Les pratiques du GIEC et de la climatologie sujettes à caution

Trois climatologues réputés critiquent sévèrement les pratiques actuelles du GIEC et de la climatologie.

Ce billet est dans le prolongement direct du précédent -(ci-dessous) qui rapportait les déclarations récentes de Hans von Storch et Lennart Bengtsson. Je donne ici des extraits substantiels des propos récents de Judith Curry (US) , Mike Hulme (GB) et Richard Lindzen (US).
Tout trois ont exercé, ou exercent encore, des fonctions éminentes au sein de l'establishment climatologique international dont ils connaissent évidemment parfaitement les rouages les plus intimes. De ce fait, issus du coeur même du système, leurs témoignages sont inestimables.
Comme vous allez le constater, ces trois auteurs ne sont guère complaisants à l'égard des pratiques de certains de leurs collègues parmi les plus influents et notamment de ceux qui ont décidé de défendre "la cause" au sein du GIEC.
Les originaux complets (en anglais) des textes dont je vous propose ci-dessous quelques extraits, vous sont rendus directement accessibles et je ne peux que vous conseiller de les lire intégralement.

1) Judith Curry, Professeur, titulaire de chaire à l'Ecole de sciences de l'atmosphère et de la Terre de l'Institut de Technologie de Géorgie (USA),est bien connue Curry3des lecteurs de ce site (voir de très nombreuses citations dans la page "paroles"). Loin d'être une "climatosceptique", Judith Curry, "la grande prêtresse du réchauffement climatique" comme elle se qualifiait elle-même, porte des jugements étayés et très critiques sur certains de ses pairs les plus influents de la climatologie "mainstream" et, tout particulièrement, à l'encontre du GIEC. En bref, Judith Curry pense que le GIEC et ses intervenants ont largement sous-estimé les variations naturelles du climat.

Dans un de ses billets récents, J. Curry évoque la question problématique du "Motivated Reasoning", le "Raisonnement Motivé".
De quoi s'agit-il ?
Les lecteurs(trices) attentifs se souviendront peut-être du "
biais de confirmation" qui est un piège sournois qui guette pratiquement tous les chercheurs qui s'intéressent à des questions aussi complexes que le climat. En bref, il s'agit de la tendance, difficilement contournable et à laquelle presque tous sont assujettis, qui consiste à ne voir sélectivement, dans les multiples observations, graphiques etc. disponibles que ceux ou celles qui confortent ses idées préconçues. Une des manifestations les plus évidentes du "biais de confirmation" est le "cherry picking" c'est à dire, la sélection systématique des données dans un sens qui vous convient.
Le
"Raisonnement motivé" est, en quelque sorte, le pendant théorique du "Biais de confirmation". Confronté à un problème aussi complexe que le climat, les chercheurs "motivés" ont tendance à adopter des raisonnements qui les confortent dans la poursuite d'une "cause" qu'ils jugent primordiale. La défense (à tout prix) d'une cause que Judith Curry appelle "la noble cause" ou la "la bonne cause", est probablement un des facteurs décisifs qui ont déterminé certains comportements a-scientifiques que Judith Curry ne cesse de dénoncer, comme elle le fait plus spécifiquement dans le billet cité ici et dont je donne quelques extraits ci-dessous.

Judith Curry introduit son billet en citant des extraits d'un article de Reiner Grundmann, intitulé " La science pour une bonne cause ?" publié sur le site Der Klimaweibel de Hans von Storch. (voir billet précédent, ci-dessous) et, notamment :

"De mon point de vue, ce commentaire illustre une attitude problématique qui a cours non seulement dans les sciences du climat mais aussi dans les sciences sociales. La bonne cause qui, dit-on, est la motivation de la plupart des recherches, place les chercheurs dans une situation particulière. Elle leur permet de se dispenser des exigences habituelles du comportement professionnel. (NdT : caractères engraissés par J.C). Peut-être n'est-il pas surprenant de voir une "personnalité éminente" en philosophie des sciences, défendre des pratiques problématiques qui ont été mises en place (ce n'est pas accidentel, je suppose) après la fameuse affaire du Climategate."

