28 janvier 2023
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L’Europe est à bout de course, prédit Mark Steyn

Il commence par le legs de deux totalitarismes. Traumatisés par l’attrait électoral du fascisme, les États européens de l’après-Deuxième Guerre mondiale furent édifiés du sommet vers la base, «afin d’isoler presque entièrement la classe politique des pressions populistes». C’est ainsi que l’establishment en est «venu à considérer les électeurs comme des enfants».

Ensuite, pendant la guerre froide, la menace soviétique incita les Américains, impatientés par le manque de réaction de l’Europe (et du Canada) à prendre en mains leur défense. Cette politique bienveillante et prévoyante conduisit à la victoire en 1991, mais elle eut aussi pour corollaire involontaire et moins salutaire de libérer des fonds européens qui ont été investis dans l’édification de l’État providence. Or celui-ci a eu plusieurs effets pernicieux.

L’État paternaliste a infantilisé les Européens, les portant à se soucier de pseudo-problèmes tels que le réchauffement climatique tout en féminisant les hommes.
Il les a également châtrés en annexant «la plupart des fonctions de l’âge adulte», à commencer par l’instinct de reproduction. Depuis 1980 environ, les taux de naissance ont chuté, érodant les chances des travailleurs actuels de toucher un jour leur retraite.
Structuré sans vision à long terme, il équivaut à une escroquerie pyramidale intergénérationnelle par laquelle les travailleurs doivent compter sur leurs enfants pour payer leur retraite.
L’effondrement démographique indiquait que les peuples indigènes de pays tels que la Russie, l’Italie et l’Espagne sont à l’entrée d’une spirale mortelle de dépopulation.
Tout cela a conduit à un effritement de la confiance, lequel a produit à son tour un «épuisement civilisationnel» privant les Européens des aptitudes nécessaires à défendre leurs valeurs.
Pour garder la machine économique en mouvement, il fallait accepter des travailleurs étrangers. Mais au lieu d’élaborer un plan à long terme pour préparer leurs pays aux millions d’immigrants nécessaires, les élites européennes comptèrent sur le hasard et accueillirent pratiquement tous ceux qui se présentèrent. Par l’effet de la proximité géographique, de l’emballement démographique et d’un contexte favorable aux crises, «l’Islam est maintenant le principal fournisseur de nouveaux Européens».

En arrivant ainsi dans une période de faiblesse démographique, politique et culturelle, les Musulmans transforment profondément l’Europe. «L’Islam a la jeunesse et la volonté, l’Europe a l’âge et le bien-être.» En d’autres termes: «L’Islam pré-moderne prend le dessus sur le Christianisme postmoderne.» Steyn prédit carrément que la majeure partie du monde occidental «ne survivra pas au XXIe siècle et une grande partie, dont la plupart sinon la totalité des pays européens, disparaîtra pendant notre génération». Et il ajoute, avec un accent dramatique encore plus prononcé, que nous assistons à «la fin du monde tel que nous le connaissons».

(Je pense en revanche que l’Europe peut encore éviter ce sort).

America Alone aborde longuement ce que Steyn appelle «les forces supérieures en jeu dans le monde développé qui ont affaibli l’Europe au point de l’empêcher de résister à son implacable transformation en Eurabia». La population héritière de l’Europe est déjà dans la place et «la seule question est de savoir à quel point le transfert de propriété sera sanglant». Il distingue dans les attentats à l’explosif de Madrid et de Londres de même que dans le meurtre de Theo van Gogh à Amsterdam les premières salves de la guerre civile d’Europe et déclare que «l’Europe est la colonie à présent».

Le titre America Alone (l’Amérique seule) se rapporte à la prévision de Steyn selon laquelle les États-Unis – grâce à leur «profil démographique relativement sain» – seront l’unique survivant de ce chaudron. «L’Europe se meurt et l’Amérique vit.» Ainsi, «le continent est prêt à être conquis, pas l’Amérique». Le public cible de Steyn est essentiellement américain: prenez garde, dit-il, ou il vous arrivera la même chose. Arrivé à l’essence de sa démonstration, il offre deux conseils:

Premièrement, éviter les «systèmes d’assistance publique surdimensionnés», les déclarer rien moins qu’une menace pour la sécurité nationale, amincir l’État et insister sur les vertus de l’indépendance autosuffisante et de l’innovation individuelle. Deuxièmement, éviter l’«excès de stabilité impériale», ne pas «se recroqueviller dans l’Amérique forteresse», mais détruire l’idéologie de l’Islam radical, favoriser la réforme de l’Islam et étendre la civilisation occidentale en de nouveaux endroits. Les Américains ne trouveront assez de compagnie pour persévérer que s’ils «peuvent réunir la volonté de guider au moins une partie du monde en émergence». Sinon, nous devons nous attendre à un «nouveau Moyen Âge (…), [à] une planète dont une grande partie sera revenue à l’état primitif».

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