28 octobre 2026

Chronique de la déraison pure

L’actualité nous offre une parfaite illustration du brio avec lequel la technostructure contemporaine organise sa propre faillite économique et morale. En France, la publication des derniers rapports budgétaires confirme le grand paradoxe de notre modèle hygiéno-scientiste : l’injection massive de 85 milliards d’euros de fonds publics dans les mécanismes de redistribution n’a produit qu’un taux d’inefficacité record, où 72 % des aides directes finissent par décourager l’effort entrepreneurial au profit d’un assistanat institutionnalisé. Nous revoici plongés dans les pires travers de la fin de l’Ancien Régime ou de la dérive bureaucratique de l’URSS, où l’État, transformé en Léviathan impotent, prélève sur le travail pour subventionner l’inertie collective sous prétexte de nous protéger de nous-mêmes.

Ce grand détournement de l’argent public produit exactement l’inverse des promesses eschatologiques de nos ministères : au lieu de la paix sociale, il fertilise le terrain de la frustration et de l’envie, ces deux mamelles historiques des jacqueries et des pillages urbains. En récompensant le renoncement et en taxant l’audace, ce système régressif travestit le mot « progrès » pour imposer une logique de décroissance et de repli qui nous tire irrémédiablement en arrière. Le véritable progressisme a toujours résidé dans l’amélioration et la transmission des acquis civilisationnels pour tous, et non dans le confort d’une caste qui se pare hypocritement du masque de l’ouverture et de la tolérance pour mieux masquer sa nature inquisitrice.

À l’échelle internationale, le spectacle n’est guère plus réjouissant : le sommet des BRICS met en scène la même hypocrisie distributive, où les grands discours contre le nihilisme affairiste occidental masquent mal une captation des richesses par de nouvelles oligarchies impériales. Pendant que le Conseil Constitutionnel et les Archontes européens débattent du sexe des anges juridiques pour bloquer toute réforme de bon sens, le réel géopolitique, lui, ne fait pas de sentiment. L’Occident, englué dans sa servitude volontaire et sa haine de soi, continue de financer ses propres fossoyeurs par le biais d’agences multilatérales totalement déconnectées des faits, préférant sacrifier le génie humain sur l’autel d’un égalitarisme de façade.

Comme l’aurait souligné Jean Dutourd avec cette ironie gauloise qui s’amuse du « face d’ange » des tartuffes du jour, l’homme contemporain a ceci de fascinant qu’il est capable de sauter dans le gouffre avec enthousiasme, pourvu que la chute soit labellisée « inclusive ». Regarder cette journée à travers « l’œil brisé » de la sociologie critique, c’est constater que la Secte Globale continue de confondre le bien commun avec la réglementation de notre déclin. Mais rassurons-nous : la faillite est proche, et elle sera, à n’en pas douter, éco-responsable et validée par un comité d’experts en blouse blanche.


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