26 janvier 2022
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Soudan: un réveil tardif de l’O.N.U.

M. Annan s’y exprime en ces termes: “Au vu de la détérioration sérieuse et continue de la situation sécuritaire au Darfour, le soutien à la mission de paix africaine devrait peut être inclure l’apport de capacités additionnelles et nouvelles, comprenant un soutien aérien rapproché. Je serais reconnaissant si des gouvernements en mesure d’apporter de telles capacités en peu de temps pouvaient en considérer la possibilité“. Car depuis son déploiement, la mission africaine, composée de 7.000 hommes, n’est toujours pas parvenue à restaurer la paix dans la région et à stopper les exactions commises à l’encontre des populations civiles.

Alors que depuis l’intensification du conflit en 2003, l’Organisation internationale était demeurée sourde aux demandes américaines d’une intervention militaire afin de mettre un terme à ce conflit meurtrier – 250.000 morts et 2,4 millions de déplacés -, cette requête de M. Annan témoigne d’une prise de conscience, certes tardive, par la communauté internationale de l’ampleur du désastre. La diplomatie américaine, jadis critiquée, notamment par la France, pour son “agressivité” et sa volonté de recourir à la coercition, montre à nouveau, comme pour le dossier iranien, le bien fondé de ses positions. Dans les deux cas le “soft power” privilégié par l’Europe n’a fait qu’inciter les deux dictatures à perséverer dans leurs entreprises respectives.

Néanmoins il convient de ne pas laisser place à l’optimisme. Les Etats-unis, qui ont dépêché plusieurs conseillers militaires auprès du Conseil de sécurité, n’envisagent pas pour le moment d’engager leurs forces armées au Soudan, en raison d’impératifs militaires majeurs en Irak et en Afghanistan. De hauts-responsables américains ont donc rappelé que d’autres puissances sont en mesure d’assurer le rôle de soutien aérien demandé par M. Annan. Gageons toutefois que ces “puissances” ne manqueront pas de faire preuve d’une lâche apathie malgré une situation humanitaire tragique et alarmante.

Par ailleurs, le gouvernement soudanais, naturellement opposé à une intervention internationale et à un renforcement de la force de paix en place, a fait preuve d’une activité diplomatique intense afin de gagner d’autres Etats à sa cause. Soutenu par la Ligue arabe, Khartoum est ainsi parvenu à influencer plusieurs membres de l’Union africaine, dont les représentants doivent se réunir le 10 mars au Darfour et qui a annoncé qu’elle pourrait renoncer à transférer sa responsabilité à l’O.N.U. .

En dépis de la prise de position récente de M. Annan, il demeure donc fort peu probable qu’une intervention militaire internationale ait lieu sur le court ou moyen-terme. Khartoum aura donc, encore pour un temps, tout le loisir de poursuivre sa politique de nettoyage éthnique en toute impunité et avec le soutien complice de ses “frères arabes“.

Source: Ordre 66


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