26 janvier 2022

Vers un deuxième mandat pour Ahmadinejad?

Le 12 juin prochain le monde  saura si  Mahmoud Ahmadinejad briguera ou non un deuxième mandat à l’élection présidentielle iranienne. La réélection d’Ahmadinejad apparaît pourtant  si  inéluctable.  L’Iran se donne à l’occasion une image « très démocratique ». Dans ce contexte,  le régime a minutieusement organisé six débats télévisés entre les 4 candidats à la présidentielle iranienne : le 2 juin c’était le débat  Karroubi-Rezaï, le 3 juin, Ahmadinejad-Moussavi, le 4 juin, Rezaï-Moussavi, le 6 juin, Ahmadinejad-Karroubi, le 7 juin, Moussavi-Karroubi et finalement le 8 juin   le débat  Ahmadinejad-Rezaï (1).

Durant ces six débats télévisés Ahmadinejad  était malmené par ses adversaires .Les trois autres candidats aux élections présidentielles,  qui auront lieu le 12 juin, ont porté de graves accusations contre l’actuel président conservateur , Mahmoud Ahmadinejad, qui se présente d’ailleurs aussi, à sa propre succession.

Son principal adversaire, le réformiste Mir-Hossein Mousavi, a très vivement critiqué la politique étrangère d’Ahmadinejad, notamment sur la question nucléaire et ses déclarations anti israéliennes, qui ont conduit "tous les pays à devenir des ennemis de l’Iran". "Le public ne doit pas payer un prix astronomique à cause de slogans vides de contenu" a-t-il encore lancé. Moussai parait sur une détente avec l’Occident. Il a ainsi dit qu’il poursuivrait les discussions avec les "Six" sur le programme nucléaire iranien s’il était élu.

Le conservateur Mohsen Rezai – recherché par Interpol pour son implication dans l’attentat contre la communauté juive d’Argentine en 1994 – a pour sa part accusé le président en exercice d’avoir précipité l’économie du pays au bord d’un gouffre.
Malgré le fait que le régime  promet que les élections présidentielles seront  démocratiques  plusieurs commentateurs iraniens voient dans la recommandation, faite par le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khameini, de "voter pour ceux qui ont le soutien populaire, et vivent de façon simple et modeste", un appel à soutenir la réélection d’Ahmadinejad, réputé pour son style de vie modéré.
 
Plus encore, une Fatwa (loi islamique) a été émise cette semaine. Elle ordonne à tout bon musulman de voter en faveur d’Ahmadinejad. Cette fatwa a été approuvée par Hashemi Rafsandjani (Président de l’Assemblée des Experts), Ari Laridjani (Porte Parole des Majles), Seyyed Mahmoud Hashemi Shahroudi (Chef Judiciaire des Ayatollahs) et Ali Akbar Mohtashamipour  (Le responsable pour la sécurité des voteurs)(2) .
 
 Le régime qui est  plus faible qu’il y a six mois à cause de la crise économique et de la chute du prix du pétrole a opté aussi pour la  séduction des masses  appauvris : Ahmadinejad annonçait la redistribution des bénéfices du secteur pétrolier à tous les Iraniens. Une mesure dérisoire aujourd’hui qui n’a pas était prise auparavant  lorsque le prix du baril était à 148 dollars. Le gouvernement Ahmadinejad a annoncé aussi une hausse des salaires. Il n’y a pas de quoi pavoisé car le salaire minimum annoncé est désormais de 275 dollars soit le tiers du seuil de pauvreté pour une famille de 4 personnes.
 
