25 septembre 2020
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Histoire du Climat depuis l’an Mil

Plus loin (page 128) Ladurie écrit ceci : ” (…) l’été de 1976, brûlant à Londres mais frais et même froid sur une grande partie de la Russie.

Puis, il fait état de deux pronostics contradictoires (page 129) à partir des travaux de Lamb H (1982, Climate, history and the modern world, Methuen) :

” Quant au prochain millénaire, un admirable travail de A. Berger (de Louvain-La-Neuve) permet de penser sur la base des vastes cycles du passé que le démarrage d’un grand âge glaciaire commencera en douceur au cours des mille années qui vont venir. Une véritable glaciation, pas encore trop grave sévira pendant une période qui sera comprise entre 5000 après J.-C. et 9000 après J.C. ; ensuite dans 15. 000 ans (après l’époque actuelle) il y aura un léger mieux, mais provisoire et l’on se réinstallera très vite dans la glaciation profonde ; nous ne retrouverons nos chaleurs actuelles que dans 60 000 ans ou même selon un autre modèle dans 114 000 ans ! Voilà qui paraîtra bien long.

La dernière période qui fut aussi chaude que l’interglaciaire actuel (dans lequel nous vivons encore) a duré 11 000 ans (comme la nôtre ?). Elle s’est terminée il y a 125 000 ans environ ; dès lors, elle fit place graduellement à une grande froidure de 100 000 années et davantage. Cellle-ci céda finalement le terrain aux tiédeurs dix fois millénaires du néolithique, de la protohistoire et de l’histoire.

Le tournant vers le froid paléolithique (il y a 125 000 ans) s’était réalisé de façon très brutale, en 125 années environ ! L’événement brusque, dans ce cas (un siècle), avait véritablement introduit à la très longue durée (100 000 années de glaces). Voyez à ce propos les beaux travaux de Mme Woillard ( de Louvain-la-Neuve également), spécialiste des tourbières des Vosges.

Ces vues prospectives et perspectives ne tiennent paa compte de l’influence des actions humaines : les poussières d’origine industrielle (qui font écran à la chaleur solaire) pourront à la manière des éruptions volcaniques aggraver le rafraîchissement qui est en cours depuis 1960 et qui doit occuper les trois ou quatre prochaines décennies. Mais beaucoup plus écrasant apparaît, en sens inverse, l’effet de serre (greenhouse effect) dû à l’accumulation, dans l’atmosphère, du gaz carbonique d’origine industrielle.

Le réchauffement ainsi provoqué par le CO2 pourrait même s’accroître encore du fait des dégagements de chaleur que produira inévitablement l’énergie nucléaire d’application pacifique.

L’un dans l’autre, l’attiédissement “artificiel” (CO2 + nucléaire) atteindrait +2°C vers 2100 par rapport à notre époque. Y aura-t-il retour alors à l’optimum climatique de la préhistoire, avec ennoiement modéré de nos littoraux dû à la fusion des glaciers ? Une vue plus apocalyptique prévoit, si l’industrie “réchauffante” continue ses “méfaits”, notre passage général dans quelques siècles vers un climat tropical tel qu’à l’âge tertiaire, avec disparition de la calotte glaciaire arctique et montée corrélative des mers ; celles-ci submergeront alors les grandes plaines et nombre de villes et de capitales.

Sur la fin, le livre de Lamb a donc tendance à se dramatiser, peut-être aussi parce qu’il faut bien “réchauffer” un sujet qui de lui-même est plus froid et plus gris qu’il n’y paraîtrait au premier abord. (…) “.

Pour en savoir plus

Lire également ceci :

” Les plus vieilles traces de la présence humaine dans le secteur des monts du Cantal datent de la fin du tardiglaciaire, c’est-à-dire à la fin de l’époque magdalénienne, il y a environ 15.000 ans (Surmely, 1998). Cette colonisation des hauteurs s’explique avant tout par la disparition des glaciers, le radoucissement du climat et les changements environnementaux qui ont rendu la montagne attractive pour l’homme “.

Ceci : ” les récentes avancées de la paléoclimatologie nous apportent un soutien suffisamment fiable pour que nous puissions, sur leur base, opérer une relecture des données archéologiques. Les phénomènes de la néolithisation et l’extension de celle-ci s’inscrivent dans la durée de l’optimum climatique entre 8 000 et 5 000 BC” L’Asie du Sud-Ouest connaît alors des conditions propices à la vie sédentaire “.