Judith Curry poursuit en donnant des exemples et en quelques précisions, dans un paragraphe intitulé (ironiquement) "Les causes nobles".

"Les causes nobles,

"Les scientifiques peuvent, ou bien biaiser subtilement leurs recherches dans le sens des préoccupations des politiques publiques environnementales ou bien ils peuvent opérer activement dans le sens de la suppression des éléments de preuve, et, dans certains cas, ils peuvent agir de manière préventive en inventant des éléments de preuve destinées à discréditer leurs opposants."[...]

"Cette année, j'ai eu l'occasion d'observer un exemple frappant de ce que je viens de dire. Un de mes collègues envisageait de publier un article qui remettait en question l'interprétation de la pause précédente qui allait des années 1940 aux années 1970. Mon collègue a envoyé une présentation Powerpoint sur ce sujet à trois collègues, chacun d'entre eux étant un scientifique expérimenté et très respecté et aucun d'entre eux ne s'était particulièrement signalé en matière d'activisme sur le sujet du changement climatique (je ne donne pas les noms pour protéger les innocents/coupables). Chacun de ces scientifiques a fortement conseillé à mon collègue de NE PAS publier son articles car cela pourrait seulement fournir des arguments aux sceptiques. (Note : Mon collègue n'a pas encore publié son article mais pas parce qu'il a été découragé par ces collègues).

Ce qui est en question ici est un conflit entre la micro-éthique de la responsabilité individuelle pour une conduite responsable de la recherche et des questions éthiques plus vastes, associées au bien-être du public et de l'environnement. La plupart des exemples de ce type sont en relation avec la suppression des éléments de preuve en y incluant des tentatives pour asphyxier les recherches effectuées par les sceptiques (en particulier leurs publications et leur dissémination dans le domaine public). Les courriels du Climategate en ont fourni de nombreux exemples."

Dans le cours de son billet sur ce sujet, Judith Curry rappelle des extraits édifiants de ses propres écrits antérieurs :

"Ces scientifiques étaient-ils des chercheurs assidus faisant de leur mieux pour répondre aux attentes impossibles des décideurs ? Oui, beaucoup d'entre eux l'étaient.
Cependant, au coeur du GIEC, il existe un corps de scientifiques dont les carrières ont été faites par le GIEC. Ces scientifiques ont utilisé le GIEC pour passer par dessus le processus normal de la méritocratie grâce auquel les scientifiques acquièrent de l'influence auprès des décideurs qui oeuvrent pour la politique de la science. Non seulement cela a propulsé un certain nombre de personnes assez peu connues, inexpérimentées et même peut-être douteuses, dans des situations influentes, mais ces personnes se sont investies dans la protection du GIEC, lequel est devenu vital pour leurs propres carrières et a légitimé leurs jeux politiques sur la base de son expertise.
Quand je fais allusion au dogme du GIEC, c'est à l'importance religieuse que le GIEC représente pour ce corps de scientifiques. Ceux-là ne toléreront aucun désaccord et ils chercheront à écraser et à discréditer quiconque remet en question le GIEC. Certains sont des scientifiques de niveau moyen, à mi-carrière ou en fin de carrière, qui ont dit adieu au processus de méritocratie académique. D'autres n'étaient encore que des étudiants doctorants lorsqu'ils ont été recrutés comme auteur principal pour le GIEC. Ces scientifiques ont utilisé le GIEC pour obtenir un siège à la "table des grands" où ils peuvent jouer à la politique avec les organes de pouvoir en utilisant l'expertise collective du GIEC afin d'obtenir une renommée personnelle et pour faire progresser leurs propres carrières. Cette progression de leurs carrières se fait avec la complicité des sociétés professionnelles et des institutions qui financent la science.
Avides de publicité, des journaux à fort impact comme Nature, Science et le PNAS publient fréquemment des articles sensationnels mais douteux qui contribuent à l'histoire de l'alarme climatique."

Comme on le voit Judith Curry ne mâche pas ses mots. Ses propos font échos à ceux de deux autres climatologues éminents cités ci-dessous et notamment à ceux de Richard Lindzen.

