2 février 2023
Non classé

Retour sur une manipulation intellectuelle

Le quotidien « Le Monde » a parlé de « connivence avec le jury », en proposant des « critères de proximité ». C’est drôle qu’il n’en a pas parlé plutôt parce que, depuis que ce concours existe, les membres du jury défendent leur candidat. Jusqu’à cette affaire, cela paraissait même naturel.

Mais si l’on applique les fameux « critères de proximité » à la lecture de mon CV académique (qui constitue le document de référence permettant de s’inscrire au concours de l’agrégation), mes détracteurs auraient dû observer que, dans mon cas, le degré de proximité était nul.
En effet, j’ai obtenu tous mes titres et grades universitaires (doctorat, HDR, titularisation en tant que MCF) dans une université hostile aux thèses libérales et avec des professeurs dont aucun ne siégeait dans ce jury tellement décrié.

Le fait est que les rédacteurs de la pétition ont repris certains de mes propos publiés dans des revues engagées, en les isolant du contexte et en faisant des commentaires mensongers sans que je puisse avoir le moindre droit de réponse. Je ferais remarquer au passage que lorsqu’un intellectuel (ou un artiste) est engagé à gauche, c’est très valorisant. Certains même déplorent que les intellectuels ne soient plus engagés ! Mais si vous vous engagez à faire la pédagogie (et non l’apologie) du libéralisme, vous êtes forcément un non-intellectuel ou un incompétent. En tout cas, cela ne mérite aucune reconnaissance officielle à l’université française.

On peut se demander si, dans ces conditions, l’université est encore le temple de la connaissance libre ou l’instrument de la propagande officielle.

Finalement, lorsque cette pétition sort, à l’issue de la leçon de travaux que je passe avec succès (mes travaux sur l’innovation sont reconnus à l’étranger), je voulais arrêter ce concours. Après tout, j’avais 40 ans à l’époque, trois enfants, 15 ans d’enseignement à l’université en France et à l’étranger, je n’avais rien à faire dans cette galère.

D’autant plus que, en cas de succès, on m’aurait dit que c’était plié d’avance. Et si j’échouais, je n’étais pas reconnu par les rares professeurs que je respecte et j’apprécie dans la profession.
Mais en même temps, j’aime les défis. Et quand j’ai appris la composition du jury, je voulais me mesurer à ces économistes, je voulais savoir ce que je valais. C’était un rendez-vous crucial pour moi qui ais passé le Bac dans un lycée de Digne-les-bains (16 000hbts).

Et finalement, ce rendez-vous a été gâché par la polémique.

Ce fut une grande amertume car je peux vous dire que j’en ai vu passer à l’université des nominations et des promotions de complaisance. Je n’étais pas préparé à affronter une telle tempête. Le concours est déjà en soi éprouvant et intimidant. A 40 ans, quand on a une vie de famille, et une vie professionnelle, ce n’est pas évident de préparer un concours. On est beaucoup moins disponible qu’un candidat de 20 ans.
D’autant que j’étais plutôt isolé à Perpignan, et encore plus quand la polémique est devenue publique.

Mais surtout, ce qui m’a fait le plus mal, c’est que des gens que je ne connais pas, que je n’ai jamais vu, se sont donnés le droit de dire: « Mr Caccomo ne doit pas devenir professeur d’économie à l’université ».

Cela m’a profondément blessé car, depuis plus de 15 ans, je consacre presque plus de temps à mon travail à l’université qu’à ma vie de famille.

J’arrive à 7h du matin dans mon bureau et je croise le personnel d’entretien, je rentre à 19 ou 20 heures selon les cas. Je gère des diplômes que j’ai crée, je négocie des stages et des financements pour mes étudiants, des programmes de coopération internationale pour mon université

Et finalement, on me dit que tout cela, cela ne compte pas pour la carrière.
Pire mes écrits libéraux sont susceptibles de nuire à ma promotion !…et l’on s’étonne encore que certains s’expatrient.

Je voudrais rajouter que ce n’est pas tellement être de droite qui est périlleux ou difficile à vivre, c’est plutôt le positionnement libéral qui est doublement délicat.

Il est clair que, pour la gauche, être libéral, c’est pire que l’extrême droite.
Dans la presse bobo, on nous range à droite de la droite.
Mais il y a une grande partie de la droite (gaulliste, souverainiste et FN) qui ne cache pas son anti-libéralisme.
Si bien que, lorsque l’on est attaqué par la gauche comme ce fut mon cas dans cette affaire, on ne reçoit pas vraiment le soutien spontané et en bloc de la droite.

Ce sont des soutiens timides, du bout des lèvres.

Attaquez un communiste pour ses idées, et la gauche se rassemble en bloc pour dénoncer la discrimination. Vous aurez même la droite, qui cherche constamment à séduire la gauche, pour rejoindre les rangs.
Voyez comment on se porte au secours des journaux comme Libé ou l’Humanité ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


%d blogueurs aiment cette page :