents à la conférence , pourtant pétris de charité chrétienne , me conseillèrent de porter plainte . Mais que peut-on faire contre la calomnie , c’est la seule défense des faibles !

Cependant il faut croire que Bat Yé’or joue le rôle de catalyseur et polarise toute l’agressivité de cet éminent anthropologue , psychanalyste , sociologue , psychologue . Il s’attribue même la qualification d’islamologue . Je crois que s’il progresse je le verrai bientôt devenu professeur d’arabe ! . Non seulement Bat Yé’or n’est pas une vraie historienne mais c’est une juive ingrate . L’article très habilement établit un parallèle entre « la magnanimité de l’islam classique , celui des Lumières .. et les Rois catholiques qui ont spolié les Juifs « Bat Yé’or ne fait que prendre prétexte de la déliquescence du monde arabe actuel pour régler des ardoises anciennes » Fine mouche le Malek Chebel , il sait qu’en écrivant cela il va toucher une corde sensible chez les Juifs de gauche qui portent toujours en eux le souvenir de l’Inquisition et du déplorable traitement des Juifs en chrétienté. Mais Malek Chebel est un habile homme , il ne prolonge pas trop l’attaque .

Brusquement il affecte de revenir à une objectivité sans faille « les faits , rien que les faits , et pas de subjectivisme élastique , ni d’opportunisme à bas prix » . Pourtant Malek Chebel n’abandonne pas sa proie . Il revient tel un roquet qui ne veut pas lâcher son os . Il veut disqualifier totalement cette historienne qui l’empêche de vendre sa marchandise : l’islam des lumières , mille fois plus tolérant que le christianisme médiéval . Et lentement on sent poindre dans l’article le mépris , ce mépris que les musulmans réservaient, à la belle époque classique , aux dhimmis , ces non musulmans tout juste bons à payer en étant humiliés « Le prétendu travail de Bat Yé’or jette de l’huile sur le feu » et voici le coup le plus bas « heureusement que les Maures du Maghreb accueillirent avec bienveillance les nombreux juifs pourchassés ! » Bat Yé’or fait partie de ces « revanchards » qui osent critiquer leurs anciens bienfaiteurs .

Ingrate et comme si cela ne suffisait pas au palmarès des défauts , elle est calculatrice , intéressée « tout est calculé , adroit » . « On négocie pour avoir du succès »ce qui n’est guère probable ! Bat Yé’or saura que seuls les livres de Malek Chebel méritent d’être des succès de librairie !Ils sont tellement scientifiques ! Il faut que ce prétendu psychanalyste fasse attention , la mégalomanie le guette !

Malek Chebel voulait la mort scientifique de Bat Yé’or . Certains lecteurs du journal « le Point » ne se sont pas trompés quand ils ont parlé d’assassinat de Bat Yé’or . Pourtant Malek Chebel devrait se montrer plus charitable . Il sait ce que cela fait d’être « démoli » par la critique . .Michel Onfray , dans son « Traité d’athéologie »[1]dénonce le « Dictionnaire amoureux de l’islam » de Malek Chebel , « partial et partiel » : l’islam , religion de paix et d’amour( !) qui tolère le vin ( « il n’a jamais été question de supprimer radicalement le vin , mais seulement d’en dissuader les bons croyants » , p 617) , voilà un singulier paradoxe en évitant dans les entrées de ce dictionnaire vraiment amoureux : Guerre , Razzias , Combat , Conquêtes , Antisémitisme – ce qui constitue tout de même , dit Onfray , l’essentiel de la vie du Prophète et de l’islam pendant des siècles , en revanche il y a un texte sur les Croisades . Même remarque sur l’absence d’entrée à Juifs , Antisémitisme .. Quant à la sexualité , on lira avec bonheur : « L’islam a libéré le sexe et en a fait un lieu d’extrême sociabilité » p 561[2]

