Conjoncture

Un risque inflationniste ne peut se maîtriser par une hausse des taux que dans le cas ou cette inflation provient d’une augmentation de la demande, ce qui est loin d’être le cas dans la zone Euro .
Des pays comme l’Allemagne , la France , l’Italie , la Belgique , souffrent d’une croissance particulièrement atone que l’augmentation des taux risque d’affaiblir encore plus .

La demande intérieure française est en chute libre puisque les budgets prévisionnels d’achats de Noel montrent une baisse prévisible de 3%, et que des chiffres comme ceux des immatriculations de voiture neuves , qui viennent de tomber régressent de 2,1% pour les immatriculations françaises du mois de Novembre .

En aucun cas , on ne peut attribuer cette hausse des taux au souci de voir maîtriser les dérapages des déficits publics .. La hausse des taux va légèrement renchérir le prix de l’argent, y compris pour financer notre déficit public mais elle n’empêchera pas nos collectivités locales de continuer à augmenter leurs budgets , au mépris du pouvoir d’achat des français ou de continuer à augmenter les prélèvements sociaux pour combler le trou de la sécurité sociale . Le seul moyen de la BCE serait de taper du poing sur la table car il faut rappeler que le non respect du pacte de stabilité va finir par mettre l’euro en péril .

Une menace d’exclusion de la zone euro des pays qui refusent de réformer leurs finances publiques aurait sans doute beaucoup plus d’impact qu’une hausse des taux totalement marginale . La France est en premier lieu concernée puisque le rapport Pebereau , non encore définitif , intégrant les engagements de l’Etat et en particulier les retraites de la fonction publique , fait doubler la dette française . Le chiffre de 2 000 Milliards d’euros qui circule intègre , conformément aux normes internationales , les engagements de retraite de la fonction publique qui représenteraient 900 Milliards d’euros à elles seules .

Ce calcul de la dette nous donne l’une des premières places dans le palmarès des mauvais élèves de l’Union Européenne sur le sujet, puisqu’elle représente 120% du PIB , le pacte de stabilité nous limitant théoriquement à 60% !!! Cet endettement est bien supérieur à celui de l’Argentine au moment de son implosion . Et l’euro pourrait avoir pour la France , le même effet de blocage qu’eût, en son temps, la parité peso-dollar .

Il faut quand même trouver quelques effets positifs à cette hausse des taux .. Elle amplifiera le ralentissement des prix de l’immobilier qui a débuté depuis quelques semaines … mais sans grand impact , compte tenu de son caractère très raisonnable . La hausse des prix de l’immobilier tient à plusieurs facteurs que la hausse des taux ne freinera pas ..

Tout d’abord, il faut rappeler qu’elle est parfaitement circonscrite à certaines villes, pour ne pas dire certains quartiers de capitales comme Paris .
Ces villes ou ces quartiers sont des endroits ou la demande est forte , et particulièrement en provenance de l’international . Les français , dont le pouvoir d’achat ne cesse de baisser , par le fait de l’augmentation de la masse des prélèvements , contrairement à d’autres pays Européens , ne peuvent lutter contre cette demande .
En dehors de Paris , certaines régions françaises , comme la côte atlantique ou le Périgord , ou encore certaines villes de la région PACA , sont particulièrement ciblées par une demande internationale , de toutes origines . Cette demande ne sera pas particulièrement affectée par une hausse d’un quart de point .

La seconde raison de la hausse des prix immobiliers tient à la faiblesse de l’offre de logements neufs . Malgré les incitations fiscales successives , les constructions n’ont pas suivi la demande , en particulier de logements à loyers modérés . La législation française , régissant les rapports entre bailleurs et locataires diminue l’attractivité des locaux d’habitation au profit de l’immobilier de bureaux .
Encore une fois , le niveau de protection des locataires , le faible rendement de l’immobilier d’habitation et le pouvoir d’achat des français sont sans doute les principales causes de ce désintérêt.
Un autre effet positif sera la baisse de l’Euro par rapport au dollar , donc une amélioration prévisible sur nos exportations , et sur nos sociétés travaillant principalement à l’étranger .
En effet , les parités monétaires ne se font plus sur les différentiels de taux d’intérêt , mais sur les différentiels de potentiels de croissance . Dans cette mesure , la hausse des taux de la BCE, en affaiblissant la croissance de la zone euro , donne un coup de pouce au dollar et à nos exportations .. Par contre , cela ne fera qu’alourdir la facture pétrolière , qui est libellée en dollars !!! C’est un serpent qui se mord la queue .

Devant les risques psychologiques induits par cette décision , il est impossible de ne pas se demander si la BCE n’a pas tout simplement voulu réaffirmer ses prérogatives et son indépendance en agissant ainsi . Espérons que ce ne soit pas le cas .

Enfin, à titre de comparaison , pendant les quatre dernières années, alors que la BCE restait parfaitement immobile, la Fed a modifié 12 fois ses taux pour agir, sur la demande, sur l’économie, sur la monnaie et maintenant sur l’inflation.

La BCE a peut-être agi totalement à contre-courant !!!!!

Caroline petibon est analyste financière


28/1/2006

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