25 septembre 2020
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Cette Trinité qui fit l’Europe

On a coutume de qualifier cet évènement de “Réforme grégorienne”, mais, selon Philippe Nemo*, “L’évènement fut en effet ‘papal’ et non pas seulement ‘grégorien’, dans la mesure où il fut réalisé non seulement par Grégoire VII (pape de 1073 à 1085), mais par d’autres papes avant et après lui, ainsi que par d’autres clercs et intellectuels pendant plusieurs décennies”.

Nul, à mon sens, ne peut donc sans mauvaise foi contester à la papauté, aujourd’hui tout entière inscrite autour de la personne de Benoît XVI, un droit de regard fondé sur le sort réservé aux racines de l’Europe par ceux-là mêmes qui, élus démocratiquement par les peuples, sont alors légitimement investis de la charge d’en préserver l’héritage.

Les trois termes (Athènes, Rome et Jérusalem) de cette extraordinaire conjonction spirituelle, juridique, morale et politique qui a nom Europe se révélant par nature indissociables, sans quoi, naturellement, l’Europe serait menacée dans son existence même, cerains Européens et non des moindres se font alors un devoir d’en récuser la nécessité historique !

Le pire, dans cette invraisemblable affaire de suicide peu ou prou annoncé qui relève manifestement de schémas de pensée sectaires, tient au fait que, paradoxalement, ce sont surtout les chefs d’Etat et de Gouvernement les plus concernés par la défense de l’intégrité morale et physique du Continent européen qui faillissent à la tâche !

En effet, comment peut-on souverainement décréter que toute réference authentique à un passé qui a contribué, pour le meilleur comme pour le pire, à la rencontre fusionnelle de deux civilisations antiques fondatrices sous l’égide de Dieu devrait être considérée comme nulle et non avenue sous prétexte que Dieu, Ô blasphème !, ferait tache dans le paysage ?

Philippe Nemo* : “Entre les XIe et XIIIe siècles, il y eut une forte croissance démographique, urbaine, économique, géopolitique. (…) L’époque est marquée par une expansion géopolitique considérable de la chrétienté romaine aux dépens de l’islam ou du paganisme : les étapes bien connues de cette expansion sont la ‘Reconquista’, les Croisades, le ‘Drang nach Osten’ des Allemands vers les pays slaves de l’Europe du Nord-Est”.

Au nom de quelle idéologie mensongère, comme le sont d’ailleurs toutes les idéologies, refuserions-nous aujourd’hui de reconnaître que l’Europe fut le creuset d’une Renaissance qui, à partir du XVe siècle, projeta l’Occident dans une modernité qui, depuis lors, n’a plus cessé de tendre, même et surtout, peut-être, durant les heures les plus sombres de son histoire, vers un seul but : la Liberté ?

Si l’Europe contemporaine semble désormais vouloir emprunter une voie divergente de celle que son histoire singulière lui a assignée, nous le devons clairement à l’action politique dévoyée de certains Etats membres fondateurs et surtout à la France elle-même : livrée à une pseudo-noblesse d’Etat pétrie de médiocrité politique, repliée sur elle-même, la nation française a fini par sortir de l’histoire européenne !

Pour Benoît XVI, l’Europe a une “identité historique, culturelle et morale”avant d’avoir une identité “géographique, économique ou politique; une identité constituée par un ensemble de valeurs universelles que le christianisme a contribué à forger, acquérant ainsi un rôle non seulement historique mais fondateur vis-à-vis de l’Europe”.

En refusant de graver dans le marbre du défunt traité établissant une Constitution pour l’Europe l’apport majeur et fédérateur de Jérusalem, certaines nations européennes à l’instar de la France, férues d’un laïcisme frôlant l’intégrisme, conduisent donc le pape à affirmer qu’“On pourrait presque penser que le Continent européen est, de fait, en train de perdre confiance dans son avenir”.

Plus préoccupant, encore, parce que vital aux yeux du pape : “Ces valeurs, qui constituent l’âme du Continent, doivent demeurer dans l’Europe du troisième millénaire comme ‘ferment’ de civilisation” faisant alors que “Si celles-ci venaient en effet à disparaître, comment le ‘vieux’ Continent pourrait-il continuer à exercer sa fonction de ‘levain’ pour le monde entier ?”.

A “cette forme singulière d’apostasie” (selon les propres termes de Benoît XVI) qui ne semble nullement préoccuper la France et la Belgique, voici la réponse circonstanciée d’Angela Merkel : “Si on veut mener un débat mondial sur les cultures et les religions, alors on nous demandera à nous Européens que non seulement nous revendiquions nos racines, mais aussi que nous les exprimions”.

Or, aujourd’hui, l’influence des cultures et des religions se trouve littéralement décuplée par une globalisation galopante qui, plus que jamais, contribue à diffuser les idées qui mènent le monde. Aussi, notre meilleure chance de survie réside-t-elle clairement dans la force morale que nous saurons mettre à défendre les hautes valeurs qui ont forgé l’Europe et dont, par la grâce de Dieu, il n’y a nullement lieu de rougir !!

* Philippe Nemo : Qu’est-ce que l’Occident ? (PUF).

Librement !

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