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2) Mike Hulme
hulmeComme le savent les lecteurs(trices) assidus de ce site, Mike Hulme (dont j'ai déjà rapporté plusieurs propos dans ce site), est un cacique de la climatologie "mainstream" britannique et internationale. Très influent il est actuellement "Professeur de changement climatique" à l'Université d'East Anglia (UK, le coeur du Climategate) . Il est aussi l'ancien fondateur-directeur du célèbre "Tyndall Center for climate change research (UK)".

Mike Hulme qui est n'est évidemment pas climato-sceptique au sens habituel, est par contre remarquablement critique sur certaines pratiques qui ont affecté le cours de la science climatique, telles que révélées par les courriels du Climategate qui ont connu une large diffusion dans les pays anglophones (au contraire des pays francophones).

Hulme avait ainsi écrit, peu après la découverte des courriels du CRU de l'UEA (le Climategate) :

"L'aspect tribal de quelques uns des emails résultant de la fuite, montre quelque chose qui est plus habituellement associé à une organisation sociale au sein de cultures primitives. Il n'est pas plaisant de découvrir que ces pratiques ont cours au sein même de la science. "

Hulme est également très critique au sujet du GIEC et plus spécifiquement, du fameux "consensus" fréquemment revendiqué par cet organisme et ses adhérents. Il avait écrit en 2010 que :

"L'établissement du consensus par le GIEC ne représente plus un critère primordial pour les gouvernements comme [l'est] une analyse complète des incertitudes. A défaut d'une explication précise de ce que ceci signifie, la tendance au consensus peut rendre le GIEC vulnérable aux critiques extérieures. Les affirmations telles que '2500 des meilleurs scientifiques du monde sont parvenus à un consensus sur le fait que les activités humaines ont une influence significative sur le climat', sont fallacieuses. Ce jugement particulier relatif au consensus, comme beaucoup d'autres dans les rapports du GIEC, n'est obtenu que par seulement, quelques douzaines d'experts dans le domaine particulier des études de la détection et des attributions. Les autres auteurs du GIEC sont experts dans d'autres domaines. "

Voici une traduction d'un billet récent de Judith Curry. au sujet des nouvelles déclarations de Mike Hulme qui revient, ici, sur les leçons que l'on peut (doit) tirer du Climategate.
Les caractères engraissés sont de PU sauf indication du contraire.

"Après le Climategate…plus jamais ça (?)"
(8 Août 2013)
par Judith Curry

Mike Hulme a posté un essai clairvoyant intitulé " Après le Climategate … plus jamais ça", lequel est un chapitre de son livre en voie de publication "Exploration du changement climatique à travers la science et la société : une anthologie des essais, des interviews et des présentations publiques de Mike Hulme"

"Le Climategate a-t-il été une bonne chose ? – Mike Hulme

Des extraits :

Une des conséquences d'une controverse publique au sujet de la science est d'instiller le doute sur des convictions et des certitudes généralement répandues ainsi que sur des croyances qui ont été admises mais qui n'ont pas fait l'objet d'un examen depuis un certain temps. Les vérités supposées et les certitudes acquises sont remises en question.

Le journaliste environnementaliste Georges Monbiot a été un exemple d'un commentateur bien connu du public dont les croyances ont été clairement remises en question par les courriels (NdT : révélés lors du Climategate) ainsi que par les déclarations qui leur ont succédé : "Personne n'a été aussi déçu par les révélations contenues dans ces courriels que ceux d'entre nous qui ont été les promoteurs de cette science", a écrit Monbiot la semaine suivante, succédant à "Je me suis rarement senti aussi seul".

Affirmer "Je suis un scientifique, croyez-moi" n'est plus suffisant, si ça l'a jamais été. Pour que la connaissance scientifique soit crédible aux yeux du public, les scientifiques doivent travailler aussi durement en dehors de leurs laboratoires qu'ils le font à l'intérieur, en démontrant, de manière répétée, leur intégrité, leur disponibilité et leur crédibilité. C'est alors seulement qu'ils seront jugés comme des témoins fiables et que leurs connaissances seront estimées recevables. Ceci n'est pas facile à faire comme les événements qui ont accompagné le Climategate l'ont montré.

