1 décembre 2021

Pétition contre l’extrême droite islamiste en action

Une pétition signée par une vingtaine de personnes a été adressée au CSA pour dénoncer les propos tenus par Georges Bensoussan lors de l'émission « Répliques » sur France Culture le samedi 10/10/2015. Le MRAP entame une démarche identique et déclare qu’il entend  « faire citer Georges Bensoussan devant le tribunal correctionnel pour injures racistes et provocation à la haine et à la violence raciste ». De leurs côtés les sites internet Palestine solidarité et  Oumma.com s’associent à ces dénonciations dans des termes d’une extrême violence. Oumma.com publie un appel à la guerre civile sous la plume de Jacques Marie Bourget :

« L’énormité se passe de commentaires. Avec Finkielkraut à la barre, dans son émission "Répliques", tribune offerte par le service public, c’est-à-dire nos impôts, tout est possible et la zemmourisation poursuit de courir son train infernal. Ainsi, le 10 octobre, voici ce que l’immense philosophe de la haine a permis d’entendre. Celui qui parle est Georges Bensoussan, un historien, rédacteur en chef de la « Revue d’histoire de la Shoah » et aussi responsable éditorial au Mémorial de la Shoah : « Aujourd’hui nous sommes en présence d’un autre peuple au sein de la nation française, qui fait régresser un certain nombre de valeurs démocratiques qui nous ont portés. (…). Il n’y aura pas d’intégration tant qu’on ne se sera pas débarrassé de cet antisémitisme atavique qui est tu, comme un secret. Il se trouve qu’un sociologue algérien, Smaïn Laacher, d’un très grand courage, vient de dire dans le film qui passera sur France 3 : « C’est une honte que de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère » Je n’ai pas entendu dire que le CSA ou la direction de France Culture, s’ils existent encore, avaient rappelé Finkielkraut à ne pas propager haine et mensonge. Car, si l’antisémitisme n’est pas une opinion mais un délit, il doit en aller de même de l’islamophobie la plus grotesque et primaire. À Smaïn Laacher, qui n’est pas Gandhi, on pourrait faire remarquer que ce que les musulmans français « tètent », ce n’est pas l’antisémitisme mais d’abord le lait d’amertume, celui de l’injustice historique faite au peuple palestinien. Si personne ne vient crier « halte à la haine », armons-nous et préparons dès maintenant la guerre civile ».

Les signataires de la présente lettre tiennent à apporter les précisions suivantes :

    il faut remarquer que c’est d'abord l’émission Répliques elle-même qui est mise en cause, et ceci dans des termes qui ne font pas honneur aux auteurs de la dénonciation et qui surtout l’invalident dans sa totalité. On peut d'ailleurs se demander si en réalité cette lettre de dénonciation n’a pas pour objectif principal l’interdiction de cette émission.

    Cette démarche participe d’une stratégie d’intimidation visant l’interdiction professionnelle. « Répliques », Pierre-André Taguieff et d’autres ont déjà été l’objet dans le passé de telles attaques. Aujourd’hui c’est l’activité professionnelle de Georges Bensoussan qui est visée. Le faire taire, interdire toute parole lucide semble être l’objectif de cette nouvelle police de la pensée. Que celle-ci se pare des plumes de l’antiracisme ne change rien à l’affaire.

    En ce qui concerne Georges Bensoussan il est indigne d'écrire que les propos tenus sont des propos racistes car l'ensemble de ses travaux, de ses livres, de ses enseignements, sont radicalement étrangers à un quelconque racisme.

    Georges Bensoussan évoque avec lucidité et courage l'antisémitisme de personnes d'origine musulmane. Il n'est pas le premier à le dire puisque de très grands intellectuels, notamment maghrébins, l’ont souligné en faisant remarquer qu'il était plus facile de se voiler la face que de dire le réel dans sa crudité, sans pour cela tomber dans un racisme nauséabond. Boualem Sansal, Kamel Daoud, Fethi Benslama, Riad Sattouf,  pour ne citer que des auteurs reconnus en France, ont largement décrit et dénoncé ces éléments culturels hélas fréquemment présents dans les mentalités de ces populations. Dans l’émission Répliques, Georges Bensoussan s’est limité à paraphraser les propos du sociologue d’origine algérienne Smaïn Laacher qui déclarait en l’occurrence : "donc cet antisémitisme il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est dans l’espace domestique et il est quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue. Une des insultes des parents à leurs enfants quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juif. Mais ça toutes les familles arabes le savent. C’est une hypocrisie monumentale que de ne pas voir que cet antisémitisme il est d’abord domestique et bien évidemment il est sans aucun doute renforcé, durci, légitimé, quasi naturalisé au travers d’un certain nombre de distinctions à l’extérieur. Mais il le trouvera chez lui, et puis il n’y aura pas de discontinuité radicale entre chez lui et l’environnement extérieur parce que l’environnement extérieur en réalité était le plus souvent dans ce qu’on appelle les ghettos, il est là, il est dans l’air que l’on respire. Il n’est pas du tout étranger et il est même difficile d’y échapper en particulier quand on se retrouve entre soi, ce sont les mêmes mots qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde qui circulent. Ce sont souvent les mêmes visions du monde, fondées sur les mêmes oppositions et en particulier cette première opposition qui est l’opposition « eux et nous ». Et après sur cette grande opposition, sur cette grande bipolarité et bien se construisent une multiplicité d’oppositions entre les nationalités, entres les ethnies, etc ». Nulle part on ne peut trouver trace d’arguments"téter avec le lait de la mère", employée par Georges Bensoussan, n'a fait qu'exprimer à travers une métaphore ce que déclare Smaïn Laacher.

    Évoquer un « glissement assuré d'un racisme culturel à un racisme biologique » relève de la plus parfaite mauvaise foi. Depuis plus de 20 ans Georges Bensoussan développe ses analyses du racisme dans la Revue d'Histoire de la Shoah et notamment dans le numéro intitulé « Classer – Penser – Exclure. De l'eugénisme à l'hygiène raciale » numéro que les pourfendeurs de cet historien n'avaient manifestement pas lu avant de lancer cette accusation diffamatoire.

    Le moment présent participe d’un renouveau des crispations autour des choses juives auxquelles la situation qui prévaut actuellement en Israël n’est pas étrangère. C’est la raison pour laquelle nous devons affirmer notre soutien sans réserve à Georges Bensoussan, en saluant son courage intellectuel et sa liberté de parole. Ses diffamateurs se gardent bien de s’interroger sur les faits, assurément gênants, qu’il évoque : ils se contentent d’accuser, de dénoncer, de salir et de menacer. La haine des Juifs s’inscrit dans des stratégies sans cesse renouvelées.

Le combat pour ce dévoilement est le nôtre.



Pierre-André Taguieff,

Philippe de Lara,

Denis Charbit,

Michel Zaoui,

Fréderic Encel,

Michel Gad Wolkowicz,

Eric Marty,

Michaël Bar Zvi,

Yves Ternon,

Michèle Tribalat,

Jacques Tarnero,

Monette Vacquin,

Henri Vacquin,

Philippe Gumplowicz,

André Senik,

Richard Prasquier,

Yves Charles Zarka,

Catherine Chalier



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