6 février 2023
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GIEC 2007 : quoi de neuf sur les gaz à effet de serre et les forçages? (up to date)

A retenir :

• Le dioxyde de carbone (CO2) est confirmé dans son rôle de principal forçage anthropique positif. Le GIEC souligne l’augmentation récente des taux de concentration atmosphérique, mais ne signale pas la stagnation du taux d’émission per capita.

• L’évolution récente du méthane atmosphérique (stagnation de la concentration) reste incomprise. Elle n’a pas été répercutée dans les scénarios d’émission (SRES), qui sont en conséquence déjà faux pour 2000-2010.

• Les incertitudes demeurent importantes sur la plupart des forçages radiatifs.

• La principale incertitude concerne toujours les aérosols (forçage négatif), avec un facteur 6,75 dans la fourchette complète d’estimation.

• Le forçage solaire a été révisé à la baisse (divisé par trois) et atteint une valeur presque négligeable (0,1W/m2), alors même que les modèles reconnaissent que l’on ne peut expliquer sans lui une partie du réchauffement moderne. Cela pose des questions soit sur l’estimation de ce forçage, soit sur la sensibilité climatique spécifique au soleil.

• Le GIEC persiste à utiliser la métrique principale du bilan énergétique au sommet de l’atmosphère (somme des forçages TOA) alors que les températures mesurées au sol sont également sous l’influence directe du bilan énergétique de surface, et des différents échanges au sein de la couche limite.

• Cette partie du Résumé pour décideurs (et du Rapport) n’apporte pas d’informations fondamentalement nouvelles depuis 2001. L’insistance sur les progrès des modèles et des observations depuis 2001 dissimule la persistance d’incertitudes assez importantes sur les éléments-clé du bilan énergétique et climatique. Donc sur la part du réchauffement climatique récent attribuable aux gaz à effet de serre.

GIEC : La concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) est passée de 280 ppm (1750) à 379 ppm (2005), aboutissant à un taux de concentration atmosphérique supérieur à celui des 650.000 dernières années. La hausse des dix dernières années (1995-2005) est de 1,9 ppm/an, supérieure à celle de la moyenne depuis le début des mesures (1,4 ppm/an).

Commentaire :

• Il convient de noter que la hausse des émissions CO2 rapportée au nombre d’habitants (per capita) semble avoir atteint un plafond au début des années 1980, plafond que n’a pas remis en cause le développement rapide des pays émergents dans cet intervalle (figure ci-dessous).

Cette observation permet quelqu’optimisme sur l’avenir, puisque la part relative des énergies nucléaires et renouvelables est appelée à croître dans le mix énergétique. Cela n’empêchera pas bien sûr la progression en terme absolu du CO2 atmosphérique. Mais cela autorise à douter du réalisme des scénarios d’émission (SRES) les plus pessimistes utilisés par le GIEC. (Source CDIAC, Marland 2006).

GIEC : La concentration atmosphérique de méthane (CH4) est passée de 715 ppb (1750) à 1732 ppb (2005), aboutissant à un taux de concentration atmosphérique supérieur à celui des 650.000 dernières années. Le taux de croissance a diminué depuis le début des années 1990, ce qui est consistant avec des émissions totales (anthropiques et naturelles) constantes au cours de cette période.

Commentaire :

Cette stagnation des concentrations de méthane est actuellement incomprise par les chercheurs et représente une surprise.

Les scénarios d’émissions du GIEC (SRES) prévoient tous une hausse du méthane, même les plus optimistes. Ces scénarios sont donc déjà faux pour la décennie en cours et totalement incertains pour le siècle en cours. Ainsi, les scénarios prévoyaient tous une concentration de 1760 ppb en 2000 (déjà supérieure à la réalité 2007) et de 1816 à 1964 ppb pour 2010, chiffres dont on est bien loin.

Le CH4 est un gaz à effet de serre 22 fois plus puissant que le CO2 et représente environ 20% du forçage anthropique attendu en 2100. Si le méthane en venait à se stabiliser durablement ou à ne progresser que modérément, les projections de température 2100 seraient donc à revoir entièrement.

GIEC : La compréhension des influences anthropiques sur le réchauffement et le refroidissement du climat s’est améliorée depuis l’AR3, amenant à conclure avec un très haut niveau de confiance (9 chances sur 10) que l’effet moyen global des activités humaines a été un réchauffement, avec un forçage radiatif de 1,6 W/m2 (0,6-2,4). (Ci-dessous : tableau des forçages)


Commentaires :

Le forçage radiatif désigne la manière dont un agent modifie le bilan énergétique de la Terre mesuré au sommet de l’atmosphère (à la tropopause). Exemple : les gaz à effet de serre absorbent le rayonnement IR émis par la surface de la Terre et ré-emettent (forçage positif) ; les aérosols tendent à refléchir le rayonnement entrant du soleil vers l’espace et à augmenter la profondeur optique des nuages (forçage négatif).

