29 janvier 2023
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Les bahaïs d’Egypte sont sans papiers

Par la voix de sa porte-parole Mme Alaí, la communauté internationale bahaïe, rappelle que depuis 1960 et l’adoption par Nasser du décret no 263, les bahaïs sont persécutés en Egypte. Le 28 novembre 2002, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a regretté l’interdiction de culte imposée à la communauté bahaïe en Egypte (2) et a appelé les autorités égyptiennes à reconsidérer leur position déplorable vis-à-vis de la communauté bahaïe (3) .

Le 9 avril 2003, la Commission des droits de l’homme des Nations unies(4), a déploré le fait que tous les membres de la communauté sont surveillés par la police égyptienne, soumis à des perquisitions et privés de leurs droits civils. En dépit de l’article 46 de la Constitution égyptienne qui garantit la liberté de conviction et de culte, la pratique par les Bahaïs de leur foi, même dans des lieux privés, est jugée « hors la loi. » Comme l’a aussi noté récemment le Rapporteur spécial sur le droit à la liberté d’opinion et d’expression des Nations unies, les Bahaïs sont régulièrement dénoncés comme apostats.

Depuis le 16 décembre 2006, les bahaïs d’Egypte sont sans papiers. Jusqu’à présent, ils parvenaient à obtenir des documents d’état civil permettant l’obtention de cartes d’identité rédigées à la main, grâce à des arrangements officieux. Dans un pays où tous les citoyens doivent indiquer leur religion sur leur état civil, la Cour administrative suprême égyptienne vient de leur dénier le droit de s’identifier comme bahaïs. Elle les prive ainsi d’inscrire leurs enfants à l’école, de postuler pour un emploi, de détenir un compte en banque, d’accéder aux soins et de bénéficier de tout service public (à part le transport en commun). Ils ont le choix entre se convertir contre leur gré à l’islam ou être privés d’état civil. Il ne leur reste plus qu’à espérer que le débat public poussera le gouvernement égyptien à revenir sur sa politique discriminatoire.

Cette affaire a démarré au printemps 2006 lorsqu’un couple marié (Husam Izzat Musa et Ranya Enayat Rushdy), se sont vu confisquer cartes d’identité et passeports quand ils ont demandé à y inscrire les noms de leurs filles, dont les actes de naissance mentionnaient la religion bahaïe. En avril, un tribunal administratif avait statué en leur faveur(5), obligeant l’Etat à leur délivrer des cartes d’identité indiquant leur religion. L’arrêt affirmait que même si le gouvernement ne reconnaissait pas à la foi bahaïe le caractère d’une religion, ses membres devaient néanmoins pouvoir inscrire leur appartenance religieuse dans les papiers officiels.

Ce jugement a alors provoqué un tollé parmi les dignitaires d’Al-Azhar(6) qui se sont élevés contre toute mention officielle d’une religion autre que celles évoquées dans le Coran. Des centaines d’articles, de témoignages, de commentaires, d’émissions télévisées, et même de débats en direct dans les médias égyptiens et arabes ont relayé l’affaire et ses retombées, ouvrant un véritable débat dans la société civile sur les questions de liberté de conscience et de tolérance religieuse.

En mai, le gouvernement a fait appel de la décision du tribunal administratif et l’a portée devant la Cour administrative suprême. Le 2 décembre, les avocats des bahaïs ont plaidé le rejet de l’appel du gouvernement arguant que l’arrêt du tribunal administratif était conforme à la loi, ce qui a été finalement rejeté par la justice égyptienne. En vertu de ce rejet, les citoyens égyptiens de confession bahaïe se retrouvent sans papiers.

Le plus regrettable dans cette affaire, est que le patriarche Chenouda III, représentant de la minorité chrétienne orthodoxe du pays (15%), une minorité sévèrement réprimée depuis quarante ans, s’est allié à la position du régime affirmant que « le bahaïsme n’est pas une religion ». Ce gentil dhimmi a visiblement oublié que pour le chrétien qu’il est censé être, l’islam ne vaut pas plus que le bahaïsme. Si pour l’islam, aucune religion postérieure à la prédication de leur vénérable Mahomet, ne peut être reconnu, il n’y a aucune raison pour que le patriarche des Coptes en fasse de même. Car suivant le raisonnement des musulmans, l’islam pour nous, chrétiens et juifs, n’est qu’une anomalie hérétique.

Notes


(1) Cette confession est apparue au milieu du XIXe siècle avec comme premier apôtre Al-Mirza Ali Mohamed Al-Chirazi, né en 1844 ; Hussein Ali Nourri, né en Iran en 1810, est le véritable fondateur du bahaïsme qui compte près de 6 millions de bahaïs dans le monde, principalement en Iran.
(2)Comité des droits de l’homme des Nations unies, 76ème session, Examen des rapports présentés par les Etats parties en vertu de l’article 40 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Observations finales du Comité des droits de l’homme, Egypte, par. 17-a , 28/11/2002.
(3) Ibid.
(4)Commission des droits de l’homme des Nations unies, 59ème session, Compte rendu analytique de la 38ème séance tenue au Palais des Nations à Genève sous la présidence de M. Kariyawasam, 09/04/2003.)
(5) Al-Ahram du 24 mai 2006.
(6) Plus haute instance de l’Islam sunnite dans le monde et institution représentative des musulmans d’Egypte.


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