29 janvier 2022
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Hamas: une première désillusion

Dans son entretien avec le journaliste du quotidien américain, Ismaël Haniyeh avait notamment déclaré que “le Hamas ne désire pas jeter les Juifs à la mer“. Citation ô combien percutante et lourde de sens venant d’un groupe terroriste qui faisait jusqu’à présent de la destruction d’Israël et du massacre des Juifs des éléments immuables de sa ligne idéologique. Des dires du nouvel homme fort du mouvement islamiste, l’on retiendra également ces deux citations: “si Israël se replie sur les frontières de 67, nous fixerons des étapes afin d’évoluer vers la paix” et “nous ne cherchons pas la guerre et nous n’en somme pas des initiateurs. Nous ne sommes pas interessés par un cercle vicieux de violence. Nous sommes un peuple oppressé avec des droits. Si la paix nous redonne nos droits, ce sera bon“.

Sans discuter du bien fondé de ces affirmations, il est indéniable qu’elles auraient constitué une évolution idéologique fondamentale du Mouvement pour la Résistance Islamique, et ouvert la voie à d’autres perspectives favorables à la résolution du conflit. Auraient car quelques heures après la publication de cet interview, le premier ministre palestinien a nié avoir tenu de tels propos, dénonçant une traduction inexacte de ses paroles.

Le porte parole du Hamas, Salah Bardaweil, a donc dissocié son organisation de ces dires, demandant aux journalistes de faire preuve de rigueur à l’avenir quant à la retranscription des paroles du premier ministre, celui-ci ne parlant pas anglais. Il a également ajouté qu’Ismaël Haniyeh avait affirmé, en réponse à une question à propos de la reconnaissance de l’Etat juif, que “si Israël se désengage des territoires conquis après 67, libère tous les prisoniers palestiniens et permets le retour des réfugiés chez eux, nous pourrons en discuter“. Il a également affirmé que, plus tard dans l’interview, M. Haniyeh avait déclaré que “si Israël accepte les conditions que j’ai mentionnées, nous serons disposés à accepter un accord de paix temporaire. Le Cheikh Yassine avait déjà posé ainsi le fondement de cet accord et d’une hudna sur le long terme”.L‘intention n’est donc absolument pas la même. Si Israël accède aux conditions posées par le premier ministre palestinien – repli sur les frontières de 67, retour des réfugiés et libération des prisonniers – alors seulement l’Autorité palestinienne pourra éventuellement envisager une reconnaissance de l’Etat sioniste, ne parlons pas de la paix.

Il convient en outre d’analyser avec précision cette “offre” adressée à Israël par le mouvement islamiste.

Tout d’abord, soulignons que, dans la conception palestinienne, le retour des réfugiés consiste en un retour en Israël même de plusieurs millions de Palestiniens exilés dans les pays arabes. Une telle décision impliquerait bien évidemment de fait la mort ontologique de l’Etat juif en mettant fin à la majorité hébraïque dans le pays, qui serait ainsi remplacée par une majorité arabe. Cette condition est donc forcément et complètement inacceptable pour Israël.

Ensuite, il est interessant de s’attarder sur le terme arabe de hudna. Loin de la traduction approximative de “cessez le feu” que lui attribuent souvent les médias occidentaux, ce terme possède une signification historique bien plus subtile pour les musulmans, et d’autant plus pour les islamistes. “Cessez le feu temporaire afin de réarmer et de repasser à l’attaque” serait une traduction plus juste de ce mot. Car la hudna générique fait référence à la légendaire hudna d’une decennie conclut au VIIème siècle par Mahomet avec ses ennemis de la tribu Quraysh qui contrôlait alors la Mecque. Durant les années qui suivirent l’accord, le prophète de l’islam se rearma et profita d’une entorse mineure à la hudna par ses adversaires pour se lancer dans une conquête massive afin de reprendre la Mecque. Ce n’est sans doute pas ce pragmatisme que les journalistes occidentaux avaient en tête.

Enfin, en réfutant implicitement avoir déclaré que “le Hamas ne souhaite pas rejeter les Juifs à la mer“, Ismaël Haniyeh ne nie donc en rien l’existence d’une telle volonté au sein du mouvement islamiste et n’écarte pas sa mise en application effective.

Les membres de la communauté internationale et le gouvernement israélien auront donc vite déchanté suite à ces quelques rectifications. L’emploi du terme de hudna, quant à lui, devrait inciter l’Etat hébreu à la prudence car, outre son sens historique non négligeable, il n’est pas sans rappeler l’usage qu’en fit feu Yasser Arafat afin de justifier les accords d’Oslo et leur cessez-le-feu, nécéssaires et préalables à une future “marche sur Jérusalem“.

Source: Ordre 66


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