28 janvier 2023
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La classe politico-médiatique mondiale et l’islam(isme)

Un ” train de l’amitié ” entre le Pakistan et l’Inde aurait-il sauté comme il vient de le faire ? Bali ? Madrid ? Londres ? Istanbul? Les quartiers shiites de Bagdad ? Le Hezbollah et la Syrie au Liban ?…L’Afghanistan encore ?…Le Darfour ?… auraient-ils existé? La réponse reste unanime sous les nuances et les dentelles rhétoriques : non. Pourquoi ? Parce que, en substance, l’huile n’aurait pas été répandue sur le feu de l’islamisme qui n’est qu’ une réaction, pas une volonté : supprimez-en les causes sociales, il disparaîtra. Plus encore, si vous ramenez la “paix” en Palestine en poussant Israël à rendre “tous” les territoires, tout en quittant le plus vite possible l’Irak, tout en acceptant aussi de ne pas “stigmatiser” l’islam au sein des sociétés occidentales, bref, si vous vous inscrivez, peu à peu, dans le cadre d’une “trêve” qu’avait en fait proposé Ben Laden dès 2002, il n’y a aucune raison que cette “paix” ne dure pas, et même prenne l’apparence d’une coexistence plus ou moins pacifique. Du moins si la présence de l’islam devient de moins en moins stigmatisée…

Le Hamas ne propose-t-il pas une trêve de cinquante ans à Israël ? Al Keida ne s’est-il pas adressé au “peuple américain”? C’est tentant. Parce que toute la classe politico-médiatique projette sur ces annonces sa propre définition de la paix, de la trêve, tout en croyant se protéger par son explication causale de la résurgence islamiste à base de misère sociale et économique ; sans se rendre compte ce faisant que cette explication reste aussi pieuse, “unilatérale”, que l’analyse traditionnelle corrélant le non développement des pays régis par l’islam à un manque d’instruction élémentaire, à un défaut de base sanitaire, bref de toutes ces règles hygiéniques et pédagogiques qui hantent toujours encore tous les organismes non gouvernementaux, jusqu’à l’ONU elle-même et ses diverses institutions : instruisez, soignez, et le ressentiment disparaîtra tel l’orage aux nuées dispersées par la magie des bonnes volontés.

Nous baignons dans cette explication “sûre et dominatrice” depuis la fin de la première guerre mondiale en réalité. Lorsque les manifestations monstres en 1938 protestèrent contre les attitudes “belliqueuses” des puissances européennes vis-à-vis des expériences nazies et fascistes. Hiroshima par la suite fut un bon prétexte pour les Mouvements pour la paix instrumentalisés par les communistes, puis l’Algérie et le Vietnam, avec toujours en filigrane deux données fortes : le mal vient toujours de l’Occident, en soignant et en éduquant tout ira pour le mieux.

Alors, lorsque pour la première fois Reagan parla d’Empire du Mal à propos de l’URSS et lorsque Bush fils énonça la notion d’Axe du Mal en parlant de l’Iran de la Corée du Nord et de l’Irak, ce fut la goutte d’eau, parce que ce propos remettait en cause des centaines d’années d’explication causale centrant “la” cause de la misère, celle, aujourd’hui, du non développement du dit “Tiers-monde”, sur le manque de soins et d’instruction.

Les analyses du 18ème siècle restent ainsi toujours valables et même surpassent celles du 19ème siècle tant par exemple un Marx avec son idée de progrès apparaît de plus en plus désuet pour toutes les belles âmes qui susurrent en ce vaste choeur de l’Opéra politico-médiatique les mots suivants dans le clair-obscur des passions contradictoires à base de syndrome de Stockholm : éducation, éducation, soins, soins…sans se demander un seul instant ce que ces deux seuls termes déclenchent : éducation ? Pour les filles aussi? éducation ? Avec des livres autres que ceux estampillés islam ou idéologie du cru ? Soin ? Mais qui soigne qui ? On peut même aller plus loin : développement ? De quoi ? Quelles marchandises, livres, chansons, films,tv, vêtements, voitures (une femme doit-elle conduire ? Avec le covoiturage lié à la nécessité de “combattre le CO2” le problème de la femme au volant peut être réglée d’un certain côté…). Ne faut-il pas que tous les produits en un mot correspondent à l’islam et à l’idéologie du cru là aussi ?…

