25 septembre 2020
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Iran : Les leçons de la Conférence de Bagdad

Parmi ces pays, l’Iran et la Syrie devaient prendre l’initiative pour amorcer des dialogues et monnayer la fin de leurs ingérences en Iran (les Libanais pensaient qu’ils seraient sacrifiés et que le tribunal pour juger les meurtriers de Hariri allait faire les frais de ces rapprochements ignobles). Ils doivent sans doute être rassurés ce soir car ce, qui était attendu du moins par les commentateurs français, n’a pas eu lieu.

Malgré les preuves saisies au Kurdistan irakien et leurs liens avec Moqtada Sadr, les mollahs ont tout simplement nié toute ingérence en Irak et ont même rejeté la responsabilité sur la présence des troupes américaines. Leur représentant Abbas Araghtchi, vice-ministre des Affaires étrangères pour les affaires légales et internationales, a également nié que le régime des mollahs puisse livrer des armes et explosifs aux groupes armés en Irak. Et il a d’ailleurs ajouté que Téhéran était prêt à aider à ramener la paix et la stabilité en Irak. Comment ?

« Pour assurer la paix et la stabilité en Irak, nous avons besoin d’un calendrier de retrait des troupes étrangères ! » Encore une fois, les mollahs ont mis en avant leurs propres exigences en se comportant comme des donneurs d’ordre en Irak et ce au mépris des voeux exprimés par le 1er ministre irakien Nouri al-Maliki dans son discours inaugural demandant aux voisins de l’Irak de cesser leurs ingérences dans les affaires internes de ce pays.

Les propos du représentant du régime des mollahs sont le reflet d’une nécessité géopolitique qui anime la politique irakienne des mollahs. Ces derniers financent, équipent et forment les combattants des milices chiites et de l’Al Qaeda irakien dans le seul but de forcer les américains à accepter le principe d’une négociation bilatérale qui reconnaîtrait le rôle régional de l’Iran.

Cette politique est basée sur l’alternance des violences et des offres de négociations. Cette conférence avait été commandée par Téhéran pour réunir les conditions d’une rencontre Iran / Etats-Unis et les mollahs espéraient rencontrer un diplomate américain d’envergure régionale pour mettre sur le tapis le sujet qui les travaille : les Garanties Régionales de Sécurité ( ou en décodé : la reconnaissance du rôle régional du « régime des mollahs + le Hezbollah » [1]).

Mais en l’absence d’un interlocuteur de haut rang et de la possibilité de dialogue en aparté, mais aussi suite aux pressions des Russes qui n’apprécient guère une entente régionale Irano-américaine, les mollahs sont revenus à des revendications plus anti-américaines (ou plus exactement des revendications géopolitiquement anti-américaines) .

Les attentats en Irak vont donc se poursuivre et même s’intensifier car chaque jour qui passe, le nombre des morts et le coût exorbitant de la guerre vont encore plus affaiblir Bush et confirmer un retour aux affaires en novembre 2008 des Démocrates qui se disent favorables à l’ouverture des négociations bilatérales avec les mollahs sur l’ensemble de la région. D’ici 2008, Téhéran n’a pas le choix et doit continuer ses ingérences en Irak et ceci a un coût (détérioration de ses finances et montée des mécontentement internes : d’ailleurs sur ce point les mollahs et les Républicains sont logés à la même enseigne mais contrairement aux Républicains, les mollahs ne sont pas tributaires des élections ou de l’opinion publique de leur pays).

Côté Républicain, il faut parvenir à renverser les vapeurs (en Irak) et endiguer l’effort de guerre des mollahs. Les Américains devront neutraliser les agents de terrain du régime et réduire les revenus de l’Iran. Pour y parvenir, les Etats-Unis ont commencé par intercepter des gradés des Gardiens de révolution et ont pu profiter des renseignements apportés par un général de la milice Pasdaran qui a déserté.

Les Américains devront également arriver à faire adopter une résolution avec des vraies sanctions économiques contre le régime des mollahs. Dans ce domaine, ils rencontrent une vive réaction des pays qui ont d’importants intérêts en Iran comme l’Allemagne ou la Chine, et la Russie pour laquelle les intérêts sont d’ordre stratégique.

