La fable des effets pervers

On sait déjà depuis Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat et Adam Smith que, quand les responsables politiques interviennent dans l’économie, il y a nécessairement des effets que les sages considèrent comme logiques quand les ignorants ou les pseudo-savants les qualifient de « pervers ». Le qualificatif « pervers » vient seulement du fait que ceux qui interviennent ne les avaient pas prévu, ce qui est une indication de notre ignorance. C’est un peu comme le hasard en physique : existe-t-il intrinsèquement ou n’est-il que la limite de nos connaissances ? On peut toujours postuler, comme hypothèse de travail, l’existence d’un régulateur bienveillant et omniscient ; dans la réalité, une telle entité est une chimère. Par principe de précaution, auquel les responsables politiques semblent si attachés, on ne devrait donc pas intervenir dans l’économie lorsque l’on n’est pas en mesure de prévoir la somme infinie des effets qui vont se déployer… et qui se retournent souvent contre l’objectif initialement visé.

L’argument évoqué dans la polémique en cours (hausse des prix, hausse des loyers) pourrait prêter à sourire s’il n’était pas l’indicateur de la mauvaise foi ambiante. Souligner l’éventualité de la hausse des prix ou des loyers, c’est arrêter arbitrairement – et pour les besoins de la polémique – la chaîne des effets et conséquences. Tout marché fonctionne sur le principe d’une dynamique d’ajustements sans fin entre prix et quantités. Si on prend une mesure dont l’effet est d’accroitre le pouvoir d’achat des ménages, et si les ménages utilisent ce pouvoir d’achat retrouvé, cela aura pour effet normal d’accroitre la demande (et l’épargne). Si la demande augmente, l’offre étant donnée, le prix augmente normalement (mais pas nécessairement lorsqu’il y a une offre disponible). Ce n’est pas un effet pervers, c’est normal ! D’autant que l’augmentation du prix n’est pas en soi une mauvaise chose. L’augmentation des prix, c’est le signal qui va provoquer à son tour une réaction de l’offre. Si le prix monte, cela incite les offreurs à accroitre les capacités offertes sur le marché, ce qui était l’objectif de la mesure initiale.

C’est pourquoi tous les pays qui ont supprimé la liberté des prix sont entrés dans une économie de pénurie. Dans une économie de liberté, il faut accepter la première règle fondamentale du fonctionnement des marchés : pour que les quantités s’adaptent, les prix doivent être flexibles. Sur certains marchés, les prix vont parfois baisser (ce qui va inquiéter les producteurs) tandis que sur d’autres marchés, les prix seront amenés à monter (ce qui va affoler les consommateurs). Que telles évidences fassent encore débat au pays des Lumières nous montre tout le chemin qui reste encore à parcourir. Il reste que le chemin parcouru en quelques semaines est d’ores et déjà impressionnant : hier la droite française, intimidée par une gauche arrogante, était qualifiée de « droite la plus bête du monde ». En composant un gouvernement d’une rare modernité, en redonnant le moral aux Français désormais dans l’attente (ce que les élections législatives ont magistralement confirmé), Nicolas Sarkozy a rendu sa fierté à la droite française tandis que nous assistons à l’agonie de la gauche la plus archaïque du monde.

Perpignan, le 12 juin 2007
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Jean-Louis Caccomo 12/6/2007

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