2 février 2023
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Les jeunes consomment de l’islam comme de la drogue

Ce radicalisme est-il un phénomène nouveau ?

Dounia BOUZAR. – Face à ces jeunes, chaque jour plus nombreux, emportés par le radicalisme, travailleurs sociaux et professeurs ne savaient pas comment réagir. Beaucoup se sentaient impuissants, car ils considèrent que la pratique de l’islam mène au radicalisme. Et qu’il faut cesser d’être musulman pour en sortir ! Certains ont tenté de contrer ces dérives par des arguments religieux, en opposant un «islam modéré». Sans succès, puisque dans le fond la religion n’est qu’un prétexte pour ces jeunes en très grande difficulté, un écran de fumée pour s’arroger du pouvoir, pour refuser de se soumettre à la loi.
Leur démarche n’est-elle pas religieuse ?
Normalement, les pratiquants se soumettent à l’autorité des religions et des religieux. Ces jeunes radicalisés s’approprient l’autorité de la religion pour se mettre à la place de Dieu, au-dessus de tous les hommes. Ils récusent imams ou aumôniers qui les contrarient. Former des imams républicains, comme le souhaite le gouvernement, n’endiguera pas le radicalisme. Car le phénomène est d’une autre nature.

S’agit-il d’un mouvement de contestation ?

Pendant des années, les sociologues ont expliqué le radicalisme par la perte d’espoir social. Or les terroristes de Londres étaient parfois ingénieurs et bien insérés. En réalité, les jeunes radicalisés n’ont pas de projet, mais ils cherchent la toute puissance, la supériorité et l’extase. Ils se servent de la surenchère religieuse pour souder leur groupe, pour s’imposer aux autres. Leur idée de la religion est tellement absolue, inaccessible que la seule façon de l’atteindre est de ressembler au gourou. Ils fonctionnent exactement comme une secte.

Quels sont les facteurs qui conduisent au radicalisme ?

Tous ces jeunes ont en point commun de se sentir de nulle part. Ni marseillais, ni arabe, ni kabyle, ni parisien, ni roubaisien. Ce qu’ils vivaient comme une errance est soudain valorisé par le discours d’un Ben Laden. Ils ne sont plus des êtres sans racines, mais des soldats de la révolution mondiale, supérieurs aux autres. Ils trouvent une place et une fonction. Tous les intervenants l’ont dit : ils consomment de l’islam comme de la drogue, comme leurs aînés étaient toxicomanes.

Comment contrer le radicalisme ?

Ce livre est déjà un tournant (1), puisque des travailleurs sociaux, mais aussi des religieux disent publiquement que ce radicalisme n’est pas de l’islam. Nous allons pouvoir contourner l’écran religieux et revenir au droit commun. Il faut s’étonner du comportement de ces jeunes, et comprendre leur version de l’islam comme un simple symptôme.
La France doit aussi cesser de mettre tous les musulmans dans un grand sac, comme le voudraient les intégristes. Enfin, et ce n’est pas un gadget, l’école doit proposer une histoire partagée. Car faute de récit commun, certains de ces jeunes, issus de l’immigration, ne comprennent plus quelle place ils ont en France. Alors ils se fabriquent leur mémoire, leur monde, contre les autres.

(1) «Quelle éducation face au radicalisme religieux», Dounia Bouzar, éditions Dunod.

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