Pour un Michel Onfray qui a remarqué que jamais le texte même du Coran n’était critiqué pas plus d’ailleurs que le prophète de l’islam et que ledit Malek Chebel était un défenseur de sa culture , sans objectivité aucune , que de pauvres lecteurs abusés par ses informations partielles , tronquées , partiales ! Ce prestidigitateur extrêmement habile et fin connaisseur du monde occidental jouait sur du velours en écrivant un article destiné à des non spécialistes . Il savait qu’on risquait de le croire , d’autant plus qu’il cite des historiens juifs pour prouver qu’il n’y aurait jamais eu de discrimination envers les non musulmans . Seulement il cite imprudemment Bernard Lewis ; à moins que , parfaitement cynique , il n’ait eu l’audace de penser que son mensonge découvert il serait trop tard pour effacer ses propos négationnistes . Car Malek Chebel a honteusement menti ; et Bat Yé’or serait parfaitement en droit d’intenter un procès en diffamation au journal « Le point »

En effet j’ai attentivement consulté le livre de Bernard Lewis « Juifs en terre d’islam » , (Champs-Flammarion , 2OO2) . Ce qu’écrit Malek Chebel est faux .

Bernard Lewis va aussi loin que Bat Ye’or dans la description de la condition du dhimmi :

p 29 « Selon son interprétation habituelle , la djizya n’était pas seulement un impôt , mais un instrument symbolique de SOUMISSION »
p 50 « l’injure est souvent violente . Les juifs sont traditionnellement qualifiés de singes et les chrétiens de porcs
»
p 53 « les stigmates de cette infériorité sont multiformes … tel était également le but des réglementations marocaines qui obligeaient les juifs à aller pieds nus ou à porter des babouches de paille tressée chaque fois qu’ils s’aventuraient hors du ghetto »

Mais surtout Lewis reprend la thèse d’Antoine Fattal (« le statut légal des non-musulmans en pays d’islam » , Beyrouth 1958) :

« Les dhimmis ne sauraient appartenir aux élites guerrières . Ils n’avaient pas le droit de monter à cheval et quand ils chevauchaient un âne ce devait être en amazone , comme une femme . Plus grave , le port des armes leur était strictement interdit … Ils n’avaient pas le droit de se défendre quand des gamins leur lançaient des pierres , forme de distraction qui , dans beaucoup d’endroits , s’est perpétuée jusqu’à nos jours »D’où ce sentiment d’insécurité et de précarité ( p54) p 58 « le statut des dhimmis était perçu comme VIL ET MEPRISABLE . Le dhimmi représentait aux yeux des musulmans l’archétype de l’inférieur et de l’opprimé »
Malek Chebel a menti et il l’a fait sciemment . Je le répète c’est avec plaisir que j’accepterais de témoigner dans un procès en diffamation . Mais ici je voudrais citer le grand savant Jacques Ellul qui a voulu rédiger la préface à la version anglaise du livre de Bat Yé’or[3] et qui écrit « « c’est pourquoi je considère cette étude comme tout à fait exemplaire et significative . C’est un livre qui apporte un avertissement décisif . Le monde islamique n’a pas évolué dans sa façon de considérer le non musulman , et nous sommes avertis par là de la façon dont seraient traités ceux qui y seraient absorbés . C’est une lumière pour notre temps »

C
’est la réponse de Jacques Ellul à l’article négationniste de Malek Chebel , c’est la meilleure défense de celle dont le nom d’emprunt , Bat Yé’or , signifie en hébreu « fille du Nil » ; car toute la vie de cette femme , juive d’origine égyptienne , aura été un combat pour que les juifs et les chrétiens ne soient plus jamais assujettis à ce statut de seconde zone que l’islam , appliqué à la lettre , leur réserve . Ce que seul un juriste comme Jacques Ellul avait compris c’est que les droits du dhimmis étaient des droits seulement octroyés qui pouvaient donc être retirés . En préfaçant le livre de Bat Yé’or Jacques Ellul voulait donner un avertissement assez solennel . Cet avertissement il est à souhaiter que beaucoup l’entendent aujourd’hui.

Mai 2006

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