2 février 2023
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Le Hamas, le Proche-Orient et la sirène

Il y avait de quoi aiguiser la curiosité des journalistes. C’était, en effet, la première conférence de presse que donnait Hind Khoury, nouvelle déléguée palestinienne en France, dans un contexte particulièrement riche : installation du Hamas, mouvement terroriste, au pouvoir chez les Palestiniens et nouvelle coalition, autour du parti centriste Kadima, fondé par Ariel Sharon, au pouvoir en Israël. Et puis, une autre question se posait, plus futile, celle-là, mais pas seulement, celle de savoir comment serait celle qui remplace la déléguée précédente, au tempérament de bulldozer.
L’invitation avait été lancée par un journaliste israélien, président du Club de la Presse étrangère à Paris pour le 6 avril dans les locaux de ce club.
A la différence de Leïla Shahid, qui occupait ce poste auparavant, Hind Khoury est posée, aimable, à l’écoute. Elle dégage un charme discret et répugne, par exemple, à utiliser des termes comme « apartheid » ou « épuration ethnique » que lui souffle un journaliste arabe.

Mais une grande partie du discours reste le même et malmène quelque peu la vérité sur le terrain : « occupation, » « annexions, » « Palestiniens privés de réserves d’eau ou de terres agricoles, » « isolation, » « mur loin de la Ligne Verte. » Un semblant de dialogue s’instaure cependant parfois avec elle. A propos des changements dans la donne proche-orientale côté palestinien elle souligne que, lors des récentes élections législatives, il y a eu « un choix démocratique, » ajoutant « qu’il n’est pas acceptable que le peuple soit puni pour son choix. » Avec cet appel : « il faut donner au nouveau gouvernement une chance et le temps de s’adapter. » Mais ce « temps,» elle ne peut en déterminer la durée. Et, en attendant, le Hamas au pouvoir persiste et signe dans son idéologie faite de refus et d’incitation au terrorisme.

Lorsqu’ elle prévient que « les Palestiniens sont au bord d’une catastrophe humanitaire, que l’Autorité Palestinienne risque de s’effondrer » et se montre certaine que « certains mécanismes permettront que les dons soient donnés au Président pour qu’il paye les salaires de l’Autorité Palestinienne, » ce type d’argument ne semble pas avoir d’écho auprès de l’Union Européenne. Celle-ci décidait, en effet, le lendemain, 7 avril, d’interrompre tout versement de fonds – à l’exception de l’aide humanitaire- si le Hamas ne reconnaît pas Israël et les accords passés et ne renonce pas à la violence. « Chantage » rétorqueront alors les dirigeants du Hamas qui, contrairement à un certain nombre de rumeurs, ne semblent guère prêts pour l’heure à renoncer au terrorisme. Et il faut noter que les Etats-Unis ont également stoppé tout versement pour les mêmes raisons.

Sur le chapitre du terrorisme et de l’incitation au terrorisme et à la haine qui continue sur le site Internet du Hamas – voir www.pmw.org.il – Hind Khoury dit « ne pas être d’accord, mais qu’il y a beaucoup d’opinions » et, déclare, encore une fois, « qu’ils ont besoin de temps dans cette situation nouvelle et inattendue. » Elle affirme également que « le Hamas respecte la trève qu’il a déclaré. » Mais il faut dire que d’autres groupes terroristes ont pris le relais. Comme cela a été le cas récemment lors de l’attentat suicide de Kedoumim au cours duquel un couple âgé, une jeune femme de 20 ans et un adolescent de 16 ans ont été assassinés. Attentat perpétré par les Brigades des Martyrs d’Al-Aksa, branche armée du Fatah de Mahmoud Abbas, « homme de paix »…..Sans oublier les roquettes Qassam tirées quotidiennement depuis la Bande de Gaza, évacué par Tsahal, fief du Hamas, sur le sud d’Israël. Or, personne ne peut plus invoquer de quelconque « occupation » dans ce secteur palestinien.

