Le « Front Populaire »version Onfray ou l’auberge espagnole?

Cette tentative visant à vivifier, semble-t-il, et à nouveau la notion de « souveraineté », au delà des interprétations propres à tout un chacun, se trouve par exemple illustrée, du moins pour une part, par cet éleveur…texan (à partir de 1,36) expliquant qu’en plein confinement (et donc fermeture de marché à l’air libre) on lui a proposé de tuer une partie de son bétail en surnombre alors que de la viande importée sans problèmes va s’écouler dans les supermarchés laissés eux ouverts ; idem pour du fromage et cette fois en France où l’on apprend que du fait également de la fermeture des marchés et des restaurants, des « milliers de tonnes de fromages AOC » passent à « la trappe ».

On perçoit alors, et ce bien au-delà des absurdités d’un confinement incohérent, de cette contradiction tangible majeure entre d’une part cet éleveur texan et ces fromagers français désireux de vendre non seulement leur production mais aussi de préserver une certaine tradition d’être, et, d’autre part, ce technocratisme comptable globalisé pervertissant la notion de « libre-échange » par un hyper échangisme affairiste bénéficiant de protections étatiques pour déverser directement ses marchandises  via les supermarchés  y compris en temps « normal ».

On voit alors bien là qu’il ne s’agit même plus de savoir s’il faut laisser ou pas « la » concurrence agir puisqu’elle est empêchée ici, d’entrée de jeu, et ce au profit des plus forts (les grandes chaînes de supermarché) au sens très strictement politique du terme: les connivences affairistes sont telles que les politiques s’y soumettent alors qu’ils sont supposés être au service du bien commun (Locke) ou de la volonté générale (Rousseau).

Les souverainistes « sociaux », d’Onfray à Polony, affublent ces ententes froides tuant la concurrence au profit du monopole, et ayant existé depuis la nuit des temps, d’une étiquette censée être infamante celle du « néo-libéralisme » ; un terme néo-marxiste en réalité, puisant ses racines dans la pensée conservatrice religieuse et racialiste -la liberté comme perversion apatride- (recyclée ensuite par les sectes foucaldiennes et bourdieusiennes comme trame de « la domination », les léninistes-trotskistes « classiques » genre Besancenot parlant eux plutôt de néo-capitalisme) alors que cette prédominance, là, celle de la pensée monopolistique exacerbant la souveraineté individuelle (telle celle d’un Stirner que critique Marx) agit contre la liberté de chacun en réalité ; du moins si l’on admet que « la » pensée de la liberté a toujours mis le bien commun de la nation en premier à l’instar de la devise française de la constitution américaine et de l’idée anglaise du commonwealth.

Mais il est vrai que cette pensée monopolistique est d’apparence libérale quand elle s’appuie sur la perversion d’un outil technique (tel le fusil qui sert aussi à assassiner, tel le régime communiste chinois manipulant l’économie de marché) celui du calcul marginal optimisant au meilleur coût; sauf que c’est au politique via la loi de dire non, du moins s’il est digne de ce nom, tel est le défi, républicain, posé à nos démocraties, nationales ; au sens non seulement de « communauté de destin » celle d’Ernest Renan, mais aussi de continuité morphologique singulière et évolutive défiant l’usure du temps physique comme insistait Napoléon observant les pyramides d’Égypte ; cette singularité se distingue cependant de celle prônée par un Oswald Spengler  au sens de ne pas admettre comme lui la notion de cycle inexorable déclinant, et aussi de celle d’un Samuel Huntington qui donne trop aisément (comme Zemmour parfois) dans le culturalisme anti-universaliste (les femmes musulmanes voulant se » libérer » serait dans ce cas victimes d’un « occidentalisme »); mais il n’en reste pas moins que ce sont trois  grands penseurs  de l’idée de Nation ou le fait d’être ensemble -pas seulement « cohabiter »- ce que ne semble pas connaître le supposé « libéral » Nicolas Bouzou sommant Zemmour (mercredi 6 mai sur Paris Première) de lui citer un grand nom de la cause nationale (il y aussi Pierre Boutang plus proche de nous encore…).

Le « Front Populaire » version Onfray revenons à lui serait-il en mesure de relever un tel défi articulant la conflictualité permanente entre la singularité nationale et la poussée naturelle de la liberté, ou comment répondre à la détresse de cet éleveur texan et de ces fromagers français dont il a été question au début ?…

Rien n’est moins sûr tant son projet sécrète, dès le départ, du moins au vu des personnes qui s’y coagulent (un Chevènement par exemple) certains sédiments doctrinaux et stratégiques bien trop flous, vagues, ne serait-ce que l’absence de référence à la nation française, comme si « populaire » et « nation » en l’occurrence « française » devraient être des notions opposées….

Le terme de »Front » est par ailleurs plutôt défensif, nécessaire sans doute à certains moments, désespérés, mais  il ne correspond pas assez à ces situations nouvelles comme la nôtre aujourd’hui qui nécessitent « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace« .

Quant au terme de « populaire », le problème n’est pas tant d’observer que son association avec « Front »date un peu mais qu’au contraire celle-ci aura suscité beaucoup trop de ces espoirs hélas fracassés par ses versions staliniennes et social-démocrates, qui outre leur refus de soutenir la révolution démocratique espagnole en grand danger et d’avoir permis à l’Allemagne de réoccuper la Ruhr, se sont d’abord attachées pour la première à défendre bec et ongles Moscou et la seconde à repeindre et serrer quelques boulons du train-train « rad-soc » au sein d’une Troisième république à bout de souffle, le tout sous le masque des congés payés et des quarante heures alors que « la question sociale » restait tout autre : quid de l’alliance entre le capital et le travail entre les organes d’un même corps celui de la Nation (De Gaulle reprenant Agrippa…) ?….

Ets-ce alors chez Onfray une volonté de ressusciter la théorie blanquiste bakouniniste rafraîchie par Lénine-Trotski puis Staline  celle dite de « classe contre classe » qui serait métamorphosée aujourd’hui dans l’opposition entre élite et peuple alors qu’il s’agit plutôt d’une lutte entre globalistes anti-nation et « singularistes »nationaux, du moins si l’on voulait éviter le terme trop connoté de « nationaliste »…

En tout cas, si l’on part de la devise de la République démocratique française « liberté, égalité, fraternité » son classement ne s’avère pas alphabétique mais ontologique au sens de poser la liberté (de « gaulois réfractaires ») comme première avec l’égalité en droit et la fraternité en fait pour compenser les inégalités de naissance et les accidents de la vie par la solidarité nationale.

En ce sens il conviendrait plutôt de parler d’Alliance Démocratique Républicaine Française (ADRF) ou quelque chose d’approchant puisqu’il s’agit de conjuguer à la fois une continuité républicaine (la langue les institutions, en ce sens légiférer sur l’apprentissage de l’arabe est anticonstitutionnel) et une discontinuité démocratique (les évolutions diverses à discuter ensemble) le tout dans le cadre d’une verticalité (l’État) et une horizontalité (les régions, départements, communes) qu’il s’agit de rafraîchir avec des moyens nouveaux.

Si Onfray et ses amis y participent, tant mieux, mais ce n’est pas nécessairement dans les vieilles casseroles que l’on fait les meilleures soupes…

Lucien SA Oulahbib 8/5/2020

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