7 février 2023
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le ségolisme, ses limites

Les propos « réacs » qu’enchaîne la prétendante à l’Élysée, longtemps muette, sont de ceux que tient continûment le peuple. Pas étonnant que 69 % des sondés approuvent, cette semaine, ses déclarations sur un encadrement militaire pour les primo-délinquants de plus de 16 ans. Les indignations de son camp ne font que souligner l’asphyxie intellectuelle de la nomenklatura.
La vieille garde en devient même risible : Laurent Fabius exige d’elle la discipline de parti que lui-même n’a pas suivie en prônant le non à la Constitution ; Jean-Luc Mélenchon l’accuse de vouloir flatter les « petits Blancs ». Dominique Strauss-Kahn fait appel à son épouse, Anne Sinclair, pour tenter de gagner l’opinion, ce qui en dit long sur la légèreté de celui qui aurait pu devenir un Tony Blair français.

Madame Sans-Gêne a apparemment réussi à secouer les doctrinaires, qui ne supportent pas les conduites à contresens. Mais la première impression est souvent la bonne : si le vide entourant le programme de Royal commence à être comblé, c’est au profit d’évidences de comptoir qui rassurent seulement sur son bon sens. Pour le reste, le ségolisme reste l’expression de la bonne conscience socialiste.

La rebelle n’ira pas au clash. En approuvant, mercredi, le projet du PS pour 2007, elle a accepté la tutelle d’une gauche embaumée, défendant le smic à 1 500 euros, la généralisation des 35 heures, l’augmentation des « impôts citoyens ». « Si on ne dit pas clairement les choses sur les banlieues et l’immigration, on laisse un boulevard à Le Pen », estimait Daniel Cohn-Bendit dans Le Monde de mardi. Ces sujets semblent déjà évacués.

Les palinodies de Ségolène sur les 35 heures ou le mariage homosexuel, qu’elle approuve en définitive, dévoilent les limites de sa stratégie, à l’écoute des internautes, des sondages, « du rap et du slam » (RTL, mardi). En persistant à fouiller ainsi « l’âme des foules», dont Gustave le Bon a décrit, dès 1895, les ressorts destructeurs, son programme pourrait bien n’en révéler que la médiocrité.
Déficit d’idées

Le programme de Ségolène Royal se construit, en direct, sur son site (www.desirsdavenir.org). La candidate y invite les citoyens à participer à l’élaboration de ses propositions, qui font également appel aux lumières des sondages et aux réflexions d’auteurs de la « deuxième gauche ». Cette méthode du copier-coller, sympathique mais peu imaginative, aboutit surtout à redécouvrir l’eau chaude.

La droite partage souvent une même paresse dans l’analyse des grands sujets. Ainsi, la décision de Nicolas Sarkozy, mardi, de régulariser des familles sans papiers ayant des enfants à l’école a été inspirée par un rapport de l’avocat Arno Klarsfeld : « Les enfants nés ou arrivés en France en très bas âge ne connaissent que la France et se considèrent comme français. » Une remarque qui aurait mérité d’être approfondie.

Cette minceur de la réflexion, évidente dans le programme antilibéral du PS, est un travers français. Comme le note Guy Millière (Pourquoi la France ne fait plus rêver, Éditions Page après Page) : «Le travail des idées, qui se mène dans le reste du monde, s’arrête aux portes de la France, ou n’y circule et ne se prolonge que dans des milieux confidentiels. »

L’avènement de grands réformateurs comme Ronald Reagan ou Margaret Thatcher doit tout au travail préalable des think-tanks anglo-saxons et aux confrontations suscitées. Si la France connaît deux ou trois centres similaires (Ifrap, Contribuables associés, etc.) et une poignée de clubs ou revues, leur audience reste limitée. Quant aux débats, ils ne peuvent s’imposer dans une société encore soumise aux interdits.

Il reste impensable, faute d’arguments venant de contre-pouvoirs sérieux, d’aborder la sousformation des enseignants, la responsabilité du multiculturalisme dans le déclin français, ou la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la République : autant de sujets brûlants que la pensée automatique continue d’attribuer, pour les disqualifier, à l’extrême droite. Celle-ci ne peut que s’en réjouir.

Monde inédit

Observer Sarkozy chasser sur les terres de la gauche et Royal en faire autant sur celles de la droite, vient rappeler ce « monde inédit dans lequel nous vivons aujourd’hui » (Laurence Parisot, Medef, mercredi). Un univers qui bouscule les schémas anciens, y compris l’opposition droite-gauche. Un sondage publié par Ouest France (Ifop, 21 mai) révèle que 61 % des Français ne font plus de différence entre les deux camps, 67 % se déclarant même favorables à un gouvernement d’union droite-gauche après 2007. Face aux désordres de la société, nombre d’intellectuels de gauche (Alain Finkielkraut, Régis Debray, Shmuel Trigano, etc.) ont déjà choisi de se situer hors de ces clivages. Le monde politique est-il prêt, sur l’insécurité, l’immigration, l’éducation, à suivre cette voie, entrouverte par François Bayrou ? L’espérer.

Sécu : fin d’un monopole

Jacques Chirac, hier, a défendu le « modèle » de la Sécurité sociale (10,3 milliards d’euros de déficit). Pas un mot sur l’abrogation par l’Europe du monopole de la Sécu, qui permet aux salariés de faire jouer la concurrence à l’étranger. 5 000 Français ont déjà fait ce choix, très économique. Pourquoi ce silence persistant ?

Bloc-notes du 09 juin 2006, (Le Figaro, Rubrique Opinions)


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