L'une des réponses intéressantes de la part de la communauté académique qui a fait suite au Climategate a été de susciter un nouvel intérêt dans l'étude et la compréhension des diverses manifestations du scepticisme envers le changement climatique. La notion populiste selon laquelle tous les climato-sceptiques seraient, soit à la solde des barons du pétrole, soit des idéologues de droite, comme cela est suggéré par des études comme celle de Oreskes et Conway (2011) ne peut être défendue (NdT : caractères engraissés par J. Curry).

Il existe de nombreuses raisons différentes pour lesquelles le public peut être sceptique des aspects de la climatologie et, sans aucun doute, ils peuvent être sceptiques des affirmations qui sont exagérées par les médias et les lobbyistes. Ceci peut résulter d'un soupçon inné à l'encontre de "la grosse science" (ce qu'est devenue la science climatique avec des patrons tout-puissants auprès du gouvernement et des institutions internationales de l'ONU) ou, à cause d'une adhésion à des idées libertariennes vis à vis de la connaissance et des données, comme dans le mouvement Wikileaks. Certains de ceux qui ont poursuivi les scientifiques du CRU (NdT : Climate Research Unit de l'East Anglia) afin d'obtenir un accès aux données dans les mois qui ont précédé le Climategate peuvent être vus de cette manière : ils n'ont aucune connexion avec l'industrie pétrolière ou les organisations conservatrices. D'autres expressions du scepticisme peuvent résulter d'une lassitude sur ce sujet et du cynisme vis à vis des médias qui cherchent à sensationnaliser ou, encore, de l'expression d'une dissonance cognitive.

Mais, au delà de ces raisons pour le scepticisme envers le changement climatique et au cours des années qui ont succédé au Climategate, il est apparu plus pertinent de distinguer entre, au moins, quatre différents aspects du discours traditionnel au sujet du changement climatique pour lesquels le scepticisme peut apparaître.
Un scepticisme vis à vis des tendances serait de ne pas croire les évidences qui suggèrent qu'un changement climatique est en cours, tandis qu'un scepticisme vis à vis des attributions serait de douter que de telles tendances pourraient être, de manière prédominante, causées par l'activité humaine. Un scepticisme vis à vis des impacts se questionnerait pour savoir si le discours mélodramatique sur les futures catastrophes climatiques est crédible et le scepticisme vis à vis de la politique remettrait en question les moyens et le cadre de la politique adoptée à propos du changement climatique.
Lorsque cette analyse plus nuancée du scepticisme climatique est combinée avec la valorisation de la norme scientifique du scepticisme et avec la vertu démocratique de l'interrogation et de l'investigation sur les intérêts personnels, alors s'ouvre un espace pour des discussions plus respectueuses au sujet de la signification du changement climatique et au sujet de la réponse la plus appropriée.
Je soutiens que les événements qui ont accompagné le Climategate à la fin 2009 ont ouvert de nouveaux espaces pour que des vertus démocratiques agnostiques puissent s'exercer.

Les controverses scientifiques ne sont pas seulement révélatrices des discussions intellectuelles, mais aussi des luttes pour le pouvoir ainsi que des limites humaines au sein des pratiques et des institutions scientifiques. Elles reflètent aussi la dynamique de ces mêmes phénomènes dans un système culturel plus vaste dans lequel la science trouve sa place. Et elles sont pratiquement toujours à l'origine des évolutions dans la manière dont la science est conduite parce qu'elle cherche à conserver son autorité culturelle. Ainsi, les controverses scientifiques deviennent-elles souvent les perturbations nécessaires pour provoquer des ajustements et des innovations qui sont les mutations génétiques suivant lesquelles peut intervenir la sélection naturelle.