• Le forçage radiatif ne se mesure pas directement, mais doit être calculé par des modèles radiatifs de l’atmopshère appuyés sur des observations (assez partielles, même aujourd’hui). Il en résulte des incertitudes plus ou moins importantes sur chaque forçage. Il faut aussi préciser que l’effet d’un agent dépend en partie des autres. Par exemple, dans une couche atmosphérique déjà saturée en gaz à effet de serre (vapeur d’eau près de la surface), l’ajout de CO2 ne représente pas le même forçage que sur une couche où les gaz à effet de serre sont moins concentrés (haute troposphère). La compréhension scientifique des forçages reste donc faible à modérée pour la majorité d’entre eux (colonne de droite du tableau).

• Depuis l’AR3 2001, le forçage négatif des aérosols a été plutôt revu à la baisse. Mais l’incertitude reste extrêmement élevée comme en témoignent les valeurs complètes de la fourchette : -0,4-2,7 W/m2 (un facteur 6,75). Par ailleurs, on ne dispose pas de bilans globaux annuels réalistes des émissions d’aérosols, en raison de la diversité de leurs sources et de leur faible temps de résidence dans l’atmosphère (quelques heures à dix jours). Cette double incertitude sur les émissions et sur le forçage amène à une conclusion simple : l’estimation de la part relative du forçage positif des gaz à effet de serre dans le bilan radiatif total, donc de leur place dans le réchauffement moderne, est hautement spéculative et ne peut sérieusement se voir attribuée un haut niveau de confiance. Il existe d’ailleurs un facteur 4 d’incertitude dans le forçage anthropique total (0,6-2,4 W/m2).

Mentionnons au passage que l’effet refroidissant total des aérosols naturels et anthropiques en ciel clair est estimé par le GIEC à -5,3 W/m2 (SD-2.4.2.1). Cela représente plus de quatre fois le forçage du CO2. On comprend que des variations annuelles ou décennales de ces aérosols peuvent avoir des effets importants sur les températures de surface. C’est le cas pour les trente dernières années, comme nous le préciserons lorsque nous aborderons l’évolution des températures récentes et leur attribution à l’homme.

• Les variations d’usage des sols sont limitées dans ce calcul radiatif à des variations d’albedo (réflexion du rayonnement solaire vers l’espace) et estimées à -0,2 W/m2 (-0,4-0,0) pour toute l’ère moderne. D’une part, la compréhension que nous en avons est très faible, car cela suppose d’évaluer l’ensemble des changements 1750-2000 (extension relative des forêts et des zones agricoles, extension relative des superficies urbaines et de l’ensemble des constructions, irrigations). D’autre part et surtout, les modifications d’usage des sols ont des effets locaux, régionaux et globaux importants en raison de la modification du bilan énergétique en surface, et non au sommet de l’atmosphère comme le calcule le GIEC (Pielke 2005, Feddema 2005, Pielke 2007). Or, l’évolution des températures de surface du globe, mesurée par les stations météorologiques, dépend de manière non négligeable de l’évolution de ce bilan énergétique de surface et des échanges au sein de la couche limite. Le NRC avait souligné récemment, dans un rapport important, la nécessité de repenser globalement le concept de forçage radiatif (NRC 2005) : il n’a pas été suivi par le GIEC sur ce point. Il en résulte que le GIEC rapporte deux grandeurs (évolutions des forçages TOA, évolution des températures de surface) dont la seconde ne reflète que partiellement la première.

Le forçage solaire (irradiance totale) a été divisé par trois depuis l’AR3 2001 et est établi à 0,12 W/m2 (0,06-0,30). Nous reviendrons en détail sur ce point important, pour lequel nous consultons actuellement un certain nombre de spécialistes. Cette baisse du forçage solaire pose de très intéressantes questions théoriques. Il est en effet assez solidement établi par la littérature de comparaisons intermodèles que le réchauffement moderne 1750-2000, et plus particulièrement celui de la première partie du XXe siècle (1915-1945) ne peut pas s’expliquer sans une composante importante de variabilité naturelle (par exemple Min et Hense 2006). Si l’irradiance solaire totale n’a que très faiblement changé (0,12 W/m2), cela signifie soit qu’il existe d’autres mécanismes d’influence (par exemple, l’irradiance spectrale UV actuellement étudiée en stratosphère), soit que la sensibilité climatique aux variations solaires est forte.

Nota : les mentions SD renvoient au Second Draft du rapport complet du GIEC, suivies des chiffres des chapitres et paragraphes concernés.

