7 février 2023

Fillon abattu en plein vol, MLP aurait dû atteindre 30%…

Les réalités sociologiques de notre nouveau Moyen-âge techno-urbain auraient, en apparence, avec cette élection, inédite, en France, eu de nouveau donc raison des imaginaires et des souvenirs imprégnés d'Histoire, ceux basés sur les idées manichéennes opposant et alliant absolument des contraires (que serait le Bien sans le Mal, aujourd'hui incarné tout "simplement" par le méchant nationalisme, libéralisme etc…). Aujourd'hui, tout est sans cesse remixé au profit d'autres illusions, idéologies, celles fabriquées par les grandes villes et leurs neurones médiatiques. Elles sont marinées depuis les années 60 dans le cocon de l'hédonisme doux croyant pouvoir absorber les contradictions internes et externes, celles de la foule solitaire et des effondrements multiformes du Sud, par la méthode Coué de la moraline et de l'avenir toujours souriant, toujours, même s'il l'est de plus à plus à crédit.

Macron en est l'illustration même. Ou comment ce système techno-urbain secrète aussi son propre miroir, un hologramme vivant et non pas simplement mécanique incarnant l'idée très ONG qu'avec de la bonne volonté, beaucoup de tolérance, les choses iraient dans la "bonne" direction, voilà l'espérance supposée et si naïve (d'où l'incompréhension d'une guerre civile syrienne ou de l'islamophilie radicale comme l'indique Pierre-André Taguieff dans son dernier Opus L'islamisme et nous.

En même temps Macron incarne aussi le désir d'aller au-delà des césures anciennes en osant énoncer, 37 ans après Deng Xiaoping néanmoins, que le problème n'est pas tant qu'un chat soit noir ou blanc mais qu'il attrape des souris. Fillon le disait aussi. Mais non seulement il a été berné, freiné, poignardé dans le dos par un pouvoir désireux d'être libéral sans l'afficher cependant (ou la pensée postmoderne elle-même)Fillon a aussi été peu à même d'incarner un renouveau qui aurait permis par exemple d'expliquer en matière de sécurité sociale qu'il conviendrait de confier la plus grande partie du salaire, brut, au salarié, quitte à ce que celui-ci se trouve une assurance adéquate, le reliquant restant allant à un fonds commun de solidarité pour les maladies lourdes.

Fillon aurait pu indiquer que si AXA avait dans ses cartons un projet d'assurance maladie concurrentielle à la sécurité sociale ce n'était pas seulement pour "faire des profits" (une entreprise qui ne fait pas de profits coule) mais proposer aussi une alternative moins coûteuse et de qualité pour le salarié. Fillon ne l'a pas fait, empêtré dans ses liens encore tenaces avec toute une tradition étatiste qui a la vie dure puisqu'elle mobilise la majorité de l'électorat.

Que fera Macron face aux mêmes déficits, aux mêmes défis, et, surtout, face à une extrême gauche qui va lui mener la vie bien plus durement qu'une droite nationaliste en réalité divisée croyant qu'il suffit (comme à gauche) de ressusciter un CNR qui précisément nous a amené là où nous en sommes, malgré quelques prouesses techniques françaises, même pas assumées en plus : pourquoi Le Concorde n'était-il pas devenu l'avion présidentiel français ? Est-ce que les Américains l'auraient empêché d'atterrir ? Où l'on voit en fait que l'on perd sur tous les tableaux : ni vraiment américains avec leur protectionnisme de fait, ni vraiment européens en acceptant de mutualiser les dettes comme le proposait l'Allemagne si l'on acceptait de faire un budget à l'équilibre, ni vraiment français enfin en défendant son passé et son avenir au lieu de sans cesse considérer que nous aurions fait que du mal.

Sans doute Macron est un accident de l'Histoire (comme l'est Mélenchon pour la gauche) parce que la droite n'a pas su et pu se relever de ses impairs et manques depuis 1789, incapable de comprendre pourquoi il faut prendre à bras le corps la devise républicaine française au lieu de jouer le premier terme au détriment des deux autres.

Et maintenant ? Doit-on hurler avec les loups en faisant comme Libération qui titre avec deux photos de dos de Fillon et Le Pen "tout sauf eux", tout, cela veut dire même Mélenchon, Poutou, Artaud ? Une "Une" comme celle-ci ne peut que nourrir les nervis qui déjà s'échauffaient place de la Bastille au soir du 23 avril. Gageons que la campagne du second tour va être un enfer pour Marine Le Pen, puisqu'elle est le diable, ses ennemis se chargent donc de lui fabriquer le décor adéquat, le tout au nom de "valeurs républicaines" qu'ils sont les premiers à bafouer comme ils le font au Venezuela sous nos yeux et aussi en Arabie etc (ce fut l'argument de Mélenchon face à Bourdin) sauf que l'Arabie n'a jamais parlé des droits de l'Homme, le Venezuela, si, Mélenchon aussi. Alain Duhamel pense qu'il n'est pas un dictateur. Mais on ne nait pas nécessairement dictateur, on le devient…

Macron sera donc incapable de gouverner, déjà montré par la "vraie" gauche (qui est la fausse gauche en réalité) comme instrument du "Kapital". Saura-t-il être ferme sur sa "gauche" alors que déjà il botte en touche sur le communautarisme? Permettons-nous d'en douter. Nous rentrons donc dans une aire d'une très grande incertitude, même s'il existe aussi les ferments pour nous en sauver, et c'est en cela que la période qui s'ouvre va devenir très intéressante pour renouveler les enjeux, du moins après le clash avec les tenants du monde ancien, de ce monde binaire qui tente encore de surnager malgré sa défaite à plate couture. Marine le Pen aurait pu apporter sa pierre, en posant déjà de "bonnes questions", elle a préféré occuper la maison vide du gaullisme au lieu de s'en construire une toute neuve. Fillon aussi. Macron, lui, l'a fait. Mais ses pyromanes sont là, avec l'apparence de pompiers.

Lucien SA Oulahbib

https://en.wikipedia.org/wiki/Lucien-Samir_Oulahbib

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