Au regard de la barbarie islamiste qui a déferlé sur le Sud d’Israël le 7 Octobre, en bordure de Gaza, et retardé cet envoi, l’abjection de cette éviction dont sont responsables le Centre Pompidou et la Fondation Lanzmann, parait certes dérisoire.
Ziva Postec, dégoûtée par ce type de procédé de la part de ces institutions qui pourtant se veulent des lieux de culture, c’est-à-dire, en principe des lieux d’échanges et de débats, ne voulait plus donner suite à sa révolte, considérant que son travail sur ‘’Shoah’’ témoignait suffisamment pour elle.
Je l’ai persuadée du contraire. La presse notamment cinématographique, les cinéastes et leurs organisations, les intervenants prévus à cette manifestation, les spectateurs, doivent savoir de quelle manigance elle a été victime.
C’est par des amis étonnés de son absence d’une telle manifestation que Ziva Postec en avait appris l’existence.
Après avoir interrogé ses organisateurs sur les raisons de son éviction, soit le Programmateur de Beaubourg Arnaud Hee et la présidente de l’Association Lanzmann, Mme Dominique Lanzmann, Ziva Postec s’est adressé en ces termes à la Directrice du Centre Pompidou, Mme Julie Norbey :
‘’Quelles qu’en soient les véritables raisons des uns et des autres, car celles avancées me paraissent controuvées et inadmissibles, le fait même d’évincer la personne qui demeure à ce jour le seul témoin vivant de la fabrication de ce film à partir de 350 heures de rushes et sans scénario (cf en pièces attachées les 2 textes parus dans la Revue française de psychanalyse : ‘’Comment j’ai monté Shoah’’) me paraît relever d’un esprit revanchard incompatible avec ce qu’aurait dû être cet hommage. Je sollicite donc votre recours.’’
Au nom de la Directrice de Pompidou, Mr Julien Farenc, chef du service Cinéma de la Bpi confirma cette éviction sans en donner d’explication.
Mon soutien à Ziva Postec se justifie par le fait que j’ai eu à collaborer avec elle durant une dizaine d’années pour mon dernier film ‘’Israël, le voyage interdit’’, une tétralogie de 11 heures, en tant que coproductrice et surtout chef-monteuse dont j’ai pu mesurer le très grand talent qui permit aussi au film de Lanzmann d’être ce qu’il est.
Synthèse de ‘’l’Affaire Postec’’
Le film ‘’Shoah’’ de Claude Lanzmann sera naturellement le pivot de cette Rétrospective organisée par le Centre Pompidou en Novembre-Décembre 2023. Seront conviés à en parler des cinéastes, des écrivains, des universitaire, en somme beaucoup de monde… sauf la chef-monteuse qui travailla à la construction de ce film durant près de 6 ans, à partir de 350 heures de rushes et sans scénario.
S’adressant à Ziva Postec, le programmateur Arnaud Hee fait d’abord l’éloge de son travail :
« Il m’est impossible d’en prendre la mesure colossale mais je prétends connaître assez bien le cinéma pour savoir combien Shoah s’est écrit à la table de montage, combien sa structure est née à cette étape, autre folle aventure après celle de la préparation et du tournage. Et bien sûr votre rôle crucial. Si Shoah est le film d’une vie d’un cinéaste, il est sans doute celui de votre vie de monteuse… »
Qui avait donc pu mettre en cause la légitimité de Ziva Postec à témoigner ?
Réponse d’A.Hee :
« Dans la préparation de la rétrospective, j’ai vite constaté des tensions, des scissions profondes et inconciliables dans la “famille lanzmanienne”. J’ai tenté de naviguer au mieux – je ne dis pas que je l’ai bien fait, mais j’ai fait de mon mieux.
Le choix de ne pas vous convier ne peut que vous heurter, tant vous êtes une actrice et témoin majeure et essentielle de la fabrique de Shoah.