Références
Feddema J.J. et al. (2005), The importance of land-cover change in simulating future climates, Science, 310, 1674-1678.
Marland G. et al. (2006), Global CO2 Emissions from Fossil-Fuel Burning, Manufacture, and Gas Flaring: 1751-2003, Carbon Dioxide Information Analysis Center.
Min, S.-K., A. Hense (2006), A Bayesian assessment of climate change using multi-model ensembles. Part I: Global mean surface temperature, J. Climate, 19, 3237-3256
NRC (National Research Council) (2005), Radiative Forcing of Climate Change: Expanding the Concept and Addressing Uncertainties, National Academies Press, Wahington.
Pielke Sr. R.A. (2005), Land use and climate change, Science, 310, 1625-1626
Pielke Sr. R.A., et al. (2007), Unresolved issues with the assessment of multi-decadal global land surface temperature trends, J. Geophys. Res., sous presse.

Dernière mise à jour : 02-02-07 publié par Charles Muller dans: Le GIEC et ses méthodes

Commentaires


Merci, de combattre ce totalitarisme en puissance!

Commentaire n° 1 posté par: nicolas(site web) le 02/02/2007 – 14:45:01

Vous remarquerez que la “crosse de hockey” (courbe qui représente une prétendue hausse “sans précédent” de la température depuis 1000 ans) a disparu. Bref, cette imposture scientifique, qui figurait pourtant en grand sur le Résumé de 2001 et reprise ad nauseam dans les journaux, communiqués, exposés, sites web activistes… n’apparaît plus.

Si dans le passé récent, par exemple durant l’optimal médiéval, la température a été plus haute et que le nombre de 4×4 était exactement égal à zéro, toute cette hystérie “escalorite” (comme on dit dans le Béarn) ne repose que sur du vent.

Les gens à l’origine de cette farce coûteuse qui leur permet de recueillir subventions et budget d’études pour les uns, gros titres catastrophistes en première page des journaux à gros tirages pour d’autres, dons et influences politiques pour des projets de “gouvernance mondiale” pour les derniers, ne méritent que du mépris.

Commentaire n° 2 posté par: miniTAX le 02/02/2007 – 15:36:50

• Cette baisse des émissions de méthane est actuellement incomprise par les chercheurs et représente une surprise.

Charles,
Je pense qu’il faut parler de la baisse de la concentration atmosphérique de méthane (ce qu’on mesure) et non de la baisse des émissions (ce qu’on estime).

Cette dernière étant la grande inconnue, les bilans sur les zones humides, le méthane des pergélisols, des rizières… étant affectés d’incertitudes majeures. On en est même à se demander si les forêts ne seraient pas des gros émetteurs de méthane (cf mesures de l’équipe de l’instutu Max Planck).

Commentaire n° 3 posté par: miniTAX le 02/02/2007 – 16:23:49
Merci, j’ai modifié en ce sens. Sur le crosse de hockey, je vais y venir dans le chapitre concerné (A paleoclimatic perspective). Je trouve incroyable la rhétorique tordue par laquelle les auteurs du GIEC n’ont pas entériné l’enterrement de la crosse – on ne peut guère remonter avec une grande fiabilité au-delà de 400 ans et le seul constat paléo “très probable” à ce jour, c’est que nous sortons d’une période froide à très froide (PAG 1500-1750), ce qui relativise bien sûr le réchauffement récent, dont la dynamique initiale n’est sans doute pas du tout anthropique.

Commentaire n° 4 posté par: Charles Muller le 02/02/2007 – 17:09:32
#2 miniTAX il s’agit pour l’instant du SPM WGI-4; nous verrons bien le détail dans WGI-4 en Mai; la crosse de hockey n’ a pas disparu! on la trouve bien sur les GES; pour les températures (SPM-3) il n’y a que 150 ans représentés avec le niveau des océans et la couverture neige HN (données disponibles); les courbes températures sont bien détaillées SPM-4 et montrent bien la validité des modèles sur 100 ans.

Commentaire n° 5 posté par: papiion le 02/02/2007 – 17:24:23
Euh…bonjour.

Désolé de vous déranger mais j’ai l’impression que vous mettez en doute les conclusions même du rapport.

Pour le CIGEC, la cause c’est les hommes :
Pour ces 2.500 chercheurs venus du monde entier, la planète Terre se réchauffera de 1,8 à 4° d’ici la fin du siècle. Ce changement est particulièrement brusque, à l’échelle climatologique. Et il est provoqué par les activités humaines, en particulier les émissions de gaz à effet de serre comme le Co2. C’est désormais une certitude à 90%, alors que la probabilité n’était que de 66% il y a 5 ans.

