4 août 2020

Parlement Européen : Une tolérance intolérante…

Si l’on se fiait aux assertions des différents députés du PE, l’on pourrait affirmer que la Roumanie du temps de Ceausescu, l’Albanie sous le régime de Hoxhy, sans parler de l’Union Soviétique, étaient des oasis de la tolérance et de la démocratie en les comparant à la Pologne d’aujourd'hui.

Ce n’est pas le premier débat au PE dont la ligne de mire est la Pologne, accusée aujourd'hui d’homophobie. La discussion centrale n’était hélas qu’un concours à qui lancera la meilleure invective, qui fera la soi-disant meilleure plaisanterie. Prenaient la parole essentiellement les représentants des extrêmes des deux bords de la scène politique internationale, des Polonais de la LPR [La Ligue des Familles Polonaises d’extrême droite] et face à eux, enragée, la coalition libérale-socialiste. On peut approuver la LPR ou pas mais il est difficile de la comparer à la NSDAP fasciste [Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei], ce que pourtant ont plus ou moins fait ses opposants, sans parler du fait que tous les députés de ce parti ont, a priori, été taxés de forcenés.

Les députés faisaient montre d’une piètre connaissance de l’histoire, des faits et des réalités d’aujourd'hui ainsi que, nota bene, d’un manque d’éducation personnelle car même un opposant politique ne devrait pas être interrompu par des rires déchaînés. Une fois de plus il n’y a pas eu d’arguments de fond ce que d’ailleurs les députés admettent eux-mêmes quand ils disent qu’ «ils manquent d’éléments sur le problème».

Sur quoi, en fait, se basait le débat houleux ? Sur des préjugés et surtout sur un rapport émotionnel envers la Pologne et la question de l’homophobie. Des arguments de fait des députés polonais, entre autres de Wojciech Roszkowski ou de Bogusław Sonik, ne pouvaient se faire entendre et se perdaient dans une cacophonie burlesque. La Pologne est taxée de fait, et quoi que signifie ce terme, d’homophobe, de raciste, de xénophobe et d’antisémite.

Il est étonnant que le PE, si chatouilleux sur le plan des droits de l’homme, ait, sans un brin d’opposition, accepté la création d’un parti pédophile en Hollande. La nouvelle définition de la tolérance interdit donc de rappeler ce scandale. De même, c’est sans commentaire que l’on observe une augmentation considérable de racisme en Allemagne. Tout ceci, hélas, présage mal des modalités et de l’objectivité du PE.

Le vote doit avoir lieu demain. Il est à remarquer que le projet de résolution déplaît même à un certain nombre de députés polonais, par exemple à Dariusz Rosati. – C’est un exemple pitoyable d’attaque de la Pologne – a dit Bogusław Sonik du club des démocrates-chrétiens. Wojciech Roszkowski du Groupe Union pour l'Europe des nations, ajoute qu’on en arrive par là même à un détournement du sens des notions élémentaires. – Les pseudo-démocrates ridiculisent l’idée de tolérance, tandis qu’à la Pologne est accolé un faciès grotesque et faux.

A ce stade de la réflexion nous pouvons citer cette inscription sur le mur d’un quartier de Cracovie : Je ne tolère pas les intolérants. Puisque la Pologne s’est vue taxer par une certaine élite d'être le centre de l’intolérance, il n’est même plus nécessaire, en l’attaquant, de faire l’effort d’un semblant de débat.

Dominika COSIC

Bruxelles

Traduit du polonais par Irena Elster

http://www.wprost.pl/ar/?O=91477

P-S. : Si la LPR de Pologne n'a rien à envier au FN, tout comme ce dernier, elle ne représente pas la nation. C'est en effet, comme l'écrit la journaliste, ignorer tout un pan de l'histoire contemporaine de la Pologne que d'assimiler l'un à l'autre d'une part, il semble bien que l'ostracisme du Parlement Européen dont parle l'auteur à l'égard de la Pologne, soit ailleurs, d'autre part. Il ne débute pas avec les revendications des homosexuels (rappelons-nous la mise en garde menaçante de Jacques Chirac avant l'entrée de la Pologne dans l'UE), non, c'est bien son indépendance par rapport au courant droit-de-l'hommiste (lequel a d'ailleurs détourné les véritables droits de l'homme comme on le voit en France), qui dérange.

I. E.