Les climatologues, leurs institutions et ceux qui les financent – c'est à dire la science climatique en tant qu'entreprise – ont été contraints de s'arrêter et de réfléchir sur la manière dont s'organisent leurs interactions avec le monde extérieur, aussi bien en matière de libre accès aux données que du point de vue du langage, en matière de modes de communication ainsi que pour ce qui concerne les modalités de leur engagement public. Le postulat irréfléchi qu'après avoir gagné la confiance du public (de fait, tout le GIEC a été récompensé du prix Nobel !), celle-ci perdurerait automatiquement, a été brutalement remise en question. Et, sur une plus grande échelle, en dehors de la science, il y a eu des ajustements dans les reportages sur le changement climatique par les médias et dans l'effet moteur qu'exerçait la climatologie sur les délibérations politiques de même qu'un accroissement de la détermination des critiques qui remettent en question les affirmations et les pratiques scientifiques.

Commentaires de Judith Curry :  Mike Hulme décrit les leçons qui auraient dû être tirées du Climategate et il semble que beaucoup, au Royaume Uni, ont appris ces leçons. Je ne suis pas du tout certaine que le GIEC ait appris beaucoup (ni, même, une seule) de ces leçons et, aux Etats-Unis, je ne vois pas beaucoup d'indications que les scientifiques aient appris quoi que ce soit.

Hulme décrit correctement une série de raisons qui conduisent au climato-scepticisme et il identifie quatre différents points autour desquels le scepticisme peut émerger. Aux Etats-Unis, en tout cas, l'idée virale des "marchands de doutes" d'Oreskes semble demeurer prédominante. L'intolérance envers le scepticisme ainsi que la certitude excessive restent de règle comme on le voit dans la récente déclaration de l'AGU sur le changement climatique. Les médias US semblent plutôt ignorer la question du changement climatique alors que les articles les plus significatifs viennent du Royaume Uni.

En définitive, est-il possible qu'une Tamsin Edwards* émerge aux USA ? Je suppose que non ; même les scientifiques les plus âgés sont intimidés par la "police du consensus" et ils ne veulent pas être soumis à ce que j'ai eu à subir (c'est ce que m'ont dit plusieurs scientifiques)

Voici ce qui donne à espérer que l'on puisse continuer à progresser et, qu'à la fin, les choses ne seront plus jamais les mêmes."

Note sur Tamsin Edwards mentionnée ci-dessus par Judith Curry:tamsin
Tamsin Edwards est une jeune physicienne (doctorat en physique nucléaire) qui a rejoint, depuis peu, la climatologie au sein de l'Université de Bristol (UK).. Elle a provoqué un grand émoi dans le microcosme climatologique international en publiant un texte ("les scientifiques ne doivent pas se faire les avocats de causes politiques") sur son blog, dans lequel elle décrit les pressions qu'elle a subies au sein de cette discipline et où elle affirme, avec force, sa conviction que les scientifiques doivent faire de la science et non pas se faire l'avocat de telle ou telle "cause" politique.
Judith Curry en a fait un billet sous-titré :

"En tant que climatologue, je subis des pressions pour faire de l'activisme politique." – Tamsin Edwards

Dans son texte,Tamsin Edwards déclare également que

" Je pense que l'activisme des climatologues a endommagé la confiance dans la science"

…ce qui est également l'opinion de Judith Curry et de beaucoup d'autres scientifiques (dont votre serviteur). La réponse à la question que pose Curry : (Peut-on espérer l'émergence d'autres Tamsin Edwards dans d'autres pays ?) est effectivement probablement négative. En effet, dans l'ambiance actuelle, il est extrêmement périlleux (pour sa carrière) d'écrire des textes tels que le sien.
Cette jeune femme est vraiment très courageuse… Bravo ! (comme dit J. Curry).

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3) Richard Lindzen :

Richard Lindzen est bien connu des lecteurs(trices) de ce site. Très fréquemment cité, notamment dans cette page qui lui est dédiée, il est, sans contexte, l'un des meilleurs connaisseurs des sciences de l'atmosphère.. Lindzen vient de prendre sa retraite de la chaire Alfred P. Sloan du prestigieux Massachusets Institute of Technology (MIT) dont il désormais professeur émérite.
Lindzen n'est pas non plus, à proprement parler un climato-sceptique bien qu'il fasse l'objet d'attaques répétées de la part des climatologues ou des activistes "mainstream". En réalité, Lindzen pense que l'homme influe sur le climat par l'intermédiaire du CO2 émis mais que cet effet est minime au point d'être négligeable. Il affirme que les observations disponibles montrent que le doublement de la concentration du CO2 dans l'atmosphère n'induirait qu'une hausse de la température globale de 0,9°C.