Et surtout ceci : Voici les 127 dates de modification/bouleversement/épisode climatiques, relatives à l’Europe, que j’ai pu relever au gré de mes recherches. Leur origine est à lier, dans certains cas, avec un événement antérieur. Leurs conséquences arrivent après. Peu de temps après. Je commence à -10 000 av. J.C., époque qui correspondrait au début de l’établissement de l’homme en Auvergne :

Dates Climat ou événement climatique


-10 000 Fin de la glaciation de Würm qui laisse sa place au climat actuel. Les glaces recouvraient environ 4200 km² et descendaient jusqu’à 600 m d’altitude dans le bassin d’Aurillac.

-8 000 Dernière vague de châleur: la moyenne est de 2°C supérieure aux températures actuelles.

-6900 période de refroidissement constatée dans la vallée du Rhône
-6 800 Le climat et le paysage changent, la température se réchauffe: les pins et les noisetiers se développent, le chêne, l’orme et le tilleul apparaissent.
-6300 période de refroidissement constatée dans la vallée du Rhône
-5 800 à -3000 Climat doux et humide sur l’Europe qui tend au réchauffement: les conditions climatiques sont favorables au développement de l’agriculture.
-2 500 à -750 Climat sub-boréal; léger rafraîchissement et air plus sec. Le sapin, le hêtre et l’épicéa gagnent du terrain. Cette période correspond à l’Age du Cuivre puis, à partir de -1 800, à celle du Bronze. C’est donc une période assez peu favorable à l’agriculture sauf dans le Massif Central, les Alpes, le Jura et les Pyrénées.
-750 av. J.C. Changement de climat, se réchauffe. L’agriculture, l’élevage et l’habitat s’adaptent. L’aulne, le hêtre, le sapin, l’épicéa et le mélèze composent les forêts. Cette transition correspond à l’Age du Fer.
-52 av J.C. Une crue de printemps empêche les Eduens, gaulois du Morvan alliés de César, de traverser la Loire pour se joindre à Vercingétorix après sa victoire à Gergovie.
-51 av. J.C. Hiver doux en Gaule
66 ap. J.C Froid excessif dans l’Oise
I-IIIè s.ap. J.C. retour à une période de froid
280 Une inondation ravagea la ville de Lyon
292 Hiver rigoureux dans le nord de la France. Les grandes rivières sont prises
299 Hiver froid. L’hiver fut très rude dans le nord des Gaules
346 Longue période de pluies en mars et inondation. «L’an 346 en mois de marche, cornmenchat une plueve qui durat vingt jours sans cesseif»
355 Un grand nombre de personnes meurent du froid qui sévit.
356-357 La Meuse était gelée pendant les mois de décembre et janvier (région du Nord)
358 Des plaques de glace épaisses sont charriées par la Seine et semblent prêtes à prendre.
359 La Seine est prise dans les glaces.
360 Hiver rude.
366 L ‘hiver était excessivement rigoureux au mois de janvier (Région du Nord)
397 C’est le 8 novembre que St-Martin s’éteignit. “Une âpre discussion s’engagea. La nuit du 9 au 10 novembre vint mettre un terme momentané au débat. Les gens de Tours qui étaient restés fort éveillés, discrètement firent passer le corps du Bienheureux par la fenêtre de la cellule… quand l’aube apparut, l’esquif était déjà loin. Tout le temps du voyage, qui dura deux jours, les 10 et 11, un soleil radieux, peu habituel en cette saison, favorisa les pèlerins, si chaud que les roses fleurirent. Telle fut, prétendent certains, l’origine de l’été de la Saint Martin qui, chaque année, en souvenir du miracle, se renouvelle du 8 au 11 novembre”
V au VIIIè s. retour d’une période plus froide
400 Le Rhône est gelé. Un fait analogue en 1776 montre qu’il faut atteindre la température de -18°C.
401 Hiver très rigoureux en Provence
410-411 Gelées du 30 novembre au 10 février. “En cet an (410), fut une grande gelée, qui durat del fieste Sanct Andier (30 novembre) jusqu’au douzième jour de février”
462 Hiver rigoureux en Provence. Le Var gèle
468 Extrême rigueur de cette année fut due uniquement au renversement absolu de quatre saisons et de leurs produits (Hiver du Midi)
544 et 545 Hivers si rudes que les oiseaux affaiblis se laissent prendre à la main.
547 et 554 L’hiver est si froid que tous les fleuves de France se traversent à pied.
566-567 Hiver très froid: les oiseaux se laissent prendre à la main. Un grand nombre meurent du froid. La neige recouvre la terre pendant 5 mois.
571 Fortes pluies provoquant des innondations dans le centre de la Gaule, près de l’Allier et de ses affluents.
