6 décembre 2021
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Des intellectuels saoudiens discutent du programme scolaire

Interviewer : Cela dépasse-t-il le cadre du programme scolaire ?

Hussein Shubakshi : Oui, [cette transmission a lieu] en dehors de la salle de classe, mais bien sûr au nom de l’éducation et de la formation “extrascolaire”. On peut injecter une forte dose de poison de cette façon, comme on l’a fait pendant de nombreuses années. Un aspect du phénomène fut la part de liberté dont bénéficiaient autrefois les élèves lors de leurs activités extrascolaires. J’ai moi-même fait partie des Scouts et de l’équipe de football de l’école. J’ai participé à des pièces de théâtre à l’école, et à d’autres activités artistiques – tout cela dans le cadre du système éducatif officiel. Tout cela a disparu. Aujourd’hui, on lutte contre [la mise en place] de telles activités.

(…)

Le maître de conférences saoudien Nasser Al-Hanini : Toute société comporte des groupes marginaux… Quelle est la taille du groupe responsable des attentats, comparée au nombre de nos jeunes ? En outre, les écrits idéologiques de ce groupe, qui a perpétré meurtres et attentats, ne font aucunement partie du programme scolaire. Ils ont plusieurs textes à leur apanage. Ils ont affiché leurs recherches sur Internet, que nous connaissons tous. Ils n’ont rien à voir avec le programme scolaire ou les activités extrascolaires.

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Maha Fatihi, activiste sociale saoudienne : Monsieur, dans nos écoles nous avions autrefois des activités sportives, nous allions aux Scouts ; nous avons représenté l’Arabie saoudite dans les camps de Scouts à l’étranger. Nous avons été un exemple. Tous peuvent témoigner qu’ils furent heureux de voir des femmes saoudiennes aussi exemplaires. Ce qui est arrivé après 1979, c’est exactement ce qu’a décrit Hussein Shubakshi. Si le cheikh Nasser n’en a pas fait l’expérience, c’est parce qu’il ne se trouvait pas sur place à l’époque pour voir où nous en étions alors et où nous en sommes aujourd’hui.

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Ein TV, le 13 août 2006 :

Turki Hamad : Plusieurs cheikhs, dont je ne pense pas qu’ils soient des experts en religion, essaient d’émettre des décrets qui s’appliquent à tous les domaines de l’existence : l’embryologie, la médecine, l’astronomie, tout et n’importe quoi… Monsieur, on ne vous demande pas d’être un expert dans tous les domaines.

Nous devons faire la distinction entre la religion et l’establishment religieux. La religion est le Saint des Saints. L’establishment religieux, quant à lui, devrait être traité comme n’importe quelle autre institution.

Interviewer : Vous avez l’habitude de l’Occident. Comment croyez-vous que l’Occident nous considère, nous Saoudiens, qui n’avons pas réussi à moderniser la religion ? Nous disons que la photographie est interdite, de même que la télévision, les chansons, la musique, les sciences, ainsi que certaines théories de chimie-physique… Comment les Saoudiens sont-ils considérés ? Nous parlions de l’éducation… Voici le livre “Monothéisme…” Majdi, montre la photo… Voici le “Commentaire sur le monothéisme” du Cheikh Muhammad ibn Abdel Wahhab. C’est un manuel de classe de Troisième, imprimé en 1426-27 (2005-2006). C’est un manuel récent, utilisé de nos jours.

Que dit ce livre ? Chapitre 12, page 100, au sujet des photographes, on peut lire : “Si un photographe prend en photo un être pourvu d’une âme créée par Allah, il commet un péché grave, et mérite d’être sévèrement puni. C’est un acte qui porte atteinte au monothéisme du croyant, parce qu’il consiste à imiter la création divine, ce qui est une forme de polythéisme. Quiconque prend une photo de cette sorte sera gravement torturé au Jour du Jugement. Il sera torturé par ses propres créations. Pour chaque photo qu’il prendra, un esprit sera envoyé pour le tourmenter en Enfer.”

Voilà ce qu’on raconte aux élèves de Troisième. Et vous me dites qu’il y a un nouveau discours politique ? Comment devons-nous nous comporter face à des étudiants qui intègrent l’université avec ce genre d’idées en tête ?

Mon cher frère, cette génération et la précédente sont le résultat de 30-40 ans d’un dispositif religieux bien huilé. Au stade où nous en sommes, un nouveau discours est devenu nécessaire. C’est ce que nous devons construire, mais ne pensez pas que les choses vont changer en un ou deux ans.

(…)

On ne parle pas ici d’un problème comme le chômage, auquel je pourrais trouver des solutions concrètes. On en parle pas, par exemple, du problème de la corruption, au sujet duquel je pourrais vous dire : un, deux, trois et je l’éradique. On parle de la destruction des jeunes esprits qui sévit depuis quelques dizaines d’années. Tout processus de destruction, et en particulier de destruction des esprits, nécessite le temps de créer de nouvelles idées. Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton ou de dire : Si ça ne vous dérange pas, pourriez-vous changer d’idéologie? Il faut former de nouvelles générations – tel est le problème. J’admets que c’est difficile, que c’est un processus long et problématique, alors que nous voulons une solution rapide, mais malheureusement, telle est la situation.

Interviewer
: Par où commencer ?

Turki Hamad : Comme je disais, il faut que la roue tourne.

Interviewer : J’ai un exemple très simple. Mon fils, qui est en classe de CM2, m’a dit : “Papa, je ne t’écoute plus.” Je lui ai demandé pourquoi, et il m’a répondu : “Mon professeur a dit que si nos parents écoutent des chansons, nous n’avons pas à leur obéir.” Comment est-ce que je pourrais à présent respecter cet enseignant ? Nous avons naturellement tendance à respecter les enseignants. Comment faire pour alimenter le respect de mon fils à l’égard de cet enseignant, tout en souhaitant écarter mon fils de son idéologie ? Ce n’est là qu’un exemple.

Turki Hamad
: Il m’est arrivé la même chose. Il est arrivé la même chose à mon fils, au sujet des chansons, des chansons et d’autres choses encore. J’ai reçu une fois un message de l’école pour me dire que mon fils devait porter le vêtement islamique. Je me suis demandé : qu’est-ce que le vêtement islamique ? Existe-t-il un habit islamique ? Il va à l’école avec des vêtements normaux. Finalement, je me suis rendu à l’école et j’ai demandé : quel est le vêtement islamique que vous voulez lui faire porter ? Ils ont commencé à me décrire le vêtement afghan. Comme c’était une école privée, je suis allé m’entretenir avec le directeur. J’ai demandé à voir l’enseignant, et suis allé le chercher. J’ai découvert qu’il avait complètement laissé tomber le programme scolaire et inculquait aux élèves l’idéologie des talibans. Mon frère, voilà où nous en sommes. Si c’est ce qui se passe dans les écoles privées, imaginez un peu dans les écoles gouvernementales !”

Voir le clip sur http://www.memritv.org/search.asp?ACT=S9&P1=1332

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