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Des lycéens zombis

Les journaux scolaires sont nombreux en France, ce qui est un signe de vitalité et d’intérêt des élèves non pas seulement pour leurs établissements mais pour les questions politiques, sociales ou culturelles. Le Clemi (Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information) vient d’en publier une revue de presse. Les éducateurs précisent que la diversité des opinions a été respectée. En réalité, tout l’intérêt de cette revue de presse est de nous apprendre que, chez les lycéens, sur chaque sujet, une seule opinion s’impose: la même.

Ils ridiculisent Sarkozy, pour deux raisons: parce qu’il veut s’occuper de tout, et parce qu’il étale partout ses affaires privées. Trop médiatisé. Trop people. Et évidemment, trop payé. Ils attendent avec impatience que le PS reprenne du poil de la bête. Mais constatent avec douleur que ce n’est pas pour demain. Ils le fustigent de se laisser aller à des querelles de broutilles, pendant que les Français ont besoin de lui. Ils critiquent son attitude actuelle parce qu’ils le voudraient uni et puissant. Devant la mesure proposée consistant à utiliser le test ADN pour les immigrants, ils crient à l’eugénisme (n’ayons pas peur des mots) ou proposent par provocation qu’on se débarrasse aussi des vieillards et des malades, qui, comme les immigrés, coûtent cher à l’État (n’ayons pas peur des amalgames osés).
Devant la réforme Pecresse, qui permet aux universités d’utiliser du financement privé, ils crient à l’achat par les capitalistes d’universités qui, dès lors, ne pourraient plus travailler que sur les sujets rentables. À propos des “votes” pour les grèves dans les amphis, ils racontent sans vergogne les trucages justifiés par l’intérêt supérieur. Leur idéal est que l’État embauche le plus possible de fonctionnaires, d’enseignants, mais aussi de médecins, d’administratifs, etc. Ils critiquent le “travailler plus”, arguant que le travail n’est plus la valeur importante, puisque ce qui importe, c’est de vivre mieux… Ils haïssent la compétition sous toutes ses formes, le système des notes lors des examens, l’élitisme qui rend certaines filières meilleures que d’autres… plébiscitant un monde d’égaux où tous seraient les meilleurs, allant jusqu’à traduire l’olympisme en eugénisme (encore lui) et méprisant les héros.Parlant de la sexualité, ils ridiculisent le pape et la religion dans son ensemble et défendent à grands cris l’homosexualité, ricanant sur le fait que la majorité juge “normale” l’hétérosexualité.
Ils soulignent avec indignation les violations des droits de l’homme en Chine et en Russie, jugeant révoltant que l’Occident continue à traiter avec des pays aussi abjects, juste parce que le premier possède des dollars et l’autre du gaz. Naturellement, leur combat préféré est celui de l’environnement, la défense de la Terre, et pour cela le changement de comportement des uns et des autres, dans un souci moral pontifiant et injurieux devant quiconque n’est pas d’accord. (Parfois l’un d’entre eux se demande si, tout de même, les pays pauvres n’auraient pas le droit eux aussi de se développer en polluant, les deux allant ensemble.) Naturellement, ils détestent l’Amérique parce qu’elle est conservatrice, religieuse, puissante et riche. Ces journaux ne concernent que 2008, mais on peut être sûr qu’ils sont tombés, depuis, dans l’obamania et, du coup, admettent que l’Amérique est en guerre contre le terrorisme (ce qui était venant de Bush un fantasme) et jugent ce pays fichtrement sympathique, parce qu’il est dirigé par un président noir.
L’image,on le voit,est extraordinairement fidèle aux opinions affichées dans le monde des adultes. En France, la droite et la gauche sont à peu près aussi représentatives l’une que l’autre. Pourtant, la presse se fait l’écho surtout de la pensée de gauche. Des études ont été réalisées montrant à quel point les journalistes sont peu représentatifs de la population. Les lycéens qui écrivent dans ces feuilles sont à leur image. Comment l’expliquer ? Ces lycéens-là sont-ils seuls à vouloir écrire ? Sont-ils tous dressés par leurs enseignants ?
Je n’ai trouvé dans ce recueil qu’un seul article qui ne soit pas politiquement correct: celui qui défendait l’enseignant placé en garde à vue pour avoir giflé un élève, appelé ici “petit con”. Tout le reste: cette marée écoeurante, sans recul ni critique sur soi, qu’on entend partout… Comme chez les adultes, ces lycéens ne “débattent” que pour dire tous la même chose. Ici apparaît, claire comme le jour, la transmission de Panurge.Les jeunes sont fils de leur société autant que de leurs parents. Mais quand la société éduque tout le monde dans le même creuset, ils échappent facilement à la diversité des familles et se formatent sur le même modèle: des enfants zombis.

Chantal Delsol 14/3/2009

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