Source: http://www.rtbf.be/info/societe/ARTICLE_068223

Je vous ai passé le texte sur la hausse des mers (parce qu’ils oublient d’indiquer le délai…)
Mais l’extrait télévisé montrait une madame qui avait l’air de représenter ces 2.500 scientifiques et qui disait la même chose.

Et je ne vous parle pas des répercussions sur les plus démunis de notre planète, ou même de nous, peinards devant notre ordi.

D’accord pour dire que sur tel ou tel point ils ont oublié un chiffre significatif (j’exagère, je parle de sentiment) ou que leur méthode sont parfois discutables (ici le labo c’est la Terre, et ici je n’exagère pas), mais de là à dire que ce sont des ignares (ce qui n’est d’ailleurs pas dit ici) et qu’ils n’y comprennent rien, et qu’ils tirent de mauvaises conclusions ou des conclusions complètement injustifiées, il n’y a qu’un pas.

OK pour dire que l’Iran ou la grippe aviaire, on nous mène en bateau au niveau catastrophe mais ici, 2.500 chercheurs, des références, disent que c’est l’homme qui est le principal responsable du réchauffement.
Si vous dites: ils se trompent. Vous perdez un point.
Si vous dites: c’est vrai j’admet mais il y a encore beaucoup de choses à savoir pour remplir les 10% d’incertitude, alors OK.

Et dans l’immédiat, autant agir. Ca ralentira quelque part la sur-consommation et les injustices qui sont notre lot quotidien.
(c’était la séquence “benedicite”)

Pour faire dans le plus concret, j’ai envoyé un mail à Jean-Pascal van Ypersele (scientifique belge qui était à la conférence) pour avoir son avis sur la question. J’ai mentionné ce site (très intéressant par ailleurs). On verra s’il en a.

Bonne continuation.
Phano

Commentaire n° 6 posté par: Phano(site web) le 02/02/2007 – 19:05:18
la crosse de hockey n’ a pas disparu! on la trouve bien sur les GES;

#5 papiion,
par crosse de hockey, je parlais bien sûr de la température. D’ailleurs, s’il y a une crosse de hockey des GES mais PAS de la température, ce serait alors difficile d’imputer aux GES la hausse de température. Mauvaise pioche n’est ce pas ?

Commentaire n° 7 posté par: miniTAX le 02/02/2007 – 19:28:20
Gueule de con?! Imposteur?!

Sur le réchauffement, je ne me prononcerai pas. A dire vrai, je garde toujours un esprit critique sur cette problématique, notamment sur la forme hystéroïde qu’elle tend à prendre dans les médias. Mais là, c’est quand même l’hôpital qui se moque de la charité! Pour exiger le respect des autres, il faut les respecter d’abord. Je respecte le courage intellectuel de Charles, qui a su toujours garder son calme et une attitude éthique sur cette question. J’ose espérer qu’il ne cautionne pas de tels propos. Les insultes ad hominem sont stériles et n’ajoutent rien au débat! Je serais curieux d’avoir ton avis sur ce sujet, Charles. Merci de me répondre.

Commentaire n° 8 posté par: Frédéric Bruls le 02/02/2007 – 23:27:49

Si je comprends bien, dans le petit graphique montré plus haut, la couverture nuageuse globale de même que l’humidité sont réputées constantes puisqu’elles n’apparaissent pas en compagnie de l’irradiance solaire parmi les forçages naturels…
Il suffit donc que ces forçages aient varié notablement ces dernières décennies pour des raisons «inconnues» (vent solaire / rayonnement cosmique ?) pour que toutes ces affirmations préremtoires sur la quasi certitude de la responsabilité humaine s’effondrent comme un château de cartes… Ai-je bien compris? Dire qu’il y a 90% des chances que l’homme soit responsable, c’est comme prétendre qu’on a tout mesuré (et que tout était mesurable) et qu’on a quasiment tout compris du fonctionnement du système Soleil-Terre-océan-atmosphère… C’est assez prétentieux comme affirmation il me semble…

Une autre colonne rouge avec cinq fois la largeur de celle du CO2, ça changerait bien des choses n’est-ce pas?…

Mais on n’a pas le temps de réfléchir à tout ça puisque, comme disent les écologistes, «il faut agir»… Si le Science&Vie de décembre montrait en couverture un Paris post-apocalyptique avec une tour Eiffel à l’état de ruine, ça doit être grave, non? 😉 D’ailleurs, je me demande pourquoi Singapour n’y a pas encore passé avec toute cette chaleur équatoriale qui l’assaille à l’année…

Commentaire n° 9 posté par: Martin le 03/02/2007 – 03:50:45

# 8-9 IMPORTANT : je tiens à ce que cette fonction commentaire reste libre, pour permettre le débat. Mais il est hors de question de tolérer les insultes envers des personnes. Mica, j’ai donc supprimé votre commentaire : quelles que soient les raisons d’en vouloir à Jean-Pascal van Ypersele (que je ne connais pas), cela n’autorise pas à l’insulter ici. Vous avez en revanche toute liberté pour critiquer ses déclarations, si elles vous paraissent infondées, en restant dans le domaine de l’argumentation rationnelle et de l’expression courtoise. Merci à tous de respecter les conditions d’un débat contradictoire centré sur le fonds des questions abordées.