Alors, qui peut croire Hind Khoury lorsqu’elle parle d’un Hamas qui « avance vers la modération… » Quant à l’entente qui existerait, selon elle, entre Mahmoud Abbas et le Hamas, les faits sur le terrain démentent ses affirmations. Le Président palestinien vient de prendre le contrôle de points de passage et nommé un responsable de la sécurité « unilatéralement » en quelque sorte et cela est loin d’être du goût du mouvement au pouvoir. Des désaccords qui n’ont pu être aplanis jusqu’ici en dépit de rencontres à cet effet.
Il en va de même lorsqu’il est question d’un futur retrait israélien de zones de Cisjordanie, cette fois. « J’espère que le gouvernement israélien négociera, » dit-elle, « et la question principale est de savoir si Israël reconnaît le droit des Palestiniens à avoir un Etat dans les frontières de 67. »

Elle ajoute espérer « des déclarations dans ce sens du nouveau gouvernement israélien » – qui a d’ores et déjà dit et répété qu’il était en faveur d’un Etat palestinien, y compris tout récemment, ce qui, apparemment, n’a pas été entendu côté palestinien – et rejette toute idée de « retrait unilatéral. » Affirmant, par ailleurs, que « les négociations ne se feraient pas avec le Hamas mais avec le Président Mahmoud Abbas. » Celui-ci, dit-elle, « est un homme de paix, pour un état de droit, chargé des négociations, de la sécurité et de la politique extérieure, le Hamas étant surtout chargé des services au peuple palestinien, des questions interne, comme l’économie et l’éducation. » Il semble, pourtant que ce sont bien des responsables du Hamas, à commencer par le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères, qui s’expriment sur ces questions de politique extérieure actuellement. Avec, d’ailleurs, des affirmations contradictoires sur une éventuelle reconnaissance d’Israël, aussitôt démentie, ou des remarques acerbes concernant l’attitude de l’Union européenne. Quant à imaginer ce que donnerait un système éducatif géré par un mouvement terroriste islamiste…

En ce qui concerne les « coffres vides, » qu’en est-il des 700 millions détournés par des responsables palestiniens, comme l’avait annoncé le Procureur palestinien à la veille des élections législatives et à la suite d’une enquête ? Somme qui devait être révisée à la hausse et pouvait atteindre des milliards, avait-il précisé. Ces chiffres Hind Khoury, ministre pour les Affaires de Jérusalem du gouvernement précédent, les réfute mais ne peut toutefois donner de montant exact. Et l’on se souvient aussi, par exemple, des 900 millions que sétait attribué Yasser Arafat – selon le FMI-, entre autres sommes détournées. Yasser Arafat qui était l’un des hommes les plus riches de la planète, selon le magazine Forbes et versait une rente de 100.000 dollars mensuels à son épouse, alors que 40 % de la population palestinienne vit avec 2 $ par jour. En un peu plus de 10 ans ce sont 10 milliards de dollars d’aide internationale qui ont été ainsi donnés à l’Autorité Palestinienne, l’UE versant plus de 400 millions de dollars par an ….

Certes, comme le dit la nouvelle déléguée palestinienne, « il y a moins de corruption » actuellement car « il y a eu des réformes depuis 1993. » Réformes obtenues grâce aux pressions exercées par des donateurs finalement excédés mais bien tardives et insuffisantes.
Alors, l’Autorité Palestinienne se tournera-t-elle vers l’Iran pour remplir ses caisses ? « Le Hamas a intérêt à la paix mais a pris beaucoup de contacts avec des pays arabes et musulmans… » répond-t-elle, évasive. Mais elle met en garde contre « un effondrement de l’Autorité Palestinienne, dont personne ne veut » affirmant qu’alors « ce serait de la responsabilité d’Israël d’assurer que les Palestiniens aient une maison, un travail et une éducation si l’Autorité Palestinienne n’est pas en mesure de leur donner ces services. »