Depuis son départ en retraite, Richard Lindzen a continué à communiquer sur le sujet du "réchauffement climatique" dans diverses occasions, soit lors de conférences invitées soit en publiant des articles dans diverses revues. Lindzen continue à piloter les thèses ou les travaux de divers doctorants (dont actuellement un Français, un Sud Coréen et un Chilien).

Voici de larges extraits (les 2/3 environ) d'un texte qu'il a récemment publié dans l'édition automnale du journal de l'AAPS (Association des Médecins et Chirurgiens US). Ce texte reprend, en l'abrégeant quelque peu, le contenu d'une conférence donnée en Juillet 2012 pour la réunion annuelle de l'association DDP.

L'exposé de Lindzen est divisé en trois parties. J'ai traduit ci-dessous des extraits presque complets des parties 1 et 2.

"Bien qu'étant une démarche bénéfique, la science, en tant qu'institution, est toujours problématique. Charles Drawin a souvent fait part de sa gratitude d'avoir pu être un gentleman scientifique dépourvu du besoin de dépendre d'une affiliation institutionnelle. Malheureusement et dans la réalité, le gentleman scientifique n'existe plus. Même au cours du XIXè siècle, la plupart des scientifiques avaient besoin d'affiliations institutionnelles et, de nos jours, la science a inévitablement besoin de financements externes. Dans certains domaines, y compris en climatologie, c'est le gouvernement qui a le monopole de ce financement.

L'accroissement des budgets est activement recherché, mais l'augmentation des budgets pousse les scientifiques ainsi que les administrations des universités et les bureaucraties gouvernementales, à rechercher des sources financières pérennes. La sphère publique contribue avec sa dynamique propre, au processus scientifique et de manière plus importante lorsqu'il s'agit de couplage de la science avec des questions politiques. Ceci constitue un élément crucial du problème climatique mais des exemples comparables ont existé dans d'autres domaines jusque dans l'eugénisme et l'immigration et dans le Lysenkoïsme et l'agronomie.

Bien qu'il existe de multiples raisons pour lesquelles quelques scientifiques peuvent désirer introduire leur champ de recherche dans la sphère publique, les cas décrits dans cet article apparaissent plutôt comme des cas où ceux qui ont des objectifs politiques ont trouvé utiles d'utiliser la science. Ceci implique immédiatement une distorsion de la science à un niveau très basique, c'est à dire que la science devient une source d'autorité plutôt qu'une méthode de recherche. L'utilité réelle de la science provient de cette dernière. L'utilité en matière de politique relève de la première.

Pour que la science soit politiquement utile, il faut que plusieurs éléments soient réunis :

• De puissants groupes de pression affirmant représenter, à la fois, la science et la sphère publique au nom de la morale et d'un savoir supérieur.
• Des descriptions simplistes de la science sous-jacente de manière à faciliter une "compréhension" très répandue.
• Des "événements", réels ou imaginaires, interprétés de telle manière qu'ils promeuvent le sentiment de l'urgence dans le grand public.
• Des scientifiques flattés d'obtenir l'attention du public (y compris avec des soutiens financiers) et complaisants vis à vis de la "volonté des politiques" ainsi que de la reconnaissance publique de leur caractère vertueux. Ainsi que,
• Un nombre significatif de scientifiques désireux de produire de la science réclamée par le "public". trilindzen


Ces éléments ne sont pas réellement indépendants. De fait, ils interagissent de manière importante. (Voir la Figure 1).

Le processus illustré par cette figure n'est pas destiné à expliciter un quelconque abus de la science mais plutôt de démontrer pourquoi le système est vulnérable vis à vis des abus.

Les scientifiques dont les domaines sont éloignés de la science climatique sont encouragés à obtenir une part des financements.