Dans ce contexte le 11 septembre 2001, cette date qui précède, tout de même, toutes les autres, a été digérée par l’explication faite à base de manque d’éducation et de soins. La plupart de ces mêmes leaders politico-médiatiques en tireront la même conclusion, après l’émotion de circonstance du moins : Al keida n’est que le produit du système politico-social imposé par l’Occident puisque l’homme, nous le savons depuis Averroès, ne pense pas (ce que lui reprochait Thomas d’Aquin, comme je viens de le rappeler dans la dernière émission de Rockik), il est pensé, donc l’islamiste est pensé, mû par la contre pression de l’anti-modernisme hostile à un “système” qui, en réalité, ne cherche pas à “dominer”, mais veut en effet émanciper au sens d’affiner le potentiel humain en faisant en sorte que tous les êtres, femmes comprises, s’épanouissent en fonction de principes qui permettent un réel développement de la nature humaine au sens d’atteindre une harmonie entre les désirs du corps et les espérances de l’âme: n’est-ce pas sur ces principes là qu’est né l’Occident moderne, il y a à peine 500 ans, goutte d’eau depuis les premiers villages du néolithique il y a dix mille ans ?

N’avons-nous pas atteint, malgré le pire, malgré le mal, une stabilisation de certains principes qui apparaissent comme des contions sine qua non au même titre que l’existence et le confinement d’un champ électro-magnétique pour la fabrication de l’électricité à l’invention récente ?

Or, il s’avère, par un retard inouï de la pensée philosophique et politique, embuée, engluée, dans les raisonnements nihilistes (celui du tout se vaut, ou encore la fascination envers la seule puissance qu’apporte la force de la guerre) ou productivistes quantitativistes (plus de soin plus d’instruction etc), les principes de base de liberté, de conscience de soi, d’esprit critique, d’expérimentations, de solidarité organique et non plus seulement mécanique (c’est-à-dire institutionnalisée, contractualisée, et ne passant pas seulement par le clan familial) sont considérées comme des valeurs parmi d’autres, au même titre que les valeurs allant à l’encontre de tous ces principes qui ont pourtant amené le monde vers un peu plus de prospérité si l’on raisonne seulement dans les termes imposés.

Comme le dit si bien Ayan Hirsi Ali, ” les êtres humains sont égaux, pas les cultures” (voir le numéro “O” de La Poule Déchaînée), or, la plupart des leaders politico-mondiaux, ne veulent pas l’admettre, y compris à l’extrême droite et ce contrairement aux apparences : il suffit d’observer comment le nazisme fit allégeance à l’islam et comment un Jean marie Le Pen a été donner l’accolade à Saddam tout en s’en prenant vivement à l’Amérique et à israël (idem pour le Bloc Identitaire) pour comprendre que chez eux, comme chez les autres, une seule cause domine: les Juifs et les Francs maçons pour les nationaux-socialistes : la raison occidentale et le libéralisme pour les sociaux-nationalistes.

Quant au centre de la classe politico-médiatique incarnée ces temps-ci au niveau mondial par Hillary Clinton, Ségolène Royal, François Bayrou, voire Nicolas Sarkozy, et éclairés par des experts façon Hubert Védrine, ce centre aux limites extensibles oscille entre le quantitativisme du plus d’éducation et de soins, et le relativisme du “toutes les cultures se valent”, sans se douter que les prémisses de leur analyse sont fausses depuis au moins la fin de la seconde guerre mondiale, celles qui persistent à penser que la question du régime politique et du respect des valeurs universelles fondamentales comme la liberté de penser et d’entreprendre, sont des questions secondaires. Or, c’est précisément le contraire.

C’est bien parce que ces deux principes du régime et des valeurs ne sont pas respectées, sont relativisées, que l’extrémisme en général se développe, avec comme pointe la plus agressive, celle de l’islam(isme). Nous sommes alors à la croisée des chemins : soit nous acceptons de défendre l’universalité de ces principes, ce qui implique des sacrifices en effet, soit nous le refusons et dans ce cas au lieu d’avoir la coexistence d’une paix durable, nous n’aurons, malgré les perpétuelles concessions, qu’une trêve, le temps que nos ennemis, à l’instar du militarisme japonais et allemand, ait trouvé le moyen militaire de clore 500 ans d’histoire démocratique, goutte d’eau dans l’océan despotique qui a tissé généralement l’Histoire humaine, au-delà des éclaircies momentanées, celle d’un Périclès, celle, aujourd’hui de l’Occident qui est devenue moins une contrée “blanche” qu’une civilisation, plurielle et diverse au niveau des formes adoptées, unie au niveau de ces principes de base que sont la liberté de penser et d’entreprendre et la nature du régime politique qui en harmonise les interactions.

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Lucien SA Oulahbib

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