7 février 2023
Non classé

A vomir

Mais restons factuels. Pendant le match, je vois les insultes fuser entre le balcon haut et le balcon bas. Des doigts d´honneur à tout bout de champ. Les supporters juifs français sont désignés, j´entends vociférer des trucs incroyables, tellement incroyables que la sécurité du stade est intervenue de manière préventive pour empêcher des types de franchir des barrières pour jouer des coudes et des poings.

Le match se termine dans une minute. En sortant à la dérobée, vous avez bien lu, nous avons dû sortir avant la fin du match, nous nous
scindons en deux petits groupes pour ne pas attirer l´attention. Les supporters “modérés” partent également. Nous accélérons la cadence. Nous sommes dehors, tribune G, à deux cents mètres du métro. La foule commence à grossir, le match est terminé. Des commentateurs de fortune pestent contre l´équipe pourrie et l´entraîneur qui devrait démissionner. La place est peu éclairée, en retrait des routes principales. Nous baissons la tête et nous nous écartons des endroits sombres.

Et puis, ça a dégénéré.

On entend crier “/Palestine/”, “/Ils sont où vos drapeaux maintenant ?/” ou “/Allez les juifs, vous faites moins les malins maintenant !/”. Les types sont derrière moi. Une écharpe du PSG autour du visage ou du cou, ils cherchent l´altercation. Les embrouilles, la castagne comme on dit. Sauf que la castagne, ça peut être pour ma gueule vu qu´ils sont juste sur mes talons.

“/Vous êtes où les juifs hein ?/” continuent-ils à brailler. C´est un groupe de jeunes arabes qui s´approchent d´une fille, probablement
juive, qui téléphone et qui lui balancent une claque dans la figure. “/Ils sont où vos drapeaux hein ?/”, je les entends dans mon oreille, je
rentre la tête dans mon blouson, je m´écarte sans courir et me dirige vers le métro. Sur toute la route, pas un policier. PAS UN.

L´autre moitié de notre groupe avait avancé séparément. Un père avec ses deux enfants (18 et 20 ans), et ses deux gendres. A quelques mètres de la police, à la porte de Saint-Cloud, Anthony (20 ans) se fait happer par un groupe de 4 jeunes. Ce ne sont pas des fachos, des skin heads, des lepénistes, non. Ce sont des fans moyens du PSG, arabes, haineux et déchaînés. Anthony se prend des coups au visage et dans le ventre. La famille le récupère tant bien que mal et se précipite vers la police, immobile, inactive. Ils sont atterrés.

Je rentre chez moi par le bus, je me cache. Je le redis encore une fois : en 2006, en France, dans un bus public, je me cache d´être juif de peur de me faire prendre à parti (terme politiquement correct pour bastonner). Vous allez me dire : mais ce n´est pas écrit sur ta figure
que tu es juif ! Erreur, lourde erreur. D´abord j´ai un gros nez. Ensuite, j´apprends par un collègue qui était au match, non-juif mais
supporter inconditionnel du PSG, que certaines personnes qui portaient le maillot PSG mais “d´allure juive” ont également été frappées.

La bête est revenue, chantait l´ami Pierre Perret. En pensant étroitement aux fachos et leur tête pensante à l´oeil de verre. Mais
l´hydre a plusieurs têtes, et ce soir-là, c´était un visage horrible que j´ai reconnu, celui de la haine sans concession d´acteurs du paysage français que nous cotoyons quotidiennement. Ceux que les médias appellent les jeunes ou les racailles, qui entretiennent et vouent une haine inconditionnelle à ceux que les médias pointent délicatement sous le terme “d´Israélites”.

Vous ne le savez peut-être pas, ami(e) lecteur(e), mais depuis quatre jours, je n´ai pas entendu un seul juif, PAS UN SEUL, qui n´ait pas
parlé de ce match, qu´il y ait été présent ou non. C´est une vraie déchirure, un vrai traumatisme que toute la communauté a ressenti depuis la semaine dernière et si les informations de 20h ou votre journal favori n´en parlent pas, il est grand temps que la vérité éclate. A
travers de nombreux témoignages comme le mien que vous trouverez probablement sur le net ou en vous adressant au juif le plus proche de chez vous.

Que faire alors ? Fuir, se barrer en Israel, au Canada, aux Etats-Unis ? Résister et se battre avec des gars du Bétar ? Vivre la tête baissée dans sa capuche, honteux ? Vous me croyez si je vous dis que j´ai une boule dans l´estomac et un noeud dans le coeur depuis quatre jours ?

Et le pompon sur le gâteau : à la sortie du match, j´entends un supporter éclairé déclamer “quels sales juifs, ils nous ont mis 4 buts”.
Quelle ironie, ce ne sont pas des Juifs qui ont joué mais des Israéliens. Et les buts ont été inscrits par deux joueurs Arabes, ne serait-ce que pour prouver que cette vie harmonieuse est possible, et de surcroît dans le sport.

Mais qui le sait ? Pendant ce temps l’espoir qu’elle pourrait susciter s’en est allé…

Source: Byalpel’s day et Netha

Pour lire cet article dans une version intégrale


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


%d blogueurs aiment cette page :