1 février 2023
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Lettre ouverte à André Glucksmann

Pourtant la culture occidentale s’est émancipée de son caractère uniformisant et ethnocentré d’autrefois, (et ce fut là le côté positif apporté par votre génération, je l’ai expliqué dans La philosophie cannibale), pour atteindre, réellement, l’universel ; elle se nourrit en effet de plus en plus, telle la culture romaine naguère, de toutes les cultures ; ainsi l’ouverture au monde issue de la seconde guerre mondiale (la dite mondialisation) renforce l’identité française, malgré son mal être actuel dû surtout à cette confusion entre multiculturalisme et pluriculturalisme, autrement dit entre relativisme et diversité, je l’ai expliqué tout récemment dans La Condition néomoderne. La culture française par exemple a toujours été à la fois conservatrice et innovante parce qu’elle est en permanence porteuse de ce désir d’émancipation qui recherche toujours son dépassement, son affinement, puisqu’il s’agit d’être meilleur….

Cette ouverture à l’autre (personnifiée par la puissance libératrice de la Ville, quoiqu’en pense Rousseau…) ne peut cependant trouver sa pleine expression qu’en rapport avec certaines limites liées au vivre ensemble, c’est-à-dire à ce qui forme Nation. Vous le savez bien, je n’insiste pas.
Ce qui implique dans ce cas de ne pas laisser l’ouverture se transformer en seul choix hétéronome, celui prônant par exemple un ” c’est mon choix” non seulement égocentrique mais ipséiste, celui de ces jeunes femmes voilées qui exigent dorénavant d’aller aussi ainsi à la cérémonie de naturalisation, comme le dénonce justement Regards de femmes qui ne regroupent pourtant pas des partisanes du recroquevillement sur soi…

Et pour aller au vif du sujet sur cette question (car il y en a aussi une autre sur laquelle j’aimerais attirer votre attention), je n’appelle pas pour autant à l’interdiction, en soi, de la construction de mosquées, mais je persiste à penser que l’installation, telle quelle, de mosquées avec l’argent public (comme le veut votre désormais candidat), ne répond pas aux exigences, majoritaires, d’une population qui ne veut précisément pas se voir identifiée par cet aspect cultuel. A moins de voir en la mosquée un vecteur d’ordre social au sein d’une population de plus en plus incontrôlable. Sauf qu’elle ne l’est pas devenue, faute de mosquée, ou de caves et autres cagibis intégristes, mais précisément par cette combinaison entre relativisme culturel urbanisme anachronique et bureaucratisme du logement social se souciant comme une guigne de la mixité…ethnique.

Par ailleurs, n’oublions pas que la construction de Notre Dame mit cent ans, faute…d’argent. Si certains musulmans considèrent qu’un tel espace est indispensable, libre à eux de le financer avec leurs propres deniers, ceux-ci étant vérifiables quant à leur source, ce qui évite le financement occulte provenant précisément de pays qui mettent à mal toute réciprocité possible.

Car, il va de soi, enfin, que c’est ce point, là, qui blesse le plus lorsque l’on sait comment le christianisme, le judaïsme, voire diverses versions de la religion musulmane (sans parler de la religion védique et de la philosophie bouddhiste) sont méprisés, menacés, empêchés, dans les pays de l’islam réel.

Or, c’est précisément ce deux poids deux mesures, qui fait dire semble-t-il à Pascal Bruckner ceci :

La tentative de mainmise d’un certain islam revanchard, celui des wahhabites saoudiens ou des Frères musulmans, sur les sociétés européennes s’apparente à une entreprise coloniale qui doit être contrecarrée” (La tyrannie de la pénitence, 2006, Grasset, p.47).

Il ne semble pas que votre candidat ait pris toute la mesure de cette entreprise là…

Sur un autre plan, il n’est pas sûr non plus que votre candidat soit réellement l’expression du sursaut que vous appelez, à juste titre, de vos voeux lorsque par exemple il pose la modification du contrat de travail comme mesure phare du retour à la croissance alors qu’un expert en la matière comme Jacques Marseille (le Point du 1er février par exemple) pose la réforme de la protection sociale comme facteur premier permettant à la fois de stimuler la croissance et le pouvoir d’achat.

Car si l’on fait réellement confiance au “travailleur”, on lui confie la grande partie de son salaire brut pour qu’il choisisse l’assurance la plus adéquate ; l’autre partie brute restante étant pour moitié versée à un Fond de Solidarité (ou fond de pension mutualisé) et pour moitié supprimée en particulier pour les PMI-PME. Ce qui permet de stimuler la concurrence entre assurances, et de dégager du capital pour la recherche et donc l’investissement dans l’innovation qui, elle, est porteuse de bénéfices avec lesquels l’impôt, modéré, peut alimenter le bien commun des finances publiques. Mieux vaut des entreprises qui paient des impôts que des entreprises sous subventions artificielles.
Ce qui implique, dans le même mouvement, que se constitue une réelle participation salariale aux décisions, seul levier à même de réformer le contrat de travail en toute confiance (avec une partie mobile négociable au niveau salarial et stock options par exemple), le tout nécessitant de repenser les relations sociales internes à l’entreprise, au lieu de se contenter de la seule amélioration des conditions permettant une dite meilleure représentativité syndicale.

Si vous voulez le sursaut, cela implique aussi des moyens et donc un retour fort à la croissance qui permettra le retour à l’équilibre des finances publiques et donc l’assurance de voir le Service Public repartir sur un bon pied ; à supposer cependant que celui-ci sache se réformer non pas en rognant sur les budgets, mais en les ouvrant au privé ; tout en sachant que cette ouverture doit être encadrée par un cahier des charges et supervisée par le Parlement (lui-même réformé, le Sénat s’occupant des affaires françaises avec les Régions, l’Assemblée des affaires européennes et internationales).
Pourquoi par exemple ne pas rendre réellement indépendantes les Universités, mais aussi permettre aux lycées d’élire leur directeur et de choisir leurs propres enseignants ? Sans parler de la justice de la police et de l’armée qui peuvent sous-traiter certaines tâches en partant du principe que ce qui compte c’est le bon emploi de l’argent public et non pas son gaspillage sous le seul prétexte que puisque c’est public “on ne compte pas” alors qu’il peut exister d’autres critères comme la qualité du service rendu…

Vous pouvez certes rétorquer que Rome ne s’est pas faite en un jour, pas plus que Paris et l’Univers, néanmoins, j’attire votre attention sur le fait que vous faites confiance à un courant de pensée dit pragmatique, mais qui, en réalité, à toujours eu le culte de l’Etat, et ce non pas en tant qu’aiguillon et garant de l’unité nationale, mais chaperon jacobin de l’identité française, permettant à certaines minorités religieuses un durcissement de leur singularité qui reste cependant interdit à d’autres minorités ethno-culturelles…

En un mot, cher André Glucksmann, je ne doute pas de votre vigilance en toutes ces matières, je vous informe cependant de certaines ambiguïtés que la force de conviction, indiscutable, ne suffit pas à dépasser.


Lucien SA Oulahbib

https://en.wikipedia.org/wiki/Lucien-Samir_Oulahbib

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