Par exemple, une dotation de 197.000 a $ été attribué à un psychologue qui avait écrit que "le changement climatique représente un défi moral pour l'humanité et un de ceux qui suscitent un degré élevé d'émotion. Ce projet étudie comment les émotions et la moralité influencent la manière dont le public reçoit et fait passer le message du changement climatique, et il le fait dans la perspective de développer des stratégies applicables et concrètes pour amorcer un changement positif."
[...]
Les conséquences du Triangle de Fer impliquent l'ascension des médiocres politiquement corrects ou des incompétents tels que T.D. Lysenko ce qui est inévitable compte tenu de l'incapacité du public à juger de la science. Malheureusement, souvent, ceci pousse des scientifiques de meilleure qualité à rejoindre le groupe dans le but de préserver leur statut. Les activistes exagèrent grossièrement les résultats afin de promouvoir leur cause. Une focalisation obsessionnelle sur des sujets sans intérêt ou des aspects déconnectés, se met en place. Une dégradation profonde du niveau de la discussion (y compris avec l'abdication de la logique) interagit avec l'ascension des incompétents (NdT : Dans sa conférence orale, Lindzen a donné des exemples (et des noms) de ces derniers, parmi les plus connus de la climatologie mainstream ainsi que quelques explications complémentaires à ce sujet)"
[...]

(NdT : Légende de la Figure 1, ci-dessus: "La triste histoire du Triangle de fer et du Bol de Riz en Fer". Le "Triangle de fer" est une notion familière aux USA, attribuée à Ralph Pulitzer (1919) qui était le fils du magnat de la presse qui créa le célèbre prix du même nom. Il s'agissait, à l'époque, de décrire la collusion objective entre les membres du Congrès, les agences gouvernementales et les groupes d'intérêt US.
Comme on s'en doute, le "Bol du Riz en Fer" est une expression chinoise. Elle fait allusion aux emplois grassement payés et indéboulonnables qui existaient au sein de la nomenklatura chinoise lors de la période immédiatement post-Mao.

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La deuxième partie de l'exposé de Richard Lindzen est consacrée à quelques remarques sur les données observationnelles liées au climat.. Entre autres, Lindzen propose (avec le sourire, lors de son exposé oral) le petit rébus ci-contre :
(Tous les lecteurs(trices) de PU auront deviné que le graphe de gauche est relatif à la période 1957-2008. On y distingue nettement le pic caractéristique dû au El Niño de 1997.)

Le but de ce graphique donné par Lindzen est évidemment de montrer que le réchauffement (et sa vitesse) qui a eu lieu de 1895 à 1946, à une époque où les émissions de CO2 anthropiques étaient très inférieures à celles de la période récente, n'est pas distinguable du réchauffement dit "anthropique" qui a eu lieu de 1957 à 2008, comme je l'avais exposé dans un billet précédent, sous une autre forme.

 


Lindzen poursuit son exposé avec une 3ème partie consacrée à quelques considérations historiques.
La voici (caractères engraissés par PU) :

" Conséquences sociétales et précédents historiques.

L'alarmisme climatique global a coûté très cher à la société et il dispose du potentiel pour être encore beaucoup plus coûteux. Il a aussi endommagé la science parce que les scientifiques ont ajusté les données et même la théorie, afin qu'elles se conforment aux visées politiquement correctes. Comment pouvons nous échapper au Triangle de Fer alors qu'il génère une science erronée immensément influente et qu'il entraîne une politique catastrophique ?

Il existe des exemples tirés du passé. Aux USA, au début du XXe siècle, le mouvement eugéniste avait coopté la science de la génétique humaine et il poursuivait un objectif politique. Le mouvement parvint à susciter le Immigration Restriction Act of 1923 (NdT : La Loi de Restriction de l'Immigration de 1923), tout comme les lois de stérilisation forcée dans plusieurs états. Le mouvement fut discrédité par les atrocités des Nazis mais les conséquences survécurent en Amérique jusque dans les années 1960.

