28 janvier 2023
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LETTRE OUVERTE A NICOLAS SARKOZY

Dans cette optique, vous publiez fort opportunément un livre sobrement intitulé : “Témoignage” (chez XO éditions). Dans cet ouvrage, vous procédez à un large tour d’horizon de l’état de la France d'”avant“.

Il n’est nullement dans mes intentions de contester la justesse de votre analyse politique, qui est indéniable, d’autant plus que vous fûtes vous-mêmes, d’une façon ou d’une autre, partie prenante pendant trente ans.

En revanche, je m’intéresse beaucoup plus à votre conception affichée de la France d'”après“, aussi bien dans vos discours que dans votre dernier livre, “Témoignage“, donc, qui va me servir de base de réflexion critique.

Aussi, permettez-moi d’être direct :

votre fort désir de procéder à une “rupture” remettant en cause le modèle social français, devenu notoirement aussi obsolète que dangereux, est-il le fait d’un libéral ou bien seulement un effet d’annonce attrape-tout ?

Ensuite, ne serait-ce pas, de votre part, une (belle) façon de prôner sans le dire cette fameuse Troisième voie que tout social-démocrate qui se respecte rêve d’instaurer dans son pays à l’instar du plus talentueux d’entre eux : Tony Blair ?

Bien entendu j’admire Tony Blair, même finissant, car je n’oublie pas que cet homme d’Etat exceptionnel a eu le vrai courage politique, en métamorphosant l’archaïque Labour en New Labour, de ne pas récuser l’oeuvre de Margaret Thatcher !

Monsieur Sarkozy, autant dans vos discours vous cassez littéralement la baraque et sans doute suscitez-vous l’espoir dans l’esprit de nombreux Français inquiets, et par le fait désenchantés, autant les contradictions relevées dans votre livre contribuent à renforcer ma perplexité.

J’ai donc choisi les deux exemples suivants qui me paraissent tout à fait emblématiques pour le salut de notre pays :

à la page 122 de “Témoignage”, vous écrivez : “Notre originalité fiscale, qui fait peser sur les facteurs les plus mobiles de la production, le capital et les salariés très qualifiés, des taux très élevés d’imposition, a conduit à la quasi-disparition du capitalisme familial et fait la fortune de la Belgique, de la Suisse ou de l’Angleterre (…)”.

Mais plus loin, page 240, vous écrivez aussi : “La rupture, ce serait d’avoir le courage et l’énergie de remettre notre système fiscal à plat (…) De regrouper au maximum la fiscalité directe des ménages dans un seul impôt, celui sur le revenu, avec une tranche additionnelle correspondant à l’impôt de solidarité sur la fortune”.

Fort bien. Mais comment allez-vous faire pour tarir la bonne fortune de la Belgique, de la Suisse ou de l’Angleterre, “qui n’en reviennent toujours pas d’une telle aubaine”, si vous ne proposez pas de supprimer l’ISF dont, par ailleurs, vous nous dites tout le mal que vous en pensez ?

Page 231, s’agissant des 35 heures, vous écrivez : “(…) C’est pourquoi je pense que notre priorité doit être d’inciter et de récompenser le travail (…) seule manière de nous sortir enfin de l’erreur magistrale des 35 heures”. La seule manière, dites-vous ?

Monsieur le président de l’UMP, même si cela ne vous paraît pas de bonne politique pour gagner l’élection présidentielle, ne croyez-vous pas qu’une vraie rupture serait plus crédible si vous prôniez, car nous ne sommes plus au temps des cavernes, et l’abrogation des 35 heures et la suppression de l’ISF ?

Trop de contradictions apparentes dans votre pensée politique ne m’incitent donc pas à vous signer un chèque en blanc. Certes, jusqu’ici, vous avez montré une réelle aptitude à séduire nombre de Français manifestement en déshérence morale, politique et sociale.

Mais je crains fort que notre pays, dans l’état où il se trouve, gangrené jusqu’à la moelle par une idéologie aussi perverse que criminelle, ne soit plus guère capable de tenir debout sans les béquilles de l’Etat providence.

Alors ? La rupture ? Après tout, pourquoi pas si la démarche est sincère. Mais le sursaut, ce serait encore mieux parce qu’il serait le fait des Français eux-mêmes : leur honneur recouvré.

PS : Monsieur le ministre d’Etat : sale temps pour l’immigration, non ? comment allez-vous faire pour nous sortir de là ? Il serait trop tard que je n’en serais pas surpris outre mesure…


Librement !

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