3 février 2023

Bruit de bottes à l’Est, couinements à l’Ouest

Comme Obama a montré sa mollesse dans le conflit syrien, alors qu'il était encore temps d'aider plutôt le camp démocrate que le camp wahhabite, il n'y a plus rien desormais qui puisse empêcher la Russie de Poutine, forte de son succès syrien, de profiter des situations instables créées pourtant par l'implosion de son propre empire. Après l'Ossétie du Sud, voici désormais la Crimée. En attendant. Obama menace de bouder. Et Kerry veut bouter Poutine du G8. La belle affaire ! L'llemagne ne bougera guère tant elle est dépendante du gaz russe grâce aux amis de Cohn Bendit. Il reste, cependant, comme toujours, la Pologne, et son désir, légitime, de ne pas être menacée par son grand voisin.

Tout cela fait partie de ce retour du rapport de forces en terme de puissance que les idéalistes croyaient avoir dépassés à coup d'intimidation sociétale et d'échanges commerciaux. Par intimidation, il faut entendre ce désir inouï du courant relativiste/nihiliste/consumériste/chrématistique aujourd'hui au pouvoir à L'Ouest d'imposer sa vision sociétale du monde, comme s'il s'agissait d'un universel, qu'elle critique en soi cependant par ailleurs, lorsqu'il s'agit des droits humains en matière de liberté de dignité d'esprit d'entreprise, par exemple s'agissant des femmes et des homosexuels dans les pays dominés par les arabo-musulmans. On entend en effet guère Obama et ses alliés dénoncer la violation de leurs droits universaux dans ces pays.

Par contre, lorsque Poutine a eu le malheur d'indiquer qu'il s'oppose à la "propagande homosexuelle en direction de la jeunesse" et non pas à l'homosexualité en tant que telle, la levée de boucliers a été telle que l'on croyait être retombé dans le temps des guerres de civilisation lorsqu'il s'agit de caricaturer l'autre pour en faire un ennemi au sens schmittien. Ainsi Poutine apparaît à leurs yeux comme bien plus menaçant, idéologiquement, qu'un roi saoudien, qatari, ou des dictateurs de fait comme peuvent l'être le successeur de Chavez, l'éternel Mugabe de l'ex-Rhodésie, et tant d'autres en Corée du Nord, en Algérie, Palestine, etc.

Aussi lorsque l'on tient un tel discours de guerre idéologique, il faut s'attendre à des retombées y compris géopolitique, en l'occurrence ici le fait d'empêcher l'influence de l'Ouest dominée par le courant nihiliste/relativiste (pour résumer) de se répandre à l'Est, jusqu'à isoler en quelque sorte une Russie de nouveau conservatrice et méfiante, souvent à juste titre.

Aussi une politique étrangère française digne de ce nom aurait été de négocier avec Poutine en le rassurant d'une part sur le fait que la Pologne a le droit de s'inquiéter, que l'Ukraine et la Crimée ont le droit à l'auto-détermination, mais que, d'autre part, il ne s'agit aucunement d'imposer aux Russes des comportements sociétaux qu'ils jugent indésirables. Ce double travail de persuasion et d'explication n'a pas été fait et c'est bien dommage. Parce qu'il est la clé même de la coexistence pacifique en Europe et dans le monde.

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