PS : j’ajoute qu’il existe une valeur d’exemple à la rationalité et à la courtoisie. Bon nombre d’alarmistes n’hésitent pas à recourir à des procédés lamentables à l’encontre des sceptiques. De tels comportements disqualifient leurs auteurs plus efficacement que n’importe quel argument.

Commentaire n° 10 posté par: Charles Muller le 03/02/2007 – 09:10:30

En ce qui concerne la courtoisie, j’ai vu bon nombre de partisans du réchauffement manier la dérision voire la calomnie à tour de bras.
L’article de Sylvestre Huet, journaliste de Libération, publié à l’automne dernier à l’encontre de Claude Allègre était particulièrement révélateur. C’est tout juste si l’ancien ministre ne passait pas pour un excité, original et pas très sérieux dans son métier face à un “gentil” Jean Jouzel, calme et compétent…

L’état d’esprit est tel que certains parlent d’instituer un “délit de négationnisme” du réchauffement !


Ces derniers jours sont des jours sombres pour la science climatique et la science en général. Je crois que l’histoire s’en souviendra.

————————
Est-ce que quelqu’un sait ici comment le Giec explique les variations climatiques des 1000 dernières années en europe ?
(réchauffement de 1300, puis petit âge glaciaire…)
L’explique-t-il seulement ?

Merci pour toutes les réponses et suggestions et encore bravo pour ce site courageux.
Murps.

Commentaire n° 11 posté par: Murps le 03/02/2007 – 09:29:00

#6 Phano : En lisant attentivement, vous constaterez que je mets pour l’essentiel en question la manière dont le SPM présente les choses. Car le SPM est un document politique et médiatique (les chercheurs en conviennent), de sorte que l’on y opère des sélections arbitraires d’informations scientifiques à l’usage des décideurs et des opinions.
Ensuite, il y a aussi des distorsions scientifiques à débattre. Exemple : Rahmstorf et al. s’apprêtent à publier dans Science un papier montrant que les prévisions des modèles GIEC sont très correctes, voire un peu inférieures aux observations pour 1990-2005. Il est quand même incroyable de faire cet exercice sans préciser que la période en question commence par l’éruption Pinatubo (1991), qui a plombé à la baisse de 0,5 K les premières années, suivi d’un El Nino du siècle (1998), qui a renforcé la pente du réchauffement. Sans cette variabilité naturelle, on constaterait que seules les valeurs les plus basses du GIEC collent à peu près aux observations. La pente du réchauffement le plus récent (1977-2006, 30 ans minimum pour juger une tendance climato) est de 0,16 à 0,17 K / décennie selon les bases de données, bien en dessous des 0,2-0,3 K / décennie promis par les modèles.

#9, Martin : humidité et couverture nuageuse sont considérés comme des rétroactions aux forçages, et non des forçages. C’est la raison pour laquelle ils n’apparaissent pas dans le tableau.

Dans l’hypothèse où les variations d’irradiance solaire induisent des variations de nébulosité (Svensmark, Shaviv, etc.), cela conduirait à réévaluer en effet la part du soleil dans l’évolution climatique.

Sur le fond, vous avez entièrement raison. J’y reviendrai dans la critique du chapitre “Attributing climate change”, où le GIEC continue de prétendre que les modèles actuels peuvent raisonnablement évaluer la part des GES dans le réchauffement récent, et aggrave son cas en passant de “likely” à “very likely”, comme si les progrès 2001-2006 avaient été décisifs en la matière. Interpréter un signal de 0,49 K sur 30 ans (1977-2006) avec la grossièreté des paramétrisations actuelles et la pauvreté des mesures (aérosols et nébulosité notamment), c’est effarant.

Commentaire n° 12 posté par: Charles Muller le 03/02/2007 – 09:39:20

Sur la question de la montee des mers. Je me faisait cette reflexion. Les alarmistes predisent 58 cm de montee d eau, mais si on compare ce chiffre aux marees, n est ce pas negligeable?
Qu en pensez vous?

