31 janvier 2023
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Sortir de la Matrice

En réalité, alors que nous avons l’impression de travailler, de baiser, de faire du sport, nous sommes tous plongés dans un sommeil artificiel , ce que nous pensons être notre vie n’est qu’un rêve. Tel est à peu près le thème de Matrix, célèbre film sorti en 1999, avec Keanu Reeves dans le rôle principal. Je n’ai jamais pu m’empêcher d’y voir une métaphore du monde actuel – je dis le monde, mais j’ai toujours essayé de ne parler que de ce que je connaissais, et je ne connais pas le monde : la France tout au plus. C’est donc elle, et seulement elle, qui est l’objet dans ce texte de mes prétentieuses extrapolations.

Le pouvoir absolu ne consiste pas à contrôler les hommes, mais leur esprit. Ainsi, la grande majorité de mes compatriotes vit dans une fantasmagorie qui n’a à peu près rien à voir avec la réalité. Ils croient pêle-mêle que Le Pen est un nazi, que Chirac est de droite, que BHL est un philosophe. Ils croient sincèrement que nous sommes dans une démocratie, c’est-à-dire dans un pays ou ceux qui tiennent vraiment les commandes sont les politiques qu’ils ont élu. Ils croient que les musulmans peuvent s’intégrer, et que si un jour le FN arrive au pouvoir, les trains seront bondés qui emmèneront Mamadou et Toufik dans des camps d’extermination, ou les attendent peut-être déjà des chambres à gaz spécialement construites pour l’occasion. Voici quelques exemples puisés dans la liste quasiment sans fin des mensonges ahurissants pour débiles profonds que mes compatriotes contemporains, appelons-les « les concons » pour faire court, avalent comme de l’Ovomaltine.
J’entends d’ici les esprits forts m’objecter «Parce que tu te crois peut-être plus intelligent que nous, connard ? ». Ce à quoi je répondrais, pour ne pas paraître encore plus prétentieux : « C’est plus compliqué que ça », avec le demi-sourire condescendant d’un intellectuel fatigué.

Je me souviens très bien de mon enfance.

Dès cette époque, je pu constater que mes camarades de classe, les concons que j’avais le plus l’occasion d’étudier à ce moment-là, manifestaient une acceptation bovine de l’environnement dans lequel on les faisait évoluer. La façon dont marchait leur petit monde leur semblait aller de soi. Ils se comportaient exactement comme s’ils avaient toujours vécu dans cet univers – et c’était effectivement le cas. Quant à moi, j’avais habité jusqu’à mes sept ans dans un quartier ou la plus grande partie des enfants de mon âge était constituée de petits maghrébins. Je garde de cette époque très lointaine un souvenir mythifié, le sentiment d’une liberté immense, la sensation d’être à ma place, ce qui ne fut plus jamais le cas. Les petits arabes passaient leur temps dans la rue et, grâce à l’éducation laxiste de mes parents, moi aussi. Je jouais donc avec eux à des jeux de gosses en toute innocence.

L’innocence, c’est peut-être ce que j’ai perdu quand nous avons déménagé pour une banlieue bourgeoise peuplée de blancs de souche. Tout d’un coup, tout me parut étrange, gris, inhumain. Je quittais un monde de joyeux sauvages pour me retrouver au milieu d’un troupeau bête et discipliné. Je devins un enfant solitaire, incapable de communiquer avec les concons. J’avais la sensation diffuse de l’existence de règles non écrites mais très réelles, de codes, de rites étranges, d’une liturgie de la parole qui m’échappait totalement. Quant à mes parents, ils étaient ce que, dans cet univers, on appelle des racistes, c’est-à-dire des gens qui trouvaient que la présence croissante de musulmans d’importation sur le territoire était la promesse d’un pourrissement inévitable de la société française. Malgré tous leurs défauts, je peux les remercier aujourd’hui car, n’étant jamais entré dans la Matrice, l’effort de m’en