En Union Soviétique, Trofim Denisovich Lysenko (1898-1976) fit la promotion de la vision Lamarckienne de l'héritage des caractères acquis. Cela cadrait bien avec la vision mégalomaniaque de Staline sur la capacité de la société à remodeler la nature. Sous le Communisme, c'était l'état qui était sa propre organisation activiste. Cependant, l'opposition à l'intérieur même de l'Union Soviétique demeura forte en dépit des tentatives brutales d'éliminer les contestataires. Ceux-ci furent solidement soutenus par des scientifiques extérieurs à l'Union Soviétique. Finalement, elle fut en mesure de s'imposer après la mort de Staline. Mais même à cette époque, Lysenko et ses supporters continuèrent sur leurs positions précédentes. Ceci peut avoir facilité la fin de la domination de Lysenko puisqu'ils ne défendaient même pas leur travail.

Le réchauffement climatique est diffèrent des deux affaires précédentes. Le réchauffement climatique est devenu une religion. Un nombre étonnamment important de gens semblent avoir conclu que tout ce qui donne un sens à leurs vies c'est la croyance qu'ils sont en train de sauver la planète en prenant garde à leur empreinte carbone. Il est possible que les gens se rendent progressivement compte que ceci n'ajoute pas vraiment grand chose au sens de la vie, mais, en dehors des pages du Wall Street Journal, cela n'a pas fait l'objet d'une grande campagne de presse et les gens qui ne disposent d'aucune autre raison pour donner un sens à leur vie défendront leur religion avec le zèle d'un djihadiste.

Au contraire du Lysenkisme le Réchauffement Climatique possède une base globale et il a impliqué avec succès presque toute la science institutionnelle. Cependant, les fractures qui apparaissent dans les affirmations des scientifiques au sujet d'un réchauffement catastrophique, deviennent, je pense, beaucoup plus difficiles à défendre par les supporters. En dépit des disculpations officielles, le scandale du Climategate était une manifestation évidente d'une pathologie. L'opposition à l'alarmisme a un certain impact parmi certains groupes incluant des physiciens. Les rapports officiels de plusieurs pays (y compris la Norvège et l'Inde) ont pris des positions clairement non alarmistes. Et même Ralph Cicerone, le président de l'Académie Nationale des Sciences américaine a publiquement rejeté le catastrophisme climatique.

La société humaine, comme le système climatique, possède beaucoup de degrés de liberté. Les cas précédents ont duré de 20 à 30 ans. L'affaire du réchauffement climatique approche de ses 30 années depuis sa sortie en Amérique en 1988 (bien que la question ait commencé avant). Peut-être que des telles affaires ont une durée de vie naturelle et parviennent à leur terme avec un nombre quelconque de degrés de liberté dont la société peut disposer. Ceci ne vise pas à minorer l'importance des efforts de quelques scientifiques pour mettre le doigt sur les inconsistances internes. Cependant, il s'agit d'un monde polarisé dans lequel les gens ont le droit de croire à tout ce qu'ils veulent. Les mécanismes par lequel de telles structures de croyance peuvent être altérées ne sont pas bien compris. Mais les évidences observées lors des cas précédents apportent l'espoir que de telles structures de croyances finissent par s'effondrer.
En vérité, nous sommes en train d'assister à un des mécanismes possibles par lequel le support mutuel illustré par le Figure 1 pourrait être rompu. La communauté scientifique est clairement en train de devenir moins ambiguë dans la séparation entre les points de vue sur le réchauffement et les peurs totalement irrationnelles pour la planète et l'humanité. Les activistes environnementalistes répondent en proférant des affirmations de plus en plus extrêmes. Les politiciens se rendent compte que ces affirmations ne sont pas plausibles et se détournent de ces questions et du financement pour la science climatique. Dès lors, les scientifiques sont incités à chercher des financements ailleurs. Que ceci soit suffisant ou pas, on ne peut qu'espérer qu'un processus quelconque mettra un terme à l'actuelle obsession irrationnelle pour le climat et les empreintes carbone.

Richard S. Lindzen, Dr. ès Sc. .est professeur émérite des sciences de l'atmosphère au Massachusetts Institute of Technology."

 


Merci aux lecteur(trices) qui ont eu la patience de lire ce long (trop long ?) billet, mais il n'y a pas de doute que le sujet et les auteurs de ces textes en valaient la peine…

Stay tuned !

A suivre….

Pensée unique 26/9/2013

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