28 janvier 2023
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Le Château à la Porte invisible et sans sortie…

La fausse alternative du tout ou rien, véritable conditionnement mental, qui prévaut dans la réaction épidermique constatée, -laquelle, il semble, aurait dû, du reste, être attendue-, n’a t-elle pas trait à une idée de la réussite à la française qu’il faut battre en brèche?

Ici réussir s’apparente le plus souvent à un parcours du combattant qui en décourage plus d’un chemin faisant, et non des plus fainéants, lesquels ne commencent même pas à se positionner sur quelque ligne de départ.enfin
Au terme d’un véritable labyrinthe, le marathonien -( la plupart sont jeunes, quelques uns réchappés, viennent plus tard…)- peut enfin accéder à ce qu’il est convenu d’appeler la réussite, véritable graal auquel il a toutes les chances de s’agripper, et auquel du reste, en toute cohérence, ce système inventif tendra à le confiner. Confinement luxueux, mais confinement tout de même. Organisation en cellules plus ou moins vastes, largement hermétiques les unes aux autres.

Suscitant la jalousie, ou même la haine, en tous cas la forte sollicitation de tant et tant, cherchant les passes en ce jeu compliqué, l’élu de ce cette longue chasse au dahut, maintenant appelé, trop appelé, en vient lui aussi logiquement à barricader les accès. C’est tout du moins le plus souvent le cas, et plutôt tendance.

Et en face, là où vit notre vis-à-vis d’outre-atlantique, si souvent présenté comme roturier, ne nous voit-il pas en effet comme étant tous nobles ? Enfin c’est le paradigme, car, lui, sur ces immenses terres, la réussite se trouve plus vite, se consomme plus vite, tout comme elle n’a pas l’assurance foncière des français. Peu importe. On admet, outre-atlantique, les creux et les bosses et, somme toute, là bas, ça circule infiniment mieux, même si ce n’est pas douillet tout le temps. Au reste il y a encore des récits, des romans, quand nous nous commettons tant ici en introspections infinies plus ou moins baveuses, diversement bavardes ; seules quelques-unes abordant l’envers du décor qui est à la littérature, ce qu’est le jeton de présence au fier actionnaire d’un conseil d’administration.

On ne va demander, comme ici, à la bonne idée d’être parfaite, déclinée en un projet béton, décrit avec toutes les circonvolutions attendues, les salamalecs circonstanciés placés où il faut, les sources répertoriées, et le plan de route dit assuré. D’un brin, d’un fil ou d’un tissu, peu importe, et même de l’imagination un peu baroque d’un tissu incertain, on fait un vêtement plus ou moins bien réussi, mais ça se tente, comme ça avec le voisin, le prochain, l’autre là avec qui je pourrais faire un brin de chemin. Ca peut s’organiser, simplement. Il n’y a pas ou beaucoup moins à perdre du temps et parfois tout son temps, en démarches insensées, désespérément bureaucratiques et grossières. Ce petit rien qui peut être va faire fil, si difficile déjà à préserver, et je peux ainsi bien mieux m’y consacrer.

A la démultiplication des bureaux de l’ordonnancement généralisé qui ici tend à tout mettre au cordeau, correspond de fait une moindre rentabilité de l’activité naissante. Il faut de suite qu’elle rapporte à ce grand œuvre compliqué et ses étagements de château. Les servants de ceux-ci, toujours plus nombreux, eux-mêmes devenus incontournables quand bien même corps de troupe, prennent des aises, et exigent quelque traitement à la mesure de leur proximité des princes. Une certaine idée de la hiérarchie prévaut qui obstrue les passages et les venelles, ce par quoi, l’eau même débordante pourrait encore s’écouler. Cela fait régulièrement des inondations colossales à la suite desquelles on appelle les princes à la rescousse. Peinés d’être ainsi tancés par tant de gens, ils sortent désolés, disant n’avoir été compris. Comment, nous si grands, si bons, si prévenants, organisant tout sur le terrain au mieux des habitants, pouvez-vous douter que nous ne vous aimions ! “La colle les uns les autres”!

