5 février 2023
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Comment la propagande wahhabite s’insinue en Occident

La classe moyenne qui se développe en Arabie saoudite, de même que ses homologues en Égypte et au Pakistan, qui s’appauvrissent mais aussi se développent, sont attirées par une façon violente, paranoïaque, irrationnelle de faire de la politique, de la même manière qu’en Allemagne la bourgeoisie, ruinée après la Première guerre mondiale, s’est laissée attirer par le nazisme.” Stephen Schwartz, est un expert de la menace que l’islamo-fascisme fait peser sur le monde libre. Ceci est sa réponse aux attaques du “lobby wahhabite ” et de ses affidés musulmans aux Etats-Unis contre ses tentatives pour mettre en garde le peuple américain.

François Guillaumat

J‘avais protesté contre l’accusation calomnieuse de Mme Moubarak comme quoi je “détesterais profondément l’Islam” alors que je suis musulman depuis 1997. Je cherchais à exposer les menées en Occident d’un puissant lobby qui s’aligne sur le courant wahhabite extrémiste qui est la religion d’État dans le royaume séoudien. Ce lobby wahhabite attaque comme autant d'”ennemis de l’Islam” tous les musulmans, aussi bien que les non musulmans, qui critiquent l’intégrisme et autres tendances extrémistes de la foi mahométane.

Dans cet éditorial, je soulignais comment les jeunes islamistes américains glissent en douceur de l’agitation de la MSA sur les campus à la propagande wahhabite du CAIR puis à la respectabilité universitaire du CMCU de Georgetown. Une telle progression dans leur carrière montre aussi pourquoi les médias dominants en Occident, les universités, et les “experts” du gouvernement sont si vulnérables à l’argument comme quoi l’intégrisme saoudien serait la seule forme légitime de l’Islam sunnite. Les Wahhabites et leurs alliés ont acquis un monopole sur l’opinion sunnite en Occident, et il est naturel, même si c’est une abomination, que les médias, les universitaires, et même les hommes de l’État qui ne sont pas musulmans s’en remettent à eux pour les guider.

Cependant, alors qu’il est légitime de mettre en cause le rôle des Saoudiens dans les perceptions de l’Islam par l’occident, de même que de répondre de façon critique à une telle mise en cause, le lobby wahhabite expose sa nature totalitaire lorsqu’il refuse le débat et en vient d’emblée aux insultes personnelles. Hadia Moubarak n’avait évidemment aucune idée du fait que le débat ouvert est un trait fondamental de l’histoire intellectuelle musulmane : à la manière classique d’un hitlérien ou d’un stalinien, elle interprète tout questionnement comme une attaque de l’ennemi.

Pourtant, je ne me doutais guère qu’il me faudrait attendre si peu de temps pour recevoir une nouvelle preuve spectaculaire du succès que rencontre le lobby wahhabite dans sa promotion biaisée de l’Islam dans le reste du monde comme aux États-unis. Je viens d’être honoré d’une attaque tout aussi calomnieuse dans le mensuel parisien Le Monde Diplomatique, péridodique stratosphériquement mieux placé que les sites internet et les publications communautaires confidentielles auxquelles Mme Moubarak et le CAIR font le plus souvent appel.

Dans son numéro novembre, LMD, comme il voudrait qu’on l’appelle – peut-être pour rappeler les WMD [Armes de Destruction Massive], ou par nostalgie pour le LSD, qui produisait les mêmes effets hallucinatoires – a publié un long article d’un certain “Stefan Durand”, que le journal n’identifie pas autrement que comme un “chercheur”.

Le sujet était le concept d'”Islamo-fascisme”, sur quoi j’ai publié en abondance.

La première fois que j’ai utilisé ce terme c’était 11 jours à peine après le 11 septembre 2001, pour parler de la secte wahhabite séoudienne qui inspire al-Qaïda.

Alors qu’une historienne du monde arabe et de l’Islam, Malise Ruthven, l’avait déjà employé en 1990, pour décrire les dictatures qui dominent du Maroc au Pakistan, je l’ai développé bien davantage dans mon livre The Two Faces of Islam.

Le terme d'”Islamofascisme” est pour moi le produit d’une sérieuse analyse sociologique et historique, qui se concentre sur le rôle politique des élites frustrées dans le monde musulman. La classe moyenne en Arabie saoudite, de même que ses équivalents qui cherchent, malgré l’appauvrissement, à se développer en Egypte et au Pakistan, est attirée par une façon violente, paranoïaque, irrationnelle de faire de la politique, de la même manière qu’en Allemagne la bourgeoisie, ruinée après la Première guerre mondiale, s’est laissée entraîner vers le nazisme.

“L’islamo-fascisme”, par conséquent, n’est pas une formule-choc pour commentateurs du conflit sur l’avenir de l’Islam, ni un simple slogan politique.

Mais c’est que le chercheur français Stefan Durand avait une autre opinion de l’affaire. Une manchette rouge voyant annonçait le papier de Durand à la Une du journal : “L’Islamisme est-il le Fascisme ?” Une traduction tronquée est affichée sur le site en anglais du Monde Diplomatique (mais sur certains serveurs, il n’est accessible qu’aux abonnés). Dans la version en anglais, la petite phrase assassine apparaissait au début de son laborieux pensum.