Commentaire n° 13 posté par: nicolas(site web) le 03/02/2007 – 15:11:35

#13 J’en parlerai dans la critique du chapitre sur les projections 2100. Il est évident que les valeurs du GIEC 2007 sur le niveau des mers 18-59 cm (18-51 cm en excluant le scénario irréaliste A1FI) sont une bonne nouvelle pour l’humanité, une mauvaise nouvelle pour ceux qui prospèrent et spéculent sur les malheurs hypothétiques de cette humanité. En effet, la moindre station balnéaire a généralement sur ses plages une digue de 2 mètres ou plus pour faire face aux grandes marées ou aux tempêtes, quand les dunes ou les falaises ne font pas office de barrière naturelle. De l’avis de toute personne raisonnable, une hausse de 18-51 cm d’ici 2100 ne représente aucun danger majeur, et peut donner lieu à une adaptation progressive et sans douleur là où cela sera nécessaire

Commentaire n° 14 posté par: Charles Muller le 04/02/2007 – 06:20:50
On retrouve dans ce commentaire toutes les erreurs “classiques” d’interprétation:

-confusion des notions de concentrations et d’émissions (pour le méthane),

-la comparaison absurde de l’impact radiatif des aérosols naturels et anthropiques avec l’impact radiatif du CO2 anthropique seul. Les aérosols naturels (principalement sels marins contribuent beaucoup au chiffre de -5 Wm-2 que vous citez et cela ne varie quasiment pas d’une année sur l’autre).

-un traitement très rustique des incertitudes (les incertitudes s’additionnent de manière quadratique et non linéaire), les intervallles que vous citez ne veulent pas dire grand chose en terme de probabilités (le GIC raisonne maintenant en terme de probabilité)

-le climat se fout pas mal des émissions par habitant ou par unité de PNB.

-le forçage radiatif reste le meilleur indicateur du réchauffement global avec des efficacités climatiques proches de 1 pour la plupart des forçages. Régionalement le bilan de surface peut servir mais la littérature sur le sujet est encore très faible donc le choix du GIEC de l’ignorer est logique. Le rapport américain que vous citez fait une recommendation mais le GIEC ne peut l’appliquer si la littérature scientifique n’est pas là.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire…

Commentaire n° 15 posté par: oligan le 04/02/2007 – 12:14:44
“le GIC raisonne maintenant en terme de probabilité”

oligan,
Que voulez-vous dire par votre phrase, si tant est qu’elle voudrait dire quelque chose ?

Le GIEC raisonne en termes de probabilité quand il s’agit de probabilité (par exemple les projections dans le futur), et en termes d’incertitude quand il s’agit d’incertitude (par exemple les mesures passées ou présentes).
Quant à la “probabilité des scénarios”, il s’agit plus de la voyance informatisée que de la science ou des mathématiques. Mais ça, vous devez certainement le savoir.

Commentaire n° 16 posté par: miniTAX le 04/02/2007 – 14:15:44

#15 Oligan. Merci de vos critiques. Brèves réponses.

– sur le CH4, le fait massif est une stagnation de sa concentration atm., non expliquée, non compatible avec les SRES, évidemment non mise en évidence par le SPM. Un peu gênant quand on prétend projeter sur 100 ans la réaction du climat aux GES.

– le rappel des aérosols (leur seul effet direct en ciel clair, sans compter les effets indirects) donne un ordre de grandeur, toujours utile. J’aurais dû préciser d’ailleurs que cette estimation souffre elle-même des incertitudes liées aux instruments et aux algorithmes de correction de leurs données brutes (réflectance de la surface de mer, etc.). Ces seules mesures en ciel clair ne nous donnent d’ailleurs pas d’indications sur les tendances annuelles globales des aérosols naturels (et anthropiques), de sorte que leur stabilité me semble un présupposé et non un fait d’observation. Mais je suis preneur de références (pas seulement le sel, mais aussi DMS, terpènes, etc.) pour justifier votre idée d’une absence de tendances annuelles ou décennales. Plus généralement, que la variation des aérosols soit négligeable pour comprendre les évolutions locales du climat ne tient guère. Exemple récent : Lubin et Vogelmann (2006), mettant en lumière un effet indirect de 3,4 W/m2 sur l’Arctique depuis 1997. “Under frequently occurring cloud types we find that this leads to an increase of an average 3.4 watts per square metre in the surface longwave fluxes. This is comparable to a warming effect from established greenhouse gases and implies that the observed longwave enhancement is climatologically significant.” Mais bien sûr, le schéma GES > réchauffement > amplification polaire est sans doute plus simple et plus facile à médiatiser.

– incertitudes, probabilités : le GIEC lui-même reste assez silencieux sur la méthode choisie pour extraire des “best estimates”. Dommage, puisque c’est présenté comme une grande nouveauté de l’AR4. Peut-être pourrez-vous m’indiquer l’annexe / le chapitre du Rapport complet où sont expliqués et calculés les chiffres du SPM?

