2 février 2023

Et si la victoire du Hamas était un non-évènement?

La comparaison avec l'Italie des Chemises Noires est notamment séduisante : un même ras le bol contre la corruption et la mollesse du régime en place, un même appel à une transcendance, à un mysticisme teinté de nationalisme, une complicité d'une partie des élites économiques et surtout une "main d'oeuvre" de combattants qui ne demandent qu'à servir.
Toutefois, cela est-il suffisant pour envisager un basculement des Territoires ?
Le gouvernement américain, comme on pouvait s'y attendre, semble attendre impatiemment du Hamas la fin de l'appel à la destuction d'Israel. On croirait entendre un père demander à son fils capricieux de s'excuser après une vilaine extravagance ; sinon il n'aura pas le dessert de l'aide internationale ! Mais elle changera quoi la reconnaissance d'Israel ? On se souvient des paroles d'Arafat à propos de la charte de l'OLP : "c'est cadouc", mais cela était-il le signe d'une vraie acceptation ? Au contraire, l'éducation à la haine n'en a été que plus redoutable.
Alors oui, une reconnaissance officielle ou de facto donnera un alibi à la communauté internationale pour ne pas couper les ponts avec Ramallah, et Bruxelles attendra patiemment de nouvelles élections, plus clémentes. Pendant ce temps, il y aura bon an mal an des négociations, car qu'on le veuille ou non, on est obligé de discuter un minimum avec son voisin. Surtout quand on est pragmatique à l'extrême comme le gouvernement israélien, qu'il faut que le business continue. Alors que peut-il se passer de différent durant ce mandat ?

Un changement dans la perception européenne du conflit ?

On a bien réussi à mettre le nazisme en partie sur le dos du traité de Versailles, alors vous pensez bien que le succès du Hamas ne tardera pas à être interpreté (on le fait déjà) comme la conséquence tragique mais logique de l'oppression israélienne. Et puis les Européens ont encore une vision apocalyptique de l'islamisme, celle d'Al Qaida ; et il est à craindre que la vision d'un régime islamiste politique, mais dans lequel la vie continue, ne les déstabilise et ne leur fasse penser qu'en fait "ce n'est pas la fin du monde" ; l'opinion publique est superficielle et sera bientot rassurée par les quelques gages que lui donnera le nouveau pouvoir en place : quelques apparatchiks du Fatah aux postes clés, une belle chrétienne cheveux au vent pour la représentation diplomatique qui plaide pour la paix, et vous verrez que bientôt le Hamas sera présenté comme une sorte de CDU, un peu plus pimentée à la harissa, voilà tout.

Une intensification du terrorisme, soutenue par les plus haut degrés du pouvoir ?


Le Fatah, via les brigades Al Aqsa, via l'organisation minutieuse de la seconde intifada, via le Karina, n'était ce pas déjà du terrorisme d'État ? L'opération Rempart n'a eu de cesse de dévoiler les liens entre l'AP et les mouvements terroristes, ce n'est un secret pour personne. Et à l'heure actuelle, la baisse des attaques palestiniennes était-elle due à une autorité et à une intégrité retrouvées ? On peut en douter, et mettre plutôt cela sur le compte d'une forte pression militaire israélienne notamment liée aux attaques ciblées. La police palestinienne ressemblait déjà à une troupe de cirque, c'est donc là aussi le statu quo.

Tellement cousu de fil blanc qu'on en désespèrerait ; la branche Qassam pourrait même se mettre un temps en veilleuse, et dans le cas contraire le pouvoir en place se fera fort de souligner qu'il "condamne toute forme de terrorisme, notamment le terrorisme d'état israélien qui est la racine du mal". Bref, je ne crois pas à une révolution, plutôt à un travail au corps souterrain de la population palestinienne, un totalitarisme latent mais soft, presque imperceptible, sans charia ou presque, sans images spectaculaires de femmes lapidées ou voleurs auxquels on coupe les mains. Le laminage des aspirations pacifiques qui existent au sein d'une partie de l'élite éclairée palestinienne et arabe israélienne continuera à se faire en douceur mais en profondeur, ainsi qu'Arafat en avait initié le processus. La litanie attentats / répressions / trêve continuera car finalement, cette guerre larvée arrange un pouvoir palestinien qui lui permet de garder sa population sous tension, et de maintenir l'objectif plus ou moins latent d'une victoire définitive grâce à leur pression démographique et au matérialisme israélien, qui finira bien un jour ou l'autre par atténuer leur solidarité et leur goût au combat et les fera se rendre, de guerre lasse.

Teilhard de Chardin disait qu'on croit toujours être à un tournant de l'Histoire. Les journalistes doivent disserter et échaffauder toutes sortes de plans dramatiques. Mais parfois il faut se garder de plonger avidement dans le tourbillon de l'information, lever la tête, et se rendre compte qu'une fois de plus il n y a pas forcément grand chose de nouveau sous le soleil…"

30 janvier 2066

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