3 février 2023
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Soutenir Robert Redeker et pourquoi il est impératif de le faire

« Une défense qui ne peut souffrir aucune réserve, » déclarait encore Patrick Gaubert. Et n’en souffrit aucune, même si quelques intervenants précisaient ne pas être d’accord ou tout à fait d’accord avec le fond du texte de Robert Redeker, c’est-à-dire sa critique de l’Islam. A l’inverse, le philosophe Abdenour Bidar, musulman tenant d’un « Islam des Lumières » ne voit « pas la moindre restriction » à apporter à l’exercice de « l’esprit critique, » « foi et raison se fécondant » en lui.

Et si la soirée était consacrée à Robert Redeker, qui se dit « exfiltré de la vie, » la situation à laquelle il a été acculé était replacée dans un contexte plus large et très préoccupant par les divers intervenants.
« Il y a nécessité absolue de se réveiller face à plusieurs sortes de menaces. Il faut réactiver pédagogie, résistance des idées » déclarait Caroline Fourest, journaliste et essayiste qui précisait que « il y a des défis tous les mois qui nous obligent à la solidarité sinon nous reculons.. Il faut tenter d’évaluer la hauteur de la vague… »

De récentes menaces ou passages à l’acte d’extrémistes, comme l’assassinat de Théo Van Gogh, les violences ayant suivi le discours de Benoît XVI à Ratisbonne dans le monde arabo-musulman ou la publication des caricatures danoises étaient évoquées par Martine Benayoun, chargée de la culture à la LICRA. L’un des dessinateurs danois était d’ailleurs dans l’assistance, comme le journaliste Mohamed Sifaoui, lui aussi objet de menaces islamistes.

Obscurantisme violent et systématique, loin de l’acte isolé et qui s’inscrit dans « une offensive soutenue des Islamistes » remarquait Dominique Sopo, Président de SOS Racisme. Qui parlait de leur « tour de force, » réalisé en utilisant « racisme et le concept d’islamophobie à tout va » pour faire accepter la thèse du blasphème. « Une évolution terrible. »
Soutenant sans réserves Rober Redeker, Elisabeth Badinter, dénonçait « une presse française très discrète, » dans le cas de l’exposition scélérate de caricatures violemment antisémites cette année à Téhéran…Elle précisait, par ailleurs, à propos du philosophe cloîtré de force, comme le firent d’autres orateurs que cette « attaque contre la liberté d’expression, » s’en prend aussi à « la souveraineté nationale. »

Ces menaces de mort contre Robert Redeker constituent un recul de la société en France, notait Elisabeth de Fontenay, philosophe, rappelant la « grande violence verbale ou physique contre la droite, les catholiques ou le Chef de l’Etat après 1968, » sans qu’il n’y ait « jamais de plainte déposée ni de menaces de mort. »
Laure Adler admettait avoir eu « du mal à croire Alain Fienkielkraut, » par le passé, constatant qu’aujourd’hui « la réalité lui donne raison,» alors que « la république ne peut exister que si des expressions aussi différentes soient-elles peuvent exister. »

Alain Fienkielkraut se demandait si aujourd’hui « la France n’est pas le pays dans lequel l’infâme peut écraser Voltaire, » au lieu de son contraire, comme par le passé et fustigeait les « réactions assez timides » face à cette affaire, quand le soutien ne se fait pas « du bout des lèvres.., » ce qui peut déboucher sur « une auto-censure. » Il faut donc « libérer le oui à Robert Redeker sans le mais. » « Fines bouches » également dénoncées par Claude Lanzmann, qui ouvrit les colonnes des « Temps Modernes » à Robert Redeker pour sa première tribune et est à l’origine d’une des pétitions de soutien citées, dont celle de www.resiliencetv.fr, qui fut la première.

Ironie que soulignait, entre autres, Alain Fienkielkraut, « c’est au nom du Coran qu’on le condamne à mort… » pour avoir critiqué l’Islam en le qualifiant de violent.

S’insurgeant contre ceux qui mettent en garde de ne pas froisser « nos amis qui ne sont pas encore éduqués » à la liberté d’expression, ce qui pourrait « nuire… surtout au commerce… » Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie-Hebdo, s’interrogeait sur l’identité de « nos amis » dans des pays comme Soudan, Algérie, Egypte ou Iran. Et ajoutait que « chaque fois que nous reculons nous n’avons pas l’estime de ceux qui nous font reculer. Ils nous méprisent car nous piétinons nos propres valeurs…Et il ne faut pas céder à la peur. »
Evoquant le Rapport Obin, qui va être publié avec commentaires sous la houlette d’Alain Seksick, Inspecteur général de l’Education Nationale et modérateur de la réunion, Martine Storti, Inspectrice générale, déplorait que dans la foulée de ce rapport, qui constatait une montée effrayante de l’intégrisme et autres dysfonctionnements à l’école, il n’y ait pas eu « d’étude pour savoir exactement où on en est» et « qu’aucune mesure n’avait été prise. »

« Dieu est éminemment dangereux, ne le laissons pas aux mains des extrémistes, » s’exclamait le Pasteur Florence Taubman, qui en appelait au « retour d’un dialogue où la vérité est le mot clé. » Et voyait en fait « dans le refus de critiquer une religion un profond mépris pour elle. »

Blandine Kriegel, Présidente au Haut Conseil à l’Intégration, d’anciens Présidents, deux écrivains, exilées iraniennes, des enseignants, dont l’un des amis de Robert Redeker, apportaient tour à tour leur soutien à Robert Redeker.
Replaçant cette affaire dans un cadre beaucoup plus global, le chercheur Jacques Tarnéro rappelait sur le mode ironique les indifférences successives face aux malheurs des autres de ces dernières années et avertissait : « l’histoire se répète, sauf qu’avec la bombe atomique c’est pire. »

La veille une réunion similaire avait eu lieu à Toulouse, à l’initiative du CRIF et de la LICRA, avec la participation d’un millier de personnes. Robert Redeker était sorti de ce qui s’apparente à une captivité forcée pour y assister. Il s’y était exprimé sobrement, comme il l’a fait à Paris, par le biais d’une lettre lue pour lui cette fois par Liliane Kandel. Se disant avoir été « exfiltré de l’existence, » « la vie de ses enfants, elle aussi bouleversée, » il rappelait « la nature, la gravité, la multiplicité des menaces » à son encontre, faisant toutefois état « d’un quotidien un peu amélioré, »entendant par cela le fait qu’il puisse « ouvrir les fenêtres »….Premier pas peut-être vers une normalisation, grâce au soutien actif qui lui a été manifesté lors de ces deux rencontres de soutien et d’une prise de conscience de la gravité du contexte ambiant.

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