7 février 2023
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Ségolène : La Faute à Qui ?

Même dans l’opposition, elle aurait pu, si elle avait des convictions, entrer dans l’arène et montrer, dans les faits, dans le combat des idées et dans la direction d’un appareil politique important, et non dans l’affirmation ostentatoire de ses prétentions, ce dont elle était capable.

Les socialistes, dont nous devons nous préoccuper parce qu’une démocratie saine doit avoir un parti d’opposition sain, ont-il désigné une candidate sur sa (grande) gueule et sur son sexe – un argument qu’elle ne rechigne d’ailleurs pas à utiliser – ? Et si oui, quelle erreur a été commise pour qu’ils en soient réduits à cela ?

Dans toute organisation politique d’une nation, qu’elle soit démocratique ou non, le souverain ou le dirigeant bénéficient d’un avantage majeur : leur fonction. Celle-ci, comme on l’a souvent vu, leur confère une « stature ». Le dirigeant peut avoir le verbe haut, asséner ses convictions comme des verdicts, parce que d’une certaine manière, il est un peu le père. Ses responsabilités assumées, et son contact privilégié avec le peuple, donnent au dirigeant cette possibilité de parler au peuple sur un autre registre, celui d’une certaine complicité, d’une compréhension de ses inquiétudes et de ses messages. Cette « stature » qui n’est souvent qu’une apparence, institue le monarque. Elle lui donne le droit de parler haut.

Mais si celui qui est institué par sa fonction, si le dirigeant n’occupe pas son poste, tout le monde peut parler haut. Il n’y a rien de plus facile que d’asséner ses convictions sans les justifier, si, en plus, on n’a aucun passif à assumer.

Force est de constater que notre Président n’a pas occupé sa fonction, et ce, depuis le début. La vacuité de la fonction présidentielle remonte pratiquement au début de son premier mandat, en 1995 !

Le vide que Chirac a créé a tout simplement été occupé par Ségolène. Si celui qui a une action à assumer, un bilan à présenter, un passif à assumer et un actif à défendre, n’use pas de son privilège de parler parfois de façon assertive sans se justifier, de créer une certaine complicité avec le Peuple, le mieux placé pour occuper sa place et déverser ses certitudes, c’est celui qui n’a aucune raison de se justifier, parce qu’il n’a aucune action à justifier.

Que dire lorsqu’au lieu d’engager son action, au lieu d’occuper sa fonction, le Président a passé le plus clair de son temps à combattre son camp ?

Le verbe haut et le ton cinglant de Ségolène passent auprès des socialistes pour une « stature » présidentielle pour la seule et unique raison que notre Président actuel n’a pas ou n’a plus cette stature, ou qu’il a refusé de l’avoir.

Il fallait être aveugle, ou narcisse, pour ne pas voir que l’élection du Chirac avec plus 80% des suffrages était dangereuse.

Même si Chirac avait vraiment représenté 80% de l’électorat français, la situation eût été dangereuse : un échec de sa politique (on ne sait jamais de quoi l’avenir est fait) mettait le pays dans une impasse lors de l’échéance suivante. Une démocratie saine et vive doit en effet offrir à tout moment un choix assez large d’alternatives, d’hommes crédibles, de sorte qu’en fonction de l’évolution de la configuration politique, en fonction de la tournure que prennent les choses, l’un d’entre eux puisse être l’homme de la situation. J’ai beaucoup de mal à croire que la France ne soit capable de produire qu’un seul homme crédible, au point qu’il soit élu avec 80% des suffrages.

Ceci s’est pourtant produit : Chirac a bien été élu avec plus de 80% des suffrages. Et si le danger ne venait pas de l’absence d’alternatives crédibles, il est venu de l’absence de complicité entre le Peuple et son dirigeant. Chirac n’ayant pas été élu pour ce qu’il proposait, ni pour ce qu’il était, il ne pouvait conserver la confiance du Peuple sans l’écouter.

Bien entendu, qu’il ait continué le combat pour remporter le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 était salutaire, pour faire barrage à Jean Marie Le Pen. Mais n’ayant pas été élu pour ce qu’il proposait, il ne pouvait ignorer que son élection ne le désignait pas pour cette fonction.

Il est maintenant acquis qu’une erreur grave, dont les conséquences sont très lourdes, a été commise envers la Nation. La confiance du Peuple ne pouvait se gagner que par l’écoute du Peuple. Chirac, s’il s’était préoccupé de la gestion de la situation nouvelle à laquelle il était confronté, n’avait que deux alternatives pour sortir notre démocratie de la léthargie où elle se trouve. Soit, après avoir fait barrage à Le Pen, et sauvé le pays des griffes du totalitarisme et du racisme, il démissionnait pour permettre au Peuple de désigner, après avoir mesuré les risques d’un vote contestataire, l’homme qu’il voulait pour le diriger, celui que le peuple considérait comme l’Homme de la situation. Soit il désignait un gouvernement d’union nationale, dont l’objectif était de protéger la nation du totalitarisme et du racisme, et faire face ensemble aux nouveaux défis.

N’ayant pris ni l’une ni l’autre des deux alternatives qui se proposaient à lui, Chirac ne pouvait plus parler au Peuple. Son poste est resté vacant depuis 2002. Plus, il a passé le plus clair de son temps à mettre le feu dans son champ.

La porte était ouverte à une Ségolène …

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