La fin des réformes scolaires – L’école sans l’ennui.

À la fois ceux qui ont été formés par ce système (qui en retirent aujourd’hui les privilèges) et à la fois ses artisans montent au créneau face à toute tentative de réforme qui touche à autre chose que des aménagements économiques ou politiques. On a donc logiquement rien à attendre de ces réformes.

- La relation Maître-élève

« Cette « allure » que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
Et quand on sait ce qu’a pu vous coûter de silences aigres,
De renvois mal aiguillés
De demi-sourires séchés comme des larmes,
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage,
Je me demande comment et pourquoi la Nature met
Tant d’entêtement,
Tant d’adresse
Et tant d’indifférence biologique
A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
Jusqu’aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
Dans votre grand monde,
A la coupe des bien-pensants.»

Léo Ferré, Il n’ a plus rien.

Diplôme ou Légion d’honneur, l’aigreur et les renvois mal aiguillés font partie du jeu, tout comme les professeurs matrimoniaires et les salons de thèses.

Bref, plutôt que de tenter de réformer un système qui n’est après tout que la manifestation des postulats dont il est issu, il est beaucoup plus intéressant de modifier les postulats qui l’ont créé, à savoir le «Maître qui sait et élève qui ignore».

Le maître ne peut s’occuper que de 10 à 50 élèves à la fois, et voilà l’essentiel de la structure scolaire qui se crée autour et qui l’alimente : classes, bibliothèques, administration, programmes, etc. Le «Maître» doit savoir, donc il est prend du temps à former et doit être rigoureusement sélectionné…

En modifiant cette relation on en vient efficacement à transformer le système scolaire; système qui en raison de son fondement même (Maîre-élève) tient plus de l’administration pénitentiaire (le prisonnier n’est pas libre de son horaire, ni de ses occupations, il n’a pas de mot à dire, guère moins que l’élève) que du souci de l’épanouissement de l’individu et de la communauté).

Les technologies de réseau

Les jeunes américains passent en moyenne 6 h 21 par jour avec les médias. 44 heures par semaine! Mieux encore, 25% du temps ils en utilisent plusieurs à la fois. (Source: Génération M: Media in the Lives of 8-18 Year-olds).

Les technologies de réseau remettent en question le rôle du maître, permettent un apprentissage ubiquite, moins formel, plus proche, adaptable et accessible. L’individu y est plus actif car, comme dans un jeu vidéo, s’il ne fait rien, rien ne se passe, tout le contraire d’une classe.

Pas étonnant donc que l’intégration des pratiques utilisant les technologies de réseau dans les organisations éducatives est l’endroit où l’on trouve le plus de résistances. Sans remise en jeu des rapports pédagogiques traditionnels, l’utilisation des technologies de communication demeure superficielle. Et en 2006 elle le demeure, n’en déplaise aux ministère de l’éducation de quelque pays que ce soit.

La communication dissout les barrières, les hiérarchies et toutes les constructions arbitraires ou sans rapport avec la finalité de la relation de ceux qui communiquent. Croyez-vous qu’il y avait une haute activité de communication à l’école traditionnelle ?. Transmission oui, réception, parfois, communication, on en doute.

Ainsi l’organisation scolaire se trouve remise en question par les pratiques de communication induites par les technologies de réseau. «Faites-le tout seul» est une philosophie sans rapport avec ces technologies de messages instantanés, de partage de fichiers, de communications mobiles et ubiquites…

En conclusion, on a pas à investir beaucoup d’efforts dans des réformes scolaires qui ne satisferont momentanément qu’une hypothétique population moyenne tant le fondement de l’opération scolaire (Maître-élève) est vicieux dans ses effets. Mais on peut y aller allègrement dans la promotion des communications, dans la formation des éducateurs aux utilisations, dans la mise en réseau des gens et des ressources. Les élèves n’attendent que de pouvoir participer. À ce moment la réforme sera en activité permanente et distribuée, individuelle et collective.

Être actif dans son apprentissage est l’état normal à atteindre par les élèves dans les écoles, pas la passivité actuelle constatée dans les classes. Je crois qu’acquiesceront les décrocheurs et tous ceux qui, malgré leurs succès, croient qu’il n’aurait pas été nécessaire de souffrir et de frustrer autant pendant 16 ans pour se faire reconnaître une maîtrise compétente somme toute restreinte dans la plupart des cas. Serveur de restaurant, Opérateur de machinerie, Préposé aux personnes âgées, Ingénieur des ponts et chaussés, etc…

Quant à la culture, les acteurs des théâtres, auteurs des livres, producteurs de films, de conférences et autres acteurs culturels nous la livrent avec autant de plaisir que nous avons à nous en imprégner. Loin de professeurs démotivés et de contenus apprêtés à la sauce barbante. Qui a dit que nous devions passer 8 heures par jour dans une classe ? Trois m’apparaissent déjà amplement suffisantes.
Denys Lamontagne

Directeur de Thot Cursus

18/1/2006

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