“L’affaire du CPE”, le CP-E, le E juste après le D, bien loin du A solaire, cette affaire est refusée par les tenants du A ou de son ersatz généreusement distribué, craignant qu’on ne finisse par leur proposer à eux, ce E indigne en guise d’entrée dans la carrière. D’autres, de toute évidence ne rentreront jamais, si on ne peut de suite leur dire de ressortir. Il est dans la nature d’une porte de s’ouvrir et de se fermer, et l’exception qu’on la condamne à n’être empruntée que dans un sens.

Protestations! Protestations ouvragées d’autant plus qu’il faut recomposer les troupes, et offrir aux nouveaux venus la même soupe qu’on a déjà bouffé pour trois générations en oubliant de leur dire que de toutes façons, y’en a plus vraiment de cette soupe là, et que la meilleure façon que tout le monde en ait et qu’on recompose les stocks, c’est que ça tourne, toujours, toujours, plus vite, andante.

Comme on ne peut le dire mais qu’on en a besoin pour faire quelque mesure et combler tant d’inaction et d’incompétence, on ruse, vieille posture, avec le prochain. On compartimente, ça on sait faire, une spécialité française comme à l’inverse de sa cuisine si réputée, et pour les uns et les autres, on bâtit le contrat ad hoc, on hésite du reste entre un vocable saturé, emploi, et un autre qui fleure bon l’usine ou le chantier, embauche.

A croire qu’on veut filer la main aux petits copains d’en face. Bah, qu’ils repassent les films, le joyeux déroulé du joli mois de mai… Vaut mieux ça que l’embrasement généralisé des banlieues obscures. On tente de rajouter un s, à embrasement, et ça fera le bon mot. Le pb c’est que les ciblés par le CPE tentent de se joindre aux cortèges. Eux qui sont de si loin sortis ou ne sont même pas entrés, eux qu’ont même pas les zeureux diplômes un rien arrangés (pour que la fiction puisse continuer), eux qui déjà pour certains, inquiétant, lorgnent dangereusement vers les nouveaux totalitaires et leurs petits hommes en vert, eux, surgissent en bandes et fondent dans les rangs protestataires. Ils ne veulent même participer, non point, juste prendre ou même saccager comme on vire tout à la diable. Et puis cogner. Z’ont la haine qu’ils disent et gare à celui qui en douterait. Ca fait désordre pour le moins, ces hordes virevoltant sur la célèbre place des Invalides, toutes à leurs pulsions de détruire.

On ne peut ignorer les ruptures, les incompatibilités, tout ce qui à propos des banlieues et de l’intégration de leurs jeunes, se dit et se murmure entre ensalonnés, On ne peut ignorer qu’il y ait là une menace qui ne veuille même pactiser, une menace sans langue, sans les circonvolutions de la langue, dont on a ici sans doute le secret plus que d’autres qui si longtemps nous ont enviés.

Ce qu’on a avancé mal préparé, un appartement tronçonné en chambrettes sans visibilité, invendables, on le retire maintenant tout aussitôt. Pouce, on joue plus. Oh non, ne vous inquiétez pas, point de cette vilaine flexibilité que veulent nous refiler les anglo-saxons et leurs rejetons d’outre-atlantique. On va commettre encore, probable, une nouvelle commission, un énième observatoire, sûr. Pour reprendre la main, dit-on. Le syndicaliste à la tête de caniche à ce rythme sera bientôt commissaire au européen peut-être, déjà il se pavane sur la chaîne culturelle et d’un air entendu, gouleyant, songe à une internationale syndicale. Bravo Pantalon, mais va falloir fermer, la comédie fera bientôt même plus sourire.

