6 février 2023
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Goodbye, Saddam ! (up to date)

En effet, les rares et timides réactions des Etats arabes (Arabie saoudite, Egypte, Tunisie) se sont contentés de critiquer le moment choisi pour l’application de la sentence qui coïncide au premier jour de la fête musulmane de l’Aïd el-Kébir chez les sunnites et la veille de la même fête chez les chiites – majoritaires en Irak.

Saddam Hussein, âgé de 69 ans, qui avait été condamné à mort le 5 novembre pour crimes contre l’humanité commis lors du massacre de 148 chiites à Doujaïl en 1982, a été pendu samedi 30 décembre avant l’aube. Il aura été exécuté avant même la fin de son deuxième procès, pour son rôle dans le génocide des Kurdes en 1987-1988. Le demi-frère de l’ex-dictateur, Barzan al-Tikriti, ancien chef des services de renseignements, et l’ancien président du tribunal révolutionnaire, Awad al-Bandar, également condamnés à la peine capitale le 5 novembre dernier seront pendus après l’Aïd el-Kébir.

Se pose alors la question de savoir pourquoi l’homme a-t-il été pendu seul, sans ses co-accusés, et le jour de la fête musulmane la plus importante ? Il semble que les autorités irakiennes aient voulu consacrer un jour à l’exécution du seul dictateur. En second lieu, la loi irakienne interdisant les exécutions en jour de fête, et les chiites célébrant l’Aïd el-Kébir un jour plus tard que leurs correlegionnaires sunnites, la majorité chiite qui gouverne le pays (Parti Daawa islamiya) a voulu par le choix symbolique de la date souligner que l’ère sunnite prenait fin. Quelques heures après l’exécution de l’ancien maître de Bagdad, le Premier ministre Nouri el-Maliki a appelé la communauté sunnite du pays à la réconciliation nationale sur ces « nouvelles bases ».

La nouvelle de la pendaison de l’ancien dictateur a été favorablement accueilli par la majorité des Irakiens, notamment par les communautés chiite et kurde, même si de nombreuses personnalités kurdes auraient préféré que l’exécution de la sentence soit reportée jusqu’à la fin du deuxième procès, dans lequel l’ancien président est poursuivi pour génocide contre les populations kurdes dans le cadre des opérations militaires Anfal, qui ont fait quelque 182 000 morts en 1988 dans des déplacements massifs de populations kurdes du nord au sud de l’Irak, des exécutions sommaires et des tueries dans des villages kurdes.

Le plus tragique des massacres dont ont été victimes les populations kurdes du nord de l’Irak (région du Kurdistan, devenue autonome) est celui du village de Halabja, sur lequel l’aviation irakienne a largué divers agents chimiques, en 1988, tuant en quelques minutes près de 5 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, et faisant 10 000 blessés, parmi lesquels un grand nombre d’handicapés à vie. “L’exécution de Saddam servira de leçon à tous les régimes de la région qui croient pouvoir exterminer impunément leurs citoyens”, a affirmé Qader Nader, responsable du mémorial de Halabja qui porte le nom du village kurde réduit en cendres, à la chaîne qatarie arabophone Al-Jazeera.

Une page de l’histoire irakienne se tourne. Avec l’exécution de Saddam Hussein, les vieux rêves d’un nationalisme panarabe se voulant progressiste et anti-impérialiste ne sont plus qu’un vestige du passé. Quelques décennies seulement séparent la création de la fantaisiste République arabe unie sous l’égide de Nasser de la fin fort peu glorieuse de Saddam Hussein ; et cet ultime acte, comme un épilogue, vient conclure la tragédie.

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