7 février 2023
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Condamnation de Saddam : un événement historique considérable

Ce que Saddam Hussein ne pouvait pas comprendre ; sans doute, est-ce aussi trop tôt pour qu’une partie du monde arabe le comprenne.
Mais ce monde arabo-musulman, grâce au procès, a quitté la tradition tribale fondée sur la race et la vengeance, pour rejoindre la norme d’une civilisation universelle et moderne. Le verdict a eu également le grand mérite de qualifier enfin clairement la dictature de Saddam Hussein et de bien d’autres de ses comparses dans la région : ce n’était pas un despotisme éclairé comme Saddam parvint bizarrement à en persuader certains en Occident ; ce n’était pas non plus un régime laïc contre l’obscurantisme islamiste. Le régime de Saddam était tout bonnement une dictature raciste, fondée sur le pouvoir exterminateur de sa tribu sunnite contre le chiites et les Kurdes. La qualification de crime contre l’humanité s’applique donc parfaitement à son cas, très proche de l’accusation de génocide qui aurait pu aussi être retenue.

Quels que soient les soubresauts qui accompagneront l’exécution de ce verdict, celui-ci renoue le fil de la modernisation arabo-musulmane qui avait été tranché dans les années 1950. Depuis le début du XIXe siècle – invasion de Napoléon en Egypte – jusqu’au milieu du XXe siècle, le monde arabo- musulman s’était engagé dans la voie de la modernisation à l’occidentale : nul ne doutait en ce temps-là que l’islam et la démocratie ne soient compatibles. En Irak, Syrie, Egypte, Liban, les droits de l’homme, le progrès économique avancèrent ensemble pendant un siècle sans que l’identité musulmane ne soit mise à mal. C’est véritablement dans les années 1950, que l’influence soviétique, des coups d’Etat militaires, les affres de la décolonisation ont substitué, à la démocratie libérale, les passions nationalistes, racistes, tribales, puis islamistes.L’aventure de Saddam Hussein s’expliquait mieux par l’histoire du XXe siècle que par la lecture du Coran.
Son procès ( et son exécution ), peut-être pas dans l’immédiat, mais dans la longue durée historique, ont refermé la parenthèse des idéologies totalitaires et réintroduit le monde arabo-musulman dans l’évolution vers l’état de droit. Ceci devrait satisfaire les centaines de millions de musulmans de par le monde qui pratiquent un islam modéré, aspirent à la démocratie et pas à la restauration fantasque du califat.

Mais, n’aurait-il pas fallu distinguer entre la condamnation à mort , souhaitable et légitime , et l’exécution pas forcément nécessaire ?
L’exécution n’appelle-t-elle pas à la revanche ,amplifiant ainsi le cycle de la haine et du sang ? La mort de Saddam Hussein n’en fait-elle pas un martyre ? Toutes ces interrogations , légitimes , fondées, on se les pose en Europe ; les adversaires de la peine de mort enragent mais leur colère est-elle ici juste et pure ? Est-ce le moment et le lieu pour s’opposer à la peine de mort en toutes circonstances ? Et , surtout , les Irakiens , qu’en pensent-ils ?
Personnellement , j’avais suggéré après la condamnation de Saddam Hussein , une peine autre que la mort ; par exemple , m’inspirant de l’obligation faite en Allemagne en 1945 à des officiers nazis , contraindre Saddam Hussein à déterrer ses victimes des fosses communes pour leur donner une sépulture décente .

Les Irakiens en ont décidé autrement : en fin de compte , ce sont eux les victimes et eux , je pense , qui savent mieux que nous ce qu’il fallait faire ou ne pas faire, dans la culture et dans la situation qui est la leur . Nous ne sommes , loin de l’Irak, pas les mieux placés pour les conseiller.Les juges de Saddam Hussein ont dû décider , en leur conscience , je le suppose, de le pendre plutôt que la clémence . Ils ont dû envisager que Saddam Hussein, par sa mort , peut-être , pour la première fois de sa carrière , va rendre effectivement service à son peuple.

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