Que de l’un à l’autre librement puisse se tresser un pas de deux, que rien de trop ne vienne entre eux compliquer celui-ci, et plus souvent que de coutume, la fortune surgira, comme imprévue. Non pas qu’il ne faille tracer des lignes, supposer des possibles, planifier des lendemains, mais que jamais nul homme n’est et ne sera sérieusement en mesure de prévoir le temps. C’est pourtant en toutes contrées sa passion favorite, et sans doute la raison intime de toute langue. Mais ça finit en fiction, heureusement, même si chemin faisant, on en a su beaucoup plus, et qu’il y a moins de marécages, et bien mieux de belles allées. Pourquoi devrais-je continuer avec toi qui ne me sied pas, ou pourquoi pas du reste, la liberté donne du courage, de la ressource face à l’épreuve.

Si, cette perspective est barrée, si l’on ne veut admettre la vie comme elle vient qu’en une certitude sécurisante qui déjà l’a fait fuir, évidemment qu’on ne supporte nulle entorse au régime sans fin de la société des droits dévorante, véritable retour si l’on y songe sérieusement de la pulsion cannibale. Je ne m’arrête même à ce que j’avale, je le dévore, je veux tout et tout de suite, et que ce qui fait l’essentiel d’une vie, cet échange que par mon activité je vais produire avec les autres, soit comme accessoire, encadré comme le maudit. Il est vrai qu’on parle mal quand on dit travail et que l’usage qui en a été fait tout comme l’étymologie instruite de la partition aristocratique antique, n’induit guère à l’aimer. Mais que valent ces prévenances tout justes bonnes pour l’usine, qui a trouvé de plus ses quartiers transitoires à l’autre bout de la terre, que valent t-elles pour imaginer l’après, y œuvrer, y échanger ? A la rigueur, oui, on peut s’en accommoder en des gestes compassés de gardiens de reliques, mais pour ce cheminement, là, maintenant à entreprendre, à inventer, mettre dans le vent faut-il le rappeler, quelles sont elles, ces prévenances, pour la confiance qui seule permettrait l’exercice de demain ? Bien mal en point, bien mal au point. Inadéquates.

Dés lors que je me dis, de cela on me doit, ne suis-je déjà injuste ? L’école avec sa profusion d’écriteaux anonnés à peine lus, entraperçus, la veut-on aussi comme on doit s’élancer plus loin en la vie ? Veut-on à “vie” d’une immense pouponnière tout juste bonne à l’espérance de taille dont Michaux affublait l’adolescence, en l’un de ses textes quasi-prémonitoire? Ou bien d’une vie librement risquée, non sans les règles larges d’une nécessaire concorde, mais me renvoyant d’elles à un espace-temps où toujours les ré-inventer, les parfaire en une vie où s’alternent nuits et jours comme il se doit. Elans, éclats, passages, tournoiements, barrages, merveilles des surgissements parfois, une vraie vie n’est–elle pas de ce tonneau, si l’on songe à un autre horizon que celui de l’esclave ?

C‘est de là, cet espace infiniment mieux pratiqué chez nos descendants d’outre-empire, c’est de cet ascendant dont il nous faudrait, non point ‘”toute honte bue”, mais enfin reconnaissant notre effarante lâcheté, dont il nous faudrait apprendre à nous inspirer.

Avant qu’un jour, on puisse dire nous visitant, – nous “l’homme fait intérêt général”, nous auscultant dans les moindres recoins comme un phénomène décidément curieux, mais avec un rien de commisération, avant qu’on puisse dire comme la façade de BeauBourg en chantier à l’orée du 21ème siècle, l’annonçait: “vous aussi vous êtes notre musée”.

Il est déjà bien tard, et il n’y a nulle part où rentrer. Mais cheminer, oui, ce serait notre chance un peu mieux, sans borborygmes, découvrant, appelant, par delà bourrée et ballets, d’autres danses plus marrantes en cette patrie de Molière, si peu lu en fait…

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