26 juin 2022

“Quartiers” : le socio-économique n’explique pas tout

L'erreur serait de croire qu'il suffit de tout expliquer par une cause unique, car chaque cas est singulier. On peut avoir un emploi, bien payé, refuser les valeurs universelles telles qu'elles sont vécues en France comme la place faite aux femmes et la laïcité ou neutralité des convictions privées, et militer en ce sens.
Si l'on est d'accord avec ce principe de la non unicité alors il vaut mieux parler de corrélation de facteurs à visualiser pour chaque cas, ce qui implique par exemple que le déséquilibre d'un facteur puisse entraîner la fragilisation d'un autre si ses conditions d'émergence l'infléchissent en ce sens, et ainsi de suite.

Concrètement, lorsque l'on est écarté d'un emploi uniquement à cause de la couleur de sa peau, il y a discrimination; mais lorsque l'on se rebelle, parfois à juste titre, contre sa situation, tout en refusant de se former en conséquence, lorsque l'on est d'emblée réfractaire à la culture laïque, aux lois de la République, parce que l'on préfère d'autres lois, ceux de la mafia, ou de certaines officines dites religieuses, il y a problème. Pourtant, l'on sait que cela concerne parfois qu'une poignée, mais dont la main de fer tient les mors de rues entières.

Or, si l'on avait la possibilité d'opérer de façon concertée en écartant ici certains meneurs, en ayant là une politique efficace de soutien scolaire, là-bas un système d'insertion à base d'alternance école-entreprise, le tout coordonné et piloté avec l'aide des associations.

Espérons que c'est en ce sens que le gouvernement Sarkozy veuille travailler….

Mais comment faire lorsque l'on sait que depuis la naissance de la politique de la Ville dans les années 80 (avec Tapie) il n'y a pas eu depuis de coordination d'action entre les services publics concernés, mais plutôt et comme d'habitude une juxtaposition de structures avec toujours en filigrane les mêmes a priori non justifiés du primat de l'insertion par l'emploi sur l'insertion par la formation et l'éducation ?

Ainsi le système scolaire agit seul, et aucune sérieuse politique de soutien n'a été mise au point. De même, aucune analyse conséquente n'a été faite sur le poids symbolique pris par les médias dans la fabrication des attitudes et ce que l'on pourrait faire pour l'utiliser, un peu comme l'aïkido qui se sert de la force de l'adversaire pour arriver à le déséquilibrer. Ou comment renforcer la fierté d'appartenance par la médiatisation de la reconnaissance et par l'émulation entre établissements scolaires via le sport et les concours comme on le fait encore et avec succès dans les écoles anglosaxonnes, (même si certaines politiques outre-atlantiques avaient voulu les remettre en cause, avec le succès que l'on sait en matière de délinquence juvénile dans les années 70 et 80).

Il a fallu attendre cette année pour que Jussieu fasse une cérémonie en grandes pompes, familles entières réunies, pour ses nouveaux doctorants avec toge et chapeau de circonstance, afin de recevoir le parchemin de la main du Président d'Université.

Lors des dernières émeutes de 2005, nous n'avons eu de cesse sur resiliencetv de décrire le rôle symbolique fort que peut jouer un gymnase s'il sert de tremplin pour préparer, immédiatement, des rencontres ritualisées, (Cambridge contre Oxford) et non pas seulement pour maintenir en forme.

Paradoxalement, certains veulent maintenir une façon de faire dite traditionnelle qui a échoué, le faux égalitarisme issu de l'après seconde guerre mondiale et surtout de 68 (à ne pas confondre avec les années 60), tout en refusant de revenir à certaines traditions comme la remise des prix, le tableau d'honneur, la joute, la solidarité inter-générationnelle via un tissu associatif crée autour d'un esprit de corps fabriqué précisément par les exploits de l'institution concernée.

Rien d'étonnant dans ce cas à ce que certains gosses se créent les rituels qu'on leur refuse en allant s'affronter bande contre bande, tout en semant sinon l'insécurité du moins la peur dans certains endroits où il est bon ton de baisser les yeux à leur passage comme s'ils représentaient "la" loi, celle non écrite de l'atmosphère ambiante et de la circulation des Apparences.

Croire alors, dans cette situation socio-symbolique complexe, et laissée à l'abandon, qu'il suffirait de "leur" trouver un emploi, alors qu'ils sont si désocialisés, ou qu'il faudrait les confier à l'homme de foi du coin, alors que chacun se crée sa propre interprétation religieuse, revient à penser qu'un arbre peut croître dans l'espace vide.

20 juin 2007

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