La Russie soutient non seulement l’Iran mais aussi le Hamas et le Hezbollah dans le but de chasser les américains et livrer le Moyen-Orient aux courants extrémistes afin que cette région sombre dans le chaos. Ce chaos (contrôlé) au Moyen-Orient sera une aubaine économique pour le pétrole et le gaz Russe.

Au-delà de sa forme et des inepties qui y ont été échangées entre Araghtchi et Khalilzad [2], la Conférence de Bagdad a été une répétition générale des futures rencontres entre les américains et les mollahs. La situation ne pourra qu’empirer car d’ici novembre 2008, l’Amérique sera à bout de souffle et le prochain président n’aura pas les moyens d’imposer ses points de vue aux mollahs : les Démocrates font donc fausse route en s’opposant à Bush et ses efforts pour endiguer l’ingérence des mollahs en Irak.

La guerre d’usure continue donc sans l’espoir d’un dénouement et ce d’autant plus que les Russes brouillent sans cesse les cartes afin que l’Iran ne puisse à aucun moment se rapprocher des Américains ou changer de politique.

Une seule solution peut définitivement changer la donne : le renversement des mollahs et pour ceci les américains ont « un peu » besoin du peuple iranien. Les Iraniens sont certes sensibles aux libertés individuelles, mais ne veulent pas d’une solution sans garantie pour remplacer les mollahs par des figurines sans passé ni identité et avoir un Afghanistan bis : La république islamique d’Afghanistan est identitairement déficiente et totalement assistée par une coalition d’armées étrangères aussi suréquipée que dépassée face à un ennemi numériquement inférieur et militairement insignifiant.

Les iraniens sont sensibles à la stabilité de leur pays et la garantie de son intégrité territoriale, cette garantie existe et s’appelle Pahlavi. Cette solution est celle d’un Iran fort qui puisse tenir face aux Russes et non d’un Afghanistan bis assisté et cependant faiblard et bien inutile aux Etats-Unis en tant qu’allié stratégique.

Notes

[1] Garanties Régionales de Sécurité | L’instabilité de la région permet aux mollahs de se poser en arbitre de la confusion. Cette confusion ne peut exister que si les mollahs ont des agitateurs sur place. Tel est le fondement de leur stratégie, ils restent en retrait et laissent faire des intermédiaires : le Hamas, le Hezbollah et même la Syrie.

C’est pourquoi le Hezbollah est une nécessité vitale pour les mollahs. Le Hezbollah garantit la politique de nuisance régionale des mollahs et au retour les mollahs doivent trouver un cadre international qui garantisse le Hezbollah. La communauté internationale s’y oppose (avec des nuances). C’est pourquoi le régime des mollahs doit faire peur à une très grande échelle afin de pousser les Européens et surtout les Américains à consentir à accepter un compromis : un statut quo sur le Hezbollah. La guerre libanaise de l’été 2006 et la main mise des mollahs sur l’Irak comme leur implication dans les évènements de la #OOPS#lie ou leur espionnage en Afghanistan ont confirmé l’hyperactivité du Hezbollah qui entend s’affirmer comme un composant incontournable en Orient comme en Afrique, en attendant son déploiement en Amérique du Sud. L’ensemble des crises actuelles où sont impliqués les mollahs tourne autour de la reconnaissance des Garanties régionales de sécurité pour la république islamique d’Iran. Les mollahs veulent rester au pouvoir et conserver le leadership de l’islamisme révolutionnaire. Ils doivent mettre Bush dans une situation impossible afin qu’il cède au sujet du Hezbollah. Articles sur les Garanties de Sécurité | Exportation de la Révolution !

[2] Dialogue ! | Khalilzad a indiqué qu’il avait parlé à son homologue iranien durant quelques minutes à l’ouverture de la conférence sur la sécurité en Irak, réunissant les voisins de Bagdad et les grandes puissances. Khalilzad a indiqué qu’il avait soulevé la question de la fourniture présumée d’armes par l’Iran aux insurgés irakiens. « J’ai spécifiquement mentionné le rôle négatif que les pays voisins avaient joué, en particulier ceux qui ont fourni des armes, de l’argent et ceux qui ont fait des déclarations provocatrices. J’ai soulevé ces questions avec eux et nous verrons l’impact de cette réunion et ce qu’ils s’engagent à faire. Cesseront-ils de fournir des armes, de l’entraînement et de l’argent aux milices et à d’autres groupuscules ? », a dit Khalilzad. En savoir + sur Khalilzad.

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