– budget de surface : visitez le blog de Pielke (en lien page d’accueil) pour avoir un aperçu rapide de la littérature, qui n’est pas si faible que cela. Qu’il s’agisse des observations du réchauffement ou de l’estimation de la sensibilité climatique, ce sont bien les températures de surface qui sont utilisées comme métrique principale. Donc, ne pas prendre en compte l’ensemble des facteurs influant cette Ts à l’échelle régionale (ergo moyenne globale) semble assez étrange. Sans parler des effets autres que les Ts, comme les précipitations ou les modifications de circulation atm.

Commentaire n° 17 posté par: Charles Muller le 04/02/2007 – 17:58:34

#15 A nouveau.

Je m’aperçois que j’ai oublié cet argument :
“le climat se fout pas mal des émissions par habitant ou par unité de PNB.”

Le GIEC a mis au point des scénarios d’émission (SRES) lui permettant de définir une fourchette de réchauffement attendu pour 2100. Les SRES commencent à diverger sensiblement vers 2040-2050 et pour la seconde moitié du siècle, entre ceux qui anticipent un ralentissement, voire un déclin des émissions, ceux qui envisagent une continuation, voire une augmentation.

Pour analyser la plausibilité de ces différents scénarios, les tendances à long terme des émissions par habitant sont une donnée importante puisqu’elles signalent les progrès des rendements énergétiques et/ou les évolutions du mix énergétique (la part du fossile dans la production et la consommation totales d’énergie). Alors que les 20 dernières années ont connu une solide croissance démographique et surtout une non moins solide croissance économique des NPI (env. 3 milliards d’individus concernés), cela ne s’est pas traduit par une “explosion” des émissions per capita, comme c’était le cas lors des Trente Glorieuses (première partie de la courbe). Je pense que l’on ne peut pas “se foutre” complètement de cette tendance pour essayer d’anticiper ce siècle – je comprends très bien en revanche qu’on ne la signale pas dans un texte à usage politique et médiatique (SPM).

Pour lire l’article sur son site d’origine

Lire la suite :

Suite de notre analyse du Résumé pour décideurs GIEC 2007, avec le bilan des observations sur le siècle passé. Rappel : ces articles sont susceptibles d’être mis à jour, en fonction de nos lectures ou des critiques que vous pourrez apporter dans la fonction commentaire et qui seront, le cas échéant, intégrées dans le texte.

A retenir :

La hausse récente des températures (0,13°C/décennie depuis 1950, 0,17°C/décennie depuis 1977) confirme le réchauffement récent, mais conserve une pente comparable à celle du réchauffement observé lors de la première moitié du XXe siècle (0,14°C/décennie).

• La hausse du niveau des mers au XXe siècle se situe entre 12 et 22 cm. L’accélération récente du taux annuel de hausse mesuré par satellite (3,1mm/an, (2,4-3,8) sur 1993-2003) ne peut être clairement attribuée (variabilité décennale ou début de tendance à long terme).

• Les variations de fréquence ou d’intensité des événements extrêmes restent pour le moment hypothétiques (probabilité de 66-90%) en raison de la mauvaise qualité des données. La part humaine dans ces éventuelles variations est plus hypothétique encore (probabilité de 50-66%).

GIEC : Onze des 12 dernières années (1995-2006) se placent parmi les 12 années les plus chaudes des relevés instrumentaux de température (depuis 1850). La tendance linéaire mise à jour (1906-2005) est de 0,74 °C (0,56-0,92) est plus importante que la tendance correspondante pour 1901-2000 donnée dans l’AR3, de 0,6 °C (0,4-0,8 °C). La tendance linéaire des 50 dernières années (0,13 °C/décennie 0,10-0,16) est près de deux fois celle des 100 dernières années. La hausse totale des températures de 1850-1899 à 2001-2005 est de 0,76 °C (±0,19).

Commentaire :

• Que les dernières années présentent des « records » de température est logique, puisque tout le monde reconnaît que nous sommes en phase de réchauffement global depuis 150 ans. Selon l’OMM, le Hadley Center – CRU, les bases satellites UAH et RSS, l’année 1998 marque toujours le « record » des années récentes, aucune année de la période 1999-2006 ne l’ayant égalé.

• On note que les incertitudes des mesures elles-mêmes sont encore fortes (±0,18 °C pour 1906-2005, ce qui représente environ 25% de la valeur médiane retenue). Quand on sait que les températures de surface sont censées être la mesure la plus ancienne et la plus fiable de la météorologie mondiale, cela donne une idée de la qualité des autres observations (précipitations, vents, extension des glaces, etc.), donc de la fiabilité des contrôles des modèles par leur confrontation aux données.