Elle garde pourtant l’espoir que « le Hamas, très pragmatique, s’adaptera plus vite que l’OLP ne l’a fait par le passé, » car « Mahmoud Abbas travaille de manière positive avec le Hamas dans le cadre des accords signés. » Wishful thinking ? L’espère-t-elle vraiment ? Ou fait-elle contre mauvaise fortune bon coeur ? Quoi qu’il en soit elle n’a guère le choix et se doit de tenir ce type de langage. Les jours et les semaines à venir seront déterminantes. Et, peut-être, contre toute espérance, le Hamas deviendra-t-il, en effet pragmatique? Mais la Bible nous dit que « le léopard ne peut changer ses taches…. »

Réalités sur le terrain


Le 2 avril Israël menait un raid aérien contre un terrain de football et une place de la Bande de Gaza, après avoir vérifié qu’ils étaient vides. Tirs aussi contre un casino également utilisé pour lancer des roquettes contre Israël. Onze Kassam avaient été tirées le week-end précédent et il y a eu un tir de Katushya pour la première fois le 27 avril contre le sud d’Israël. Katushyas qui avaient été très largement utilisées par le Hezbollah pour attaquer le nord d’Israël. L’aviation israélienne a également effectué des lâchers de prospectus demandant aux Palestiniens « pendant combien de temps allez-vous laisser des terroristes contrôler votre vie et votre avenir ? »
Mais rien n’y a fait et le 9 avril le ministère des Affaires étrangères israélien annonçait que l’armée israélienne avait dû mener une attaque aérienne à Gaza le 7 avril contre des zones utilisées quotidiennement par des terroristes palestiniens pour lancer des attaques à la roquette contre les populations civiles et les infrastructures du sud d’Israël. Soit quarante roquettes en une semaine. Grâce à l’imprécision des tirs et au hasard on ne compte cette fois qu’un blessé israélien, plusieurs personnes en état de choc et des dégâts matériels. Mais cette véritable pluie de roquettes empoisonne la vie de ces populations. Et il est tout à fait évident que rien n’est fait par l’Autorité Palestinienne pour y mettre un terme.
Attaques aériennes israéliennes également contre des centres de recrutement des Brigades des Martyrs d’Al Aksa, des terroristes appartenant à ces Brigades ou au Comités de Résistance Populaire ou des centres d’entraînement terroristes du Fatah dans les jours suivants.

Ehoud Olmert a exprimé ses regrets en apprenant qu’une fillette palestinienne a été tuée alors qu’elle se trouvait dans une voiture utilisée par des terroristes qui allaient perpétrer un attentat et a été la cible d’une frappe israélienne.
Par ailleurs plusieurs opérations ont été menées par les services de sécurité israéliens pour arrêter des terroristes coupables d’attaques et de meurtres ou démanteler des infrastructures terroristes à Bethlehem, Naplouse ou Jénine où une fabrique de bombes a été découverte le 15 avril.
Le Jihad islamique promet de cesser ses tirs de roquette sur Israël, le Fatah promet de poursuivre ces tirs. Politique du « si ce n’est moi, c’est donc mon frère »…
On est loin, on le voit, de quelconques gestes de bonne volonté de la part des organisations terroristes palestiniennes, qu’elles soient les branches armées du Jihad Islamique ou du Fatah de Mahmoud Abbas. A l’issue d’une réunion du Cabinet israélien le gouvernement israélien a d’ailleurs fait savoir qu’il suspendait tout contact avec une « Autorité Palestinienne hostile », précisant que celle-ci « n’a pas deux têtes. » Même s’il précise qu’il n’y a pas de condamnation de Mahmoud Abbas. Cependant Israël continuera à oeuvrer avec d’autres pays pour qu’une aide humanitaire puisse être envoyée aux Palestiniens.

13 avril 2006


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