30 janvier 2023

Le monde selon Mucchielli et les «Indigènes»

Cet ouvrage, intitulé « Quand les banlieues brûlent », résume ainsi les événements de novembre. Le pays est gangréné par une France lepénisée jusqu’à la moelle, xénophobe, raciste, qui constitue « la face obscure de la République ». L’honneur aurait été sauvé par les émeutiers, qui ont su envoyer « un message de type politique, au sens le plus noble du terme ! ».

Donc, brûler les voitures des travailleurs et des chômeurs, incendier 250 écoles, des bibliothèques, des bus, même quand il y a des passagers dedans, des crèches, des entreprises où des salariés gagnent leur vie tant bien que mal est un acte politique noble !

Ce livre de sociologues oublie juste de donner la parole aux premières victimes des violences : les habitants des quartiers populaires. L’un des auteurs justifie cet oubli, en expliquant : « les adultes sont systématiquement hostiles aux jeunes, et les personnes âgées, sont le plus souvent craintives et fatiguées ».

Laurent Mucchielli avait déjà largement contribué à la défaite de la gauche, en 2002, par l’influence de ses discours. Il faisait partie des ces sociologues qui voyaient dans la demande de sécurité des classes populaires un phantasme, visant à stigmatiser les jeunes de banlieue, et prouvant la lepénisation des esprits. Ce discours, repris par la gauche bobo, style Mamère, et une partie de l’extrême gauche, a jeté dans les bras du Front national nombre d’électeurs confrontés à la réalité de la situation.

A l’époque où on juge l’assassin de Sohane, le même Mucchielli a produit des textes où il explique qu’il n’y a pas de violence spécifique contre les jeunes femmes des quartiers, et que tout cela contribue toujours de la même démarche fascisante : stigmatiser les enfants de ceux qu’il appelle « les Indigènes ».

On attend avec impatience les futurs ouvrages de ce sociologue, quand il va nous parler des violences qu’ont subies les manifestants, lors de la lutte contre le CPE. Déjà, la mouvance des « Indigènes » raconte les mêmes élucubrations qu’en novembre : les voyous nihilistes sont des combattants du mouvement social ! Dans cette lignée, pronostic du prochain texte de Mucchielli :

« Une jeunesse blanche, de la petite bourgeoisie, raciste, a délibérément ignoré le malaise de la jeunesse des quartiers, exclue du travail, et donc pas concernée par le CPE. En ne les intégrant pas dans les défilés, en les provoquant avec leurs portables à la main, ils ne pouvaient que susciter un acte politique fort de jeunes révoltés des classes populaires.
Les quelques accrochages, dont la violence a été fortement amplifiée par les médias aux ordres de Sarkozy, étaient avant un appel pour lutter contre les injustices sociales, les discriminations et le racisme que subit la jeunesse de la part de la République colonialiste et policière qu’est devenue la France ».

Je vous parie qu’on ne sera pas loin d’un texte aussi délirant. Et dire que des organisations invitent encore à débattre des autistes pareils, déguisés en sociologues !
Ceux qui auront vu l’école de leur gamin incendiée en novembre, ou dont le gosse se sera fait savater à quinze contre un en pleine manifestation et dépouiller en mars, apprécieront ".

Jeanne Bourdillon in Respublica N °434

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