 Le gouvernement  que dirige Mahmoud Ahmadinejad, a fait aussi distribuer gratuitement aux Iraniens, à l’approche des élections présidentielles, de grandes quantités de pommes de terre, mises à la disposition du public dans les bureaux gouvernementaux, les universités et les hôpitaux du pays !!! Cette mesure est considérée par les adversaires de Mahmoud Ahmadinejad, comme rien de moins que de la corruption électorale. "Mort aux patates" c’est le slogan adopté en ce moment  par les opposants à Mahmoud Ahmadinejad. "Nous ne voulons pas de gouvernement patate" ont déclaré les partisans du candidat réformiste Mir-Hossein Mousavi, alors qu’Abas Abadi, un conseiller de Mehdi Karoubi demandait pourquoi des oignons n’étaient pas distribués. "Ils sont beaucoup plus chers que les pommes de terre, et si l’on veut venir en aide aux populations, c’est des oignons qu’il faut donner !" a affirmé Abadi.
 

Par ces mesures Ahmadinejad cherche à apaiser les foules frustrées des conditions économiques lamentables du pays à la veille des présidentielles. La corruption électorale menée par le régime ne s’arrête pas à la distribution  de grandes quantités de pommes de terre à quelques jours du scrutin, mais aussi à la façon de modeler les chiffres à l’avance. Une des particularités des mollahs est qu’ils évitent de se ridiculiser comme l’Egypte ou l’Algérie  en évoquant une participation de 99,9%. Téhéran simule la démocratie dans les limites du vraisemblable. Quel que soit le taux de la participation réelle des Iraniens (très souvent aux alentours de 5 à 12%), le régime annonce des taux raisonnables de 60 à 70%.
 

Le régime d’Ahmadinejad peut aussi s’offrir une légitimité populiste au maintien en état de son programme nucléaire et à son refus de dialogue avec l’Occident. Ahmadinejad surfe sur le sentiment islamo-nationaliste pour légitimer son emprise sur le pouvoir. Mahmoud Ahmadinejad, qui briguera probablement  un deuxième mandat à l’élection présidentielle iranienne du 12 juin prochain,  continuera dans la voie de la confrontation avec l’Occident. Cette politique de confrontation a sans doute accru l’aliénation de l’Iran vis-à-vis de l’Ouest, mais elle a permis à Ahmadinejad de gagner  le soutien des milieux ultraconservateurs.
 
L’Iran d’Ahmadinejad qui n’a jamais caché son ambition d’être une puissance régionale, soutient le parti islamique libanais Hezbollah et le mouvement palestinien Hamas, deux adversaires déterminés d’Israël. Mais les dirigeants iraniens, dont le pays est limitrophe du Pakistan et de l’Afghanistan, sont eux-mêmes confrontés à des troubles intérieurs. Un attentat contre une mosquée chiite a ainsi fait 25 morts, le 28 Mai dernier, à Zahedan, ville à prédominance sunnite dans le sud-est de l’Iran. Lundi 1er juin, un autre incendie a fait cinq victimes au siège d’une société liée aux milices islamiques du bassidj, qui, sous tutelle des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime, assure une surveillance musclée de cette région travaillée par les trafiquants de drogue et la guérilla séparatiste. Le 07/06/09 au moins 88 personnes ont été arrêtées par la police suite aux affrontements violents entre chiites et sunnites dans la ville de Zahedan au sud de l’Iran, dont une trentaine sont d’origine afghane.
 

Ce regain de tension qui couple à la fois des revendications ethniques et religieuses, s’il se poursuivait, pourrait jouer électoralement en faveur d’ Ahmadinejad, qui, depuis le début de la campagne, joue sur la corde "nationaliste", toujours très sensible en Iran. MM. Moussavi et Karoubi, les deux candidats soutenus par les réformateurs, s’efforcent, au contraire, de mobiliser un vote sunnite minoritaire (moins de 10 % de la population), qui, le 12 juin, ne pourrait faire la différence.
 
 
 
(1) les candidats  sont déjà quatre : Ahmadinejad himself, Mir Hossein Moussavi (ancien Premier ministre), Mohsen Rezaï (ex-chef des Gardiens de la Révolution) et Mehdi Karoubi, qui présida le Parlement en son temps.

(2) Même stupidité  aux législatives libanaise du 7 juin dernier, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah avait aussi lancé désespérément une fatwa invitant les électeurs  libanais à donner leurs voix au Parti de Dieu !

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