28 janvier 2023
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Un organe officiel de la bien-pensance belge : Le MRAX

Des assesseurs voilées ont pu assister au déroulement du scrutin dans différentes communes bruxelloises. Cela n’a pas été le cas à Saint-Gilles. Abida, 30 ans, dit être arrivée à 07h15 au bureau de vote.
‘‘Avant même la présidente de bureau, une conseillère communale m’a demandé d’enlever mon foulard et de l’alléger. Je n’ai pas compris pourquoi je devais renoncer à mes principes d’autant que je porte des vêtements tout ce qu’il y a de plus moderne’’, souligne-t-elle.
Abida, qui n’avait pas porté plainte auprès du MRAX (mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie) à l’éclatement de la polémique, portera désormais cette affaire devant les tribunaux. Le MRAX compte la soutenir. »

La bien-pensance retiendra donc quatre chefs d’accusation contre la conseillère communale :

1/ La conseillère s’est opposée au courage d’une citoyenne (« arrivée à 07h15 ») qui venait accomplir son devoir.

2/ La conseillère n’a pas voulu s’inscrire dans le contexte de tolérance générale, garante de la paix sociale.

3/ La conseillère a mis en cause l’identité même d’une personne, résolument moderne et morale.

4/ La conseillère, souffrant probablement de voyeurisme, a exigé que la victime se dénude.

Coulé dans le progressisme (on appréciera évidemment l’anagramme facile de « mrax ») l’antiracisme n’est plus qu’un entassement de vieux réflexes. Alors que la pensée se lève face à un monde qui s’ouvre à l’exploration du regard, aucune voie ne s’offre à un organisme qui ne vit que d’excitations. Les instants passent, juxtaposés les uns aux autres, sans que se réalise une réflexion. Rivé à un présent sans cesse recommencé, dont il ne peut apercevoir les limites, enfoncé dans le brouillard, il ne retient rien et ne connaît pas le sens de l’effort orienté vers sa transformation. Il se comporte certes différemment en présence de tel ou tel stimulus, mais à l’instar de la matière, il ne comprend pas le sens de cette discrimination. Telle est la force du progressisme : l’incapacité à régresser puisqu’il n’avance pas (quelque chose de sensé).

Un petit souvenir encore. En 1995, à l’occasion de la sortie de son ouvrage, Les fins de l’antiracisme, Pierre-André Taguieff était invité au Cercle de Minuit, tenu, à l’époque, par Laure Adler. A peine avait-il posé les jalons de son argumentation, qu’il recevait en pleine figure, de la part de son hôte, une question que seule la bêtise pouvait soulever : « Pierre-André Taguieff, êtes-vous raciste ? ». (J’imaginais alors l’étendue de la consternation intérieure du philosophe-politologue, dont le flegme fut admirable.)

Si la bêtise confirme, en quelque sorte, les travaux de M. Taguieff, reste une question redoutable, qui n’a rien de rhétorique mais constitue un des principaux défis de l’humanisme, dégrisé de l’idéalisme paternaliste : comment s’entretenir avec celui qui demeure sourd à l’appel ? L’agir communicationnel hérité d’Aristote n’a jamais été suffisant parce qu’il n’admet pas que la mauvaise foi puisse se sentir bien dans sa peau.

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