Tout d’abord, ce qui l’excitait avant tout, c’était l’emploi du terme, ou d’une de ses variantes, par le Président George W. Bush.
Ensuite, il prétendait avoir décelé un lien avec la Maison blanche, qu’il présentait comme sinistre.
D’après le chercheur français, c’est Bernard Lewis, l’historien de l’Islam à Princeton, qui aurait fait part au Premier dirigeant de notre pays de mon argumentaire sur l’islamo-fascisme. Dans l’univers du Monde diplo, Bernard Lewis est un “orientaliste”, terme employé en guise d’insulte dans les obscurs et méprisables gribouillis de feu l’écrivain arabe Edward Saïd. Et Le Monde diplo de révéler que le Professeur Lewis serait “conseiller de la Maison blanche”. En outre, rapporte l’intrépide français, je me considère moi, Stephen Schwartz, comme un de ses disciples. Dans la prose grotesque du dénommé “Durand”, nous partagerions Bernard Lewis et moi, une “forte hostilité à l’égard de l’islam”.

Et hop ! Le revoilà ! Il faut absolument qu’une analyse de l’islamo-fascisme soit hostile à l’islam, si on doit en croire l’illustrissime Monde diplomatique ! On ne tient aucun compte de la théorie de l’islamo-fascisme quant au fond, et ni Durand ni aucun des autres assassins de plume qui s’en sont pris à elle (dans des feuilles de chou gauchistes et revues à sensation comme In These Times et The Nation) n’ont seulement fait mine de la traiter.

“Stefan Durand” n’est pas, il faut bien avouer, un chercheur bien impressionnant.

Sa “recherche” ne lui a pas révélé que je suis moi-même musulman, de sorte qu’on ne saurait guère m’accuser d'”hostilité” envers ma propre foi.

Elle ne lui a pas davantage révélé que Bernard Lewis est mal vu en France parce qu’il défend les autorités turques contre l’accusation de génocide délibéré lors du massacre des Arméniens à la fin de la Première guerre mondiale. L’idée que Lewis se fait de la tragédie arméno-turque n’est guère une position caractéristique des ennemis de l’Islam.

Je ne peux pas reprocher au “chercheur Durand” de ne pas avoir deviné que j’allais publier dans le Weekly Standard (numéro en date du 20 novembre 2006) un article critiquant la manière dont la Turquie traite ses minorités religieuses, tant musulmanes que non musulmanes, et qu’on pourrait interpréter comme opposé à la position de Bernard Lewis. Pour le “chercheur français”, il est bien suffisant de condamner le Weekly Standard parce que son Rédacteur en chef s’appelle William Kristol.

Je n’en nie pas pour autant que je suis, de même que Willam Kristol, disciple de Bernard Lewis. Le Professeur Lewis est le doyen des historiens de l’Islam en Occident, et nonobstant les insultes de bas étage proférées contre lui dans le passé par Edward Saïd, tous ceux qui écrivent aujourd’hui sur l’histoire de l’Islam ont une dette envers lui. Même en Iran les intellectuels le citent, quoiqu’ils soient en désaccord avec lui sur de nombreux points.

Tout ce qui compte pour les protecteurs et promoteurs de l’islamo-fascisme est que l’on discrédite personnellement Stephen Schwartz, et la direction de l’attaque est automatique et évidente : je ne serais qu’un ennemi de plus pour l’islam. Et c’est ainsi que les procédés de préau d’école de Hadia Moubarak, la MSA, le CAIR et les pro-wahhabites de Georgetown se retrouvent dans l’empyrée journalistique du Monde Diplomatique ! Il est rare que le succès du lobby wahhabite dans ses fausses représentations de l’Islam en Occident apparaisse avec un tel éclat.

Je n’ai aucun besoin de rappeler que je ne suis pas un ennemi de l’Islam. Je reviens juste des Balkans, où je travaille étroitement avec des musulmans sunnites anti-radicaux, que des Wahhabites infiltrés visent (littéralement) à coups de fusil. Naguère un religieux musulman de Bosnie, Mustafa Susic, s’est plaint que personne n’a invité les Wahhabites dans les Balkans, et on peut en dire autant des agents islamistes séoudiens en Europe et en Amérique du Nord. Aucun musulman n’a demandé à ces colonialistes religieux séoudiens de subvertir l’islam américain. Mustafa Susic avait un conseil très simple pour les jeunes musulmans désireux d’améliorer leurs connaissances religieuses : “n’allez pas en Arabie séoudite” disait-il carrément :

Al-Qaida fait partie du mouvement [wahhabite] – je ne vois aucun autre mouvement dans le monde islamique qui aurait pu produire une chose pareille”

Je sais de science certaine que ni les carriéristes du lobby wahhabite comme Hadia Moubarak ni des “chercheurs français” comme “Stefan Durand” ni ceux qui sont tapis dans l’abîme, ni les spacionautes imaginaires du journalisme – ne s’intéresseront, comme je le fais, à la lutte contre l’extrémisme d’un religieux musulman sur une terre éloignée, pauvre et tourmentée comme Mustafa Susic. Je suis l’ami et l’égal de ces musulmans qui, pour appliquer à un nouveau contexte les paroles d’un journaliste ethnique du siècle dernier en Californie, Katayama Sen, sont

muets, réduits au silence par le désespoir, balbutiants, grognant, murmurant, tellement abattus par la souffrance et l’ignorance qu’ils n’ont plus la force de parler.”

Je veux être la voix de ces musulmans-là. Pour pousser plus loin la paraphrase, je serai la bouche sanglante dont on a arraché le bâillon des Wahhabites. Et je dirai tout.

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