579-580 Début octobre, après deux jours de pluies continuelles, le Rhône et la Saône entrèrent en crue et vinrent se rejoindre au milieu de la presqu’île. Débordements de l’Allier et de la Loire et de tous leurs affluents qui dévastèrent les plaines de la Limagne et du Forez. La pluie était tombée par torrents pendant douze jours de suite en Auvergne et pendant vingt jours à Lyon
581-582 En janvier, on voit des fleurs aux arbres.
582-583 En février, la Seine, l’Yonne et la Marne grossirent au delà de la coutume et beaucoup de personnes périrent ; entre la cité et la basilique de St-Laurent, la Seine couvre toute la rive droite, après la débâcle des glaces.
583-584 On voit des roses en fleurs en janvier.
585 Les innondations provoquent des famines.
586 Seconde fructification des arbres avant les fêtes de Noël.
587 Seconde fructification des vignes en octobre.
588 Hiver chaud. Les arbres fleurirent en automne et donnèrent des fruits. Des roses parurent en décembre.
589 Des roses apparaissent en novembre.
602 Le froid est excessif au point de geler la mer et de tuer un grand nombre de poissons. L’hiver est suivi d’une famine.
604 Grand froid suivi d’une disette.
608 Les vignes sont détruites dans une grande partie de la France
670 Un grand froid permet de prendre les oiseaux directement à la main.
732 En octobre, de fortes pluies font sortir la Loire de son lit, les innondations ravageant un grand nombre de villages.
763-764 Grand froid du 1er octobre au mois de février. La mer gèle sur les côtes, la Seine est prise à Paris et à Amiens. En résulte une famine causant de nombreuses victimes.
791 Le froid permet de prendre les oiseaux à la main.
800-801 Hiver doux suivi d’une épidémie de peste.
802 Hiver froid avec début des gelées le 11 novembre jusqu’au 12 mars.
807-808 Hiver doux suivi d’innondations.
809 Innondation importante sur la Loire et en Bourgogne. L’inondation surpassa toutes les inondations connues. Elle emporte les moissons des champs riverains et força les habitants des bords de rivières à chercher un refuge sur les hauteurs. L’abondance des pluies en fut la cause. Elle atteignit son apogée le 28 décembre.
820 La Seine déborde. Pluies continuelles. Lles grains pourrissent dans les champs, les semailles ne peuvent se faire: famine et peste
821-822 Grande abondance de pluie provoquant des innondations et la perte de cultures. Succède un hiver prolongé et rigoureux : le Rhin, le Rhône et la Seine sont gelés et que les chariots les traversent comme sur des ponts pendant plus d’un mois. Terrible débâcle : grands dégâts dans les métairies situées sur les bords du Rhin, inondations de la Seine; l’Yonne s’enfla tellement qu’en diverses localités l’eau emporta les moulins et les ponts et que les maisons riveraines furent balayées ou du moins gravement endommagées.
823-824 Grand froid entraînant la mort de nombreuses personnes et d’un grand nombre d’animaux. Une épidémie suit.
825 Forte grêle.
841 Auxerre et Troyes furent inondées par la crue de l’Yonne et de la Seine.
842 L’Yonne et la Seine sont en crue.
842-843 Hiver froid et long : maladies funestes à l’agriculture, au bétail et aux abeilles.
846 Pendant tout l’hiver et jusqu’en mai, vent du nord très nuisible aux céréales et aux vignobles. L’Yonne et la Seine sortent à nouveau de leurs berges ; Troyes est inondée
849 Hiver très rude. La Seine est gelée de sorte que le peuple y passe comme sur un pont vers le 6 janvier.
859-860 Hiver très rude et très long depuis novembre jusqu’en avril. Le vin gèle dans les vases qui le contient. Grande mortalité des hommes et des animaux; puis la famine se déclare. Le Rhône est gelé à Arles (température proche de -18°C).
864 Le Rhône est gelé.
Début du “Petit Optimum climatique de l’An Mil”: les routes maritimes Norvège-Islande-Groenland navigables d’où l’installation scandinave en Islande et au Groenland, les cultures céréalières y étant attestées jusqu’en 1250, la vigne cultivée en Ecosse jusqu’à 425m d’altitude. Dans le Val d’Aoste, l’irrigation est réalisée à partir de torrents de montagnes, captés à des altitudes ensuite recouvertes par les moraines. L’optimum semble se situer entre 1150 et 1250.

La suite ? Ici

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