24 septembre 2020
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L’homoparentalité, une triple discrimination pour les enfants

Le mariage n’est pas un objet neutre, convoitable indépendamment de son contenu. Ni hétérosexuel ni homosexuel, il n’est pas seulement «la reconnaissance sociale de l’amour», selon la formule de Noël Mamère, mais, par définition et de fait dans notre droit, la fondation d’une famille. Qu’il soit possible de fonder une famille autrement ou que certains couples mariés soient stériles n’enlève rien à cette finalité intrinsèque. Certains groupes de pression minoritaires dans la société ont tenté de contourner cette difficulté en créant de toutes pièces la notion d’«homoparentalité». Une telle notion n’est possible qu’en dissociant la «parentalité» de la «parenté», le premier terme désignant l’exercice de fonctions, le second restant lié à l’engendrement.

Que, dans des situations de fait, une telle disjonction puisse avoir lieu est une chose dont il faut tenir compte. Mais qu’une telle dissociation soit érigée en principe et a fortiori instituée, en est une autre, moralement discutable. En instituant la parenté monosexuée sous prétexte de lutter contre une prétendue discrimination entre les adultes, on en créerait une autre, bien plus réelle et bien plus grave, entre les enfants. Des milliers d’enfants seraient en effet privés par le droit, a priori donc, de trois biens fondamentaux.

Tout d’abord de la différence entre deux repères identificatoires, masculin et féminin, dans l’univers de leur croissance intime. Qu’il soit garçon ou fille, l’enfant a besoin, pour la découverte de son identité, d’un jeu subtil d’identifications et différenciations avec ses deux instances paternelle et maternelle. Cela a été étudié avec minutie par une littérature scientifique surabondante. Mais, par un étrange phénomène d’amnésie, certains discours font froidement table rase de tout cet acquis.

Le second bien élémentaire pour l’enfant est, lorsque cela est possible, la continuité ou au moins l’analogie entre le couple procréateur et le couple éducateur. La quête douloureuse de leur origine par les enfants nés «sous X», les difficultés propres à l’adoption indiquent bien que les ruptures dans l’histoire, les dissociations entre les différentes composantes de la parenté, sont autant de complications dans la vie de l’enfant. Dès lors, il est souhaitable qu’à la discontinuité liée à l’adoption ne vienne pas s’ajouter une seconde discontinuité, à savoir la perte de l’analogie entre le couple d’origine et le couple éducateur. C’est a fortiori parce qu’il est adopté qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère.

Enfin, l’enfant a besoin d’une généalogie claire et cohérente, lisible. Nous sommes dans un système généalogique à double lignée, ce qui ne manque pas de sens. Les bricolages de la filiation proposés par certains lui ôtent toute lisibilité. L’adoption n’a pas pour objet l’éducation seulement, mais la filiation. Elle ne définit pas seulement par qui l’enfant sera élevé, qui aura sur lui l’autorité parentale, mais de qui il est fils ou fille. Si l’adoption simple était accordée aux partenaires homosexuels, l’enfant, bénéficiant par ailleurs d’une filiation naturelle, pourrait avoir trois lignées paternelles ou maternelles !

Au fil des mois, il apparaît de plus en plus clairement que c’est la dissociation entre parentalité et parenté qui est au coeur du débat. Cette dissociation va de pair avec la déconnexion entre procréation et éducation. La négation de la place de la différence sexuelle dans la parenté ne fait qu’un avec la négation de l’importance du corps dans la filiation. Coupés de leur ancrage charnel, les mots voient leur sens se diluer. Le langage devient fou. On verra une femme demander un «congé de paternité», on se demandera même s’il est indispensable que le père soit nécessairement de sexe masculin. Mieux, l’on remplacera le terme «père» par l’expression : «auteur de l’apport de forces génétiques» comme dans le Code civil québécois. Ce qui conduit, dans le même code, à envisager la situation exotique suivante : «Lorsque l’apport de forces génétiques se fait par relation sexuelle…» ! Où il apparaît que l’articulation du corps et de la parole, du verbe et de la chair est une tâche pour toute éthique qui ne cède pas aux vertiges du fantasme et de la volonté de puissance.

Xavier Lacroix est directeur de l’Institut des sciences de la famille de Lyon. Auteur de La Confusion des genres : réponses à certaines demandes homosexuelles sur le mariage et l’adoption.

Article initialement publié le 24 juin 2006, (Rubrique Opinions) Le figaro

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