Je m’y suis résolu quand j’ai pris conscience – plus que connaissance dans le détail – de profonds différends, allant jusqu’au terrain judiciaire, et le rendu d’un jugement. Travaillant en étroite collaboration avec l’Association Claude et Felix Lanzmann, présidée par Dominique Lanzmann, légataire du droit moral sur l’intégralité de l’œuvre (elle ne m’a pas pour autant dicté la programmation), j’ai considéré, pas de gaieté de cœur, que c’était ce que je devais faire…./ Personne d’extérieur à notre institution ne nous l’a dictée, même si on a à l’esprit en ces circonstances que la programmation doit tenir compte du légataire du droit moral sur l’intégralité de l’œuvre. On raisonne avec cela en tête, mais on ne prend pas les ordres, c’est un équilibre, une bonne intelligence, qui fonctionne à plein avec Dominique Lanzmann et son association pour cette rétrospective. »
Priée par Ziva Postec de s’expliquer, Dominique Lanzmann confirme son implication dans la mise à l’écart de la chef-monteuse :
« Arnaud Hee, initiateur et programmateur de la rétrospective complète à la BPI de Beaubourg, après s’être nourri des suggestions des uns et des autres, a exercé son libre arbitre. Finalement, votre nom n’est pas apparu dans la liste des intervenants, résultat d’une dialectique commune. »
Ziva Postec prend acte des aveux du programmateur et de Dominique Lanzman et de leur ‘’commune dialectique’’ :
« J’ai bien l’impression d’avoir été l’objet d’un marché : les films accordés contre mon élimination ».
Raisons invoquées par les deux parties organisatrices pour évincer Ziva Postec :
- Hee: « Je m’y suis résolu quand j’ai pris conscience – plus que connaissance dans le détail – de profonds différends, allant jusqu’au terrain judiciaire, et le rendu d’un jugement. »
Mme Lanzmann : « Personne n’a oublié que vous avez assigné et donc trahi Claude Lanzmann en 85-86 ».
Réponse de Ziva Postec :
« Vous osez parler de ‘’trahison’’ sans mentionner l’objet de ma plainte à l’époque. Or de cette manière je voulais protester contre l’inclusion dans la première édition du livre ‘’Shoah’’ (qui consignait la totalité des répliques et commentaires du film), d’un texte de Simone de Beauvoir publié initialement dans le Monde qui parlait du ‘’montage de Lanzmann’’.
Ce texte occultait totalement mon nom en me dépossédant de ma créativité. De plus, hormis ce texte inclus en guise de préface, l’extrait qui fut choisi pour la quatrième de couverture fut précisément la phrase où figurait cette expression ‘’montage de Lanzmann’’, lui conférant ainsi une plus grande visibilité et donc un caractère de vérité dernière.
S’il y a bien quelqu’un qui avait et a toujours le droit de se dire ‘’trahi’’, ne croyez-vous pas que ce serait plutôt moi ? Et d’ailleurs le Tribunal demanda et obtint la suppression de cette expression dans les futures éditions. »
CONCLUSION
Ainsi près de 40 ans après, Ziva Postec serait donc victime d’un esprit revanchard qui n’a fait qu’une bouchée des velléités du Centre Pompidou de rendre aussi un hommage amplement mérité à Ziva Postec, qui tient à souligner que : « contrairement à ce que certains disent dans les salons, je n’ai jamais revendiqué la co-paternité de la réalisation de ce film, pour laquelle je rendis hommage à Lanzmann à de multiples reprises. »
Face à ce négationnisme, que valent les protestations des employés de Pompidou qui, dans ce contexte, ne manquent pas de cynisme ?
Julien Farenc : « Soyez assurée que nous veillerons à ce que votre travail soit bien mentionné à sa juste place lors des séances consacrées à Shoah et à Pourquoi Israël. »
Arnaud Hee : « Les séances seront toutes publiques, ouvertes à toutes et tous, et à toutes les paroles, la programmation a été pensée pour être ouverte au débat »,
Comment alors, avec Ziva Postec, ne pas s’émouvoir ?
« Ne vous est-il pas venu à l’esprit que (vos louanges) ressemblaient plutôt à une oraison funèbre, art qui consiste à faire l’éloge de l’Absent ?
Mais je ne suis pas morte, Mr Hee !
Et c’est une immense fierté pour moi d’avoir dirigé le montage et même une partie de la post-production de ce film qui a représenté aussi pour moi une mission, vis-à-vis des 6 millions de Juifs, parmi lesquels ma propre famille, assassinés par les nazis avec la complicité et la collaboration d’une Europe et d’un Vatican consentant, vis à vis des Juifs du monde entier et des rares Justes, enfin vis-à-vis de mon propre peuple d’Israël où je suis née et qu’après la fin de ‘’Shoah’’ il me fallait impérativement rejoindre. »
Programme : https://agenda.bpi.fr/cycle/claude-lanzmann-cinema/
A ceux qui voudront s’adresser directement à Ziva POSTEC qui réside à Tel Aviv voici :
- Centre Pompidou :
Programmateur de la manifestation, Arnaud Hee arnaud.hee@bpi.fr
Chef du service Cinéma de la Bpi, Julien Farenc julien.farenc@bpi.fr
- Fondation Lanzmann :
Dominique Lanzmann <dominique.lanzmann@orange.fr>
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