• La présentation du GIEC rend mal compte du fait suivant : le réchauffement moderne s’est tenu en deux phases statistiquement signifcatives, 1920-1945 et 1977-présent, avec une phase de léger refroidissement au milieu (Jones et Moberg 2003). Pour évaluer l’accélération récente du réchauffement, il faut donc comparer ces deux phases.

• Le GIEC ne cite pas la pente la plus récente des températures moyennes globales, à savoir 1977-2006 (dernière série trentenaire de référence). Le réchauffement global observé pendant cette période varie de 0,49°C (Nasa Giss) à 0,54°C (Hadley Center-CRU). Soit une pente de 0,16-0,17°C / décennie. Cette pente reste comparable à celle du réchauffement de la première moitié du XXe siècle (0,41°C entre 1916 et 1945), époque où le forçage des gaz à effet de serre était bien moindre.

GIEC : De nouvelles analyses des mesures par ballons-sondes et satellites montrent que la moyenne et haute troposphère a connu des taux de réchauffement similaires à ceux de la surface.

• Le récent et important rapport de synthèse (Thomas et al. 2006) à ce sujet, commenté ici, montre que les modèles et les observations continuent de diverger de manière importante au niveau des Tropiques (20°S-20°S), zone qui représente environ la moitié de l’atmosphère terrestre totale et où se joue une part essentielle des échanges radiatifs-convectifs.

• Les bases de données satellitaires présentent encore des différences importantes d’analyse dans les mesures MSU, aboutissant à des tendances décennales de 0,10 à 0,20 °C (1979-2004), soit un facteur 2 d’incertitude, sans que l’on puisse trancher sur l’estimation le plus correcte.

GIEC : La hausse du niveau des mers est estimée à 1,8 mm/an (1,3-2,3) entre 1961 et 2003. Le taux est plus élevé depuis les mesures satellitaires : 3,1 mm/an (2,4-3,8) entre 1993 et 2003. Il n’est pas possible de dire si ce taux plus élevé de 1993 à 2003 reflète la variabilité décennale ou une augmentation à long terme. Il y a une haute confiance dans le fait que le rythme de hausse du niveau des mers s’est accru entre le XIXe et le XXe siècle. Au total, la hausse du niveau des mers au XXe siècle est estimée à 0,17 m (0,12-0,22).

Commentaire :

• On ne peut pas attribuer un haut degré de confiance dans l’accélération du rythme de hausse du niveau des mers. La seule étude récente ayant constaté le phénomène (Church 2006) l’évalue à 0,013 mm/an/an (treize millièmes de millimètres) et les données du XIXe siècle ont une marge d’incertitude très importante. D’autres travaux récents ont montré des hausses plus soutenues en première qu’en seconde moitié de XXe siècle (Jevrejeva 2006). Voir ici

• Pour donner un ordre de grandeur, des événements comme El Nino / La Nina 1977/1998 se traduisent par des variations de niveau de la mer de 15 mm en l’espace d’une seule année (SD-5.5.2.1)

• La seule donnée fiable est donc une hausse du niveau des mers comprise entre 12 et 22 centimètres au XXe siècle, ce qui n’a bien sûr rien de catastrophique.

GIEC : tableau de synthèse des événements extrêmes.

Commentaire :

• Le Rapport complet précise que dans bon nombre de régions du monde, on manque de données journalières fiables sur le long terme (SD-3.8.1) pour estimer les tendances des événements extrêmes. Ce qui s’applique notamment aux tempêtes et à l’intensité des cyclones (SD-3.5.3). Le GIEC ne s’engage donc pas de manière claire sur l’existence même d’une tendance observée des événements extrêmes (likely signifie vraisemblable avec une probabilité > 66%), encore moins sur l’éventuelle part anthropique de cette éventuelle tendance (more likely than not : 50-66%).

Nota : les mentions SD renvoient au Second Draft du rapport complet du GIEC, suivies des chiffres des chapitres et paragraphes concernés.

Références
Church J.A., N.J. White (2006), A 20th century acceleration in global sea-level rise, Geoph. Res. Lett., 33, L01602, doi:10.1029/2005GL024826.
Jevrejeva, S. et al. (2006, Nonlinear trends and multiyear cycles in sea level records, J. Geoph. Res. Oceans, 111: 10.1029/2005JC003229.
Jones P.D., A. Moberg (2003), Hemispheric and large-scale surface air temperature variations: an extensive revision and update to 2001, J. Clim., 16, 201-223.
Thomas R. Karl, Susan J. Hassol, Christopher D. Miller, and William L. Murray (ed.) (2006), Temperature Trends in the Lower Atmosphere: Steps for Understanding and Reconciling Differences, Climate Change Science Program and the Subcommittee on Global Change Research, Washington (DC).

Dernière mise à jour : 03-02-07

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