26 janvier 2022

Divisions des anti-libéraux


Olivier Besancenot a créé le nouveau parti anticapitaliste (NPA) pour rassembler l’extrême-gauche. Il faudrait qu’il nous dise en quoi son anticapitalisme se distingue de l’anticapitalisme qui structure le programme du parti communiste. Martine Aubry a pris la direction du parti socialiste pour tenter de rassembler tous les socialistes au sein de ce même parti modernisé. Là encore, tous les leaders du PS se retrouvent pour condamner et fustiger le capitalisme non régulé mais ils n’arrivent pas à s’entendre pour construire un programme ensemble. Il faudrait aussi qu’ils nous définissent le socialisme car, vidé de son socle idéologique formulé clairement par Karl Marx, ce terme se réduit à une étiquette illisible. Pour avoir étudié les grands auteurs et les textes fondateurs de la pensée socialiste, j’ai cru comprendre que le socialisme est une doctrine qui se revendique anticapitaliste. Alors qu’est-ce qui différencie le NPA, le PC et le PS ? [1]
 
Sans doute, les unis sont-ils encore et toujours des révolutionnaires qui croient au grand soir, à l’agonie du capitalisme et à l’avènement brutal d’un monde post-capitaliste tandis que les autres se proposent de réformer, d’encadrer et de réglementer le capitalisme, non de le renverser faute d’une alternative crédible. Mais c’est précisément ce que fait déjà la droite française aux affaires, et c’est bien là le défi pour la gauche française. Dans le passé, cette dichotomie entre révolutionnaires et réformateurs fut à l’origine de l’éclatement historique de la gauche française entre PS et PC. Cet éclatement a fait lui-même écho à la division qui s’est produite à l’occasion de la révolution soviétique entre mencheviks et bolcheviks. L’histoire a montré que cette division fut une véritable fracture : pour les révolutionnaires, les réformateurs ne pouvaient être que des traîtres à la solde des bourgeois.
En 2009, les esprits n’ont guère changé, contribuant à rendre improbable la cohésion d’un PS éclaté et impossible le rassemblement d’une gauche dispersée. En effet, pour l’aile gauche du PS, une alliance avec le Modem serait considérée comme une trahison [2].
 
Ces divisions fratricides montrent qu’il est plus facile de rassembler les hommes et les femmes en étant contre quelque chose (anti-Sarkozy, anti-mondialisation ou anticapitaliste) que de se retrouver ensemble autour d’un projet commun. La contestation permet d’agglomérer les mécontents et les déçus, c’est-à-dire au fond chacun de nous car nous ne sommes jamais satisfaits de notre propre sort. Tout le monde s’accorde à trouver le monde actuel détestable. Et ce consensus se retrouve à chaque époque. Pourtant, à chaque époque, on regarde le passé avec un œil nostalgique. Qui n’a pas entendu à table, quand les familles se réunissent ou dans les dîners en ville, l’incontournable sentence qui vient clore toute discussion : « le monde ne tourne pas rond, le monde va mal… ».
Et c’est vrai que le monde est perfectible car c’est la nature humaine elle-même qui est perfectible et faillible. La vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue si tout était réglé d’avance dans une perfection qui nous serait imposée et sur laquelle nous n’aurions aucune prise. Nous serions telles les fourmis dans la fourmilière. C’est le meilleur des mondes. A force de se plaindre en permanence, c’est bien ce qui risque de nous arriver.
 
Mais dès qu’il s’agit de proposer un monde meilleur, un « monde à visage humain », chacun a sa petite idée de ce qu’il devrait être. Et bien entendu, personne n’a la même, d’où les ambitions personnelles, la quête du pouvoir politique et les divisions intestines qu’elles engendrent nécessairement, notamment dans les familles politiques qui se proposent de changer le monde.
Hitler, Staline, Mao ou Pol Pot se croyaient tous bienfaiteurs de l’humanité, ce qui leur a permis de commettre sans le moindre scrupule les pires crimes au nom même de l’avènement d’un monde nouveau et meilleur. La révolution française elle-même a débouché sur une période de terreur au nom du principe clé chez les révolutionnaires selon lequel on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.
 
Faut-il pour autant ne jamais agir ? Evidemment, non. J’aspire à vivre dans des sociétés au sein desquelles chacun de nous devrait avoir la possibilité de construire son propre « monde meilleur », à son échelle et en fonction de ses propres critères d’épanouissement, sans l’imposer aux autres, l’Etat de droit faisant respecter les règles du jeu et les valeurs communes qui sont inscrites dans la Constitution fondatrice. Il est bien trop risqué de déléguer cette quête du bonheur à un quelconque gouvernement, aussi bien intentionné et honnête soit-il. C’est d’ailleurs pourquoi les pères fondateurs de la Constitution américaine ont pris soin d’inscrire dans la Constitution le droit à la quête du bonheur, et non le droit au bonheur, qui serait une promesse qu’aucun gouvernement ne peut tenir.
 
[1] Tandis que fascisme et communisme se retrouvent dans l’antilibéralisme : « Le communisme et le fascisme se trouvent en dehors du libéralisme. (…). Le fascisme ne craint pas du tout aujourd’hui de se dire non-libéral et antilibéral ». in Mussolini, Opera Omnia, XIX, pp.195-196.
 
[2] Il faut cependant avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que le microcosme libéral est pareillement fragmenté en de nombreuses chapelles lesquelles sont dirigées par ceux qui pensent avoir la vision la plus juste de ce que devrait être un monde en conformité avec l’idéal (l’utopie ?) libéral.
 
Jean-Louis Caccomo,
Perpignan, le 2 septembre 2009
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