7 décembre 2022

La déclaration authentique de Nétanyahou

La récente polémique concernant les propos attribués au Premier ministre israélien sur le rôle du Mufti de Jérusalem, Amin Al-Husseini, dans la Shoah, est l’occasion de se pencher à nouveau sur un phénomène déjà ancien : celui de l’occultation systématique des origines du nationalisme palestinien et du rôle du Mufti pronazi dans l’émergence du mouvement national palestinien. Il n’est pas anodin que cette polémique surgisse précisément au moment où l’Etat juif fait face à une nouvelle vague d’attentats meurtriers, que l’Europe préfère ne pas voir pour s’en tenir à sa vision traditionnelle du conflit : les Palestiniens sont d’innocentes victimes et Israël est l’éternel coupable.

Commençons par relever un mensonge grossier : en attribuant au Premier ministre israélien les propos suivants : «Hitler Didn't Want to Exterminate the Jews », le journal Ha’aretz s’est livré à une opération de propagande et de manipulation de l’opinion publique 1. La déclaration authentique de Nétanyahou, comme on l’apprend dans la suite de l’article, était que "Hitler didn't want to exterminate the Jews at the time, he wanted to expel the Jews », ce qui n’a évidemment pas le même sens ! Les propos faussement attribués au premier ministre ont été immédiatement cités par les médias du monde entier, qui ont repris à leur compte la manipulation grossière du journal Ha’aretz, titrant avec fracas : « Selon Nétanyahou, Hitler ne voulait pas exterminer les Juifs ».

Au-delà même de cette manipulation médiatique, de source israélienne, on peut s’interroger plus généralement sur la responsabilité de la gauche israélienne dans la situation actuelle, où le Premier ministre de l’Etat juif démocratique est dépeint sous le jour le plus déplaisant par les médias occidentaux, qui ne reculent devant aucun mensonge ou calomnie pour le fustiger, tout en passant sous silence les crimes du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui incite sans cesse à la haine et à la violence contre Israël et contre ses citoyens, avec les conséquences que l’on sait.

Quand le chef de l’opposition travailliste, Itshak Herzog, affirme que le fils d’un historien (allusion au professeur Bentsion Nétanyahou z.l.) doit être précis en parlant d’histoire, il fait feu de tout bois pour attaquer le Premier ministre, ce qui est apparemment dans son rôle. Mais au-delà même de la politique politicienne, son intervention sert en fait les intérêts idéologiques de la gauche israélienne, qui a toujours voulu minimiser les relations entre le Mufti et Hitler, pour ne pas assombrir son tableau idyllique du mouvement national palestinien. Car c’est elle qui a déformé sciemment l’histoire et oblitéré l’alliance arabo-nazie pour élaborer son narratif du conflit « israélo-palestinien » et faire accepter au public israélien sa vision édulcorée de l’histoire récente du Moyen-Orient.

Il n’est pas étonnant que tous les historiens israéliens interrogés dans les médias (troublante unanimité…) déclarent que Nétanyahou a tort et que le Mufti n’a rien inventé et rien appris à Hitler, oblitérant le témoignage explicite de l’adjoint d’Eichmann, Dieter Wisliceny, au procès de Nuremberg, qui déclara que « Le mufti fut l’un des instigateurs de l’extermination méthodique de la communauté juive d’Europe et il agissait en collaborateur et conseiller d’Eichmann et Himmler pour l’exécution de ce plan. Il était l’un des meilleurs amis d’Eichmann et il l’incitait constamment à accélérer les mesures d’extermination 2».

Il n’est pas étonnant non plus que les médias français accablent Nétanyahou, sans s’appesantir sur le rôle du Mufti dans la Shoah, quand on sait que c’est la France qui a sauvé Al-Husseini en 1945 du sort réservé aux criminels de guerre nazis, en lui permettant de s’évader 3. C’est la France qui a ensuite sauvé à deux reprises Arafat, à l’époque de François Mitterrand ; et c’est la France qui soutient aujourd’hui à bout de bras Mahmoud Abbas, le faux modéré, et entretient la fiction de l’Etat palestinien. Quelle objectivité peut-on dès lors attendre de la France à l’endroit du mouvement national palestinien, qu’elle a encouragé depuis ses débuts ?

La gauche israélienne, de son côté, embourbée dans le « processus de paix » depuis les Accords d’Oslo – dont elle n’a jamais eu le courage de reconnaître les conséquences désastreuses – a elle aussi besoin de sauver son image d’Epinal du nationalisme palestinien, et elle est prête pour cela à prendre des libertés avec la vérité historique 4. On n’insistera jamais assez sur le fait que ce sont deux universitaires israéliens qui sont allés chercher Arafat à Tunis pour l’installer à Gaza et l’ériger en président d’une Autorité palestinienne corrompue et vouée à la violence dès sa création, transformant l’archi-terroriste en « partenaire de paix » (consacré par le Prix Nobel) et adoptant sans état d’âme le narratif palestinien sur le conflit israélo-arabe.

Ce sont des intellectuels et universitaires juifs, « inquiets pour l’avenir d’Israël », qui continuent jusqu’à aujourd’hui à répéter comme un mantra qu’il faut une « solution à deux Etats pour deux peuples », certains ayant fini par s’interroger (mieux vaut tard que jamais) sur la volonté palestinienne de créer un Etat… C’est un géopoliticien juif qui s’entête à parler d’un conflit territorial opposant Israël aux Palestiniens, renvoyant dos-à-dos les deux protagonistes, dédouanant Abbas de sa responsabilité dans les violences actuelles et réservant le qualificatif de « barbares » aux seuls terroristes islamistes qui frappent en France 4.

Israël n’en finit pas de payer les erreurs d’Oslo et les conséquences désastreuses de l’adoption par une large partie de son establishment médiatique et intellectuel du narratif palestinien. Il n’est pas étonnant dans ces circonstances que, lorsque le Premier ministre rappelle au monde entier comment est né le mouvement national palestinien et qui l’a porté sur les fonts baptismaux, nos intellectuels et hommes politiques de gauche crient au scandale et insultent Binyamin Nétanyahou, coupable d’avoir révélé que le roi était nu, qu’Abbas était un terroriste non repenti et que le nationalisme palestinien a partie liée, aujourd’hui comme hier, avec le nazisme.



Notes

1. Voir http://www.haaretz.com/israel-news/1.681525

2. Cité par Sacha Bergheim dans son article éclairant, Netanyahu, l’histoire et le Mufti, ou comment clore un débat sur le criminel mufti,

Plusieurs historiens soutiennent l’idée d’un rôle actif du Mufti dans la Solution finale. Voir notamment, pour un exemple contemporain, David G. Dalin, Pie XII et les Juifs, le mythe du Pape d’Hitler, Artège 2007.

3. Tsilla Hershco, Le grand mufti de Jérusalem en France : Histoire d'une évasion [archive], Revue Controverses, n°1, mars 2006.

4. Un exemple caricatural est celui d’Elie Barnavi, qui qualifie le Mufti de « collaborateur minable, représentant d’une province marginale de l’empire britannique », tout en couvrant d’insultes Binyamin Nétanyahou. i24news, Les nouveaux nazis de Netanyahou.

5. Frédéric Encel, interviewé par Le Figaro, tient notamment les propos suivants : tient notamment les propos suivants : « En Israël et dans les Territoires palestiniens se joue une lutte déjà relativement ancienne et au fond assez classique entre deux nationalismes concurrents, même si les revendications religieuses ne sont jamais très loin, en particulier chez le Hamas ou certains ultra-orthodoxes. Ici, chez nous, c'est un terrorisme barbare qui tente d'abattre notre système de lois, de valeurs, de libertés, de culture, d'égalité et de laïcité, sans que la revendication ne soit de nature nationaliste et frontalière ». In : Israël : l'absence d'horizon politique explique la montée des tensions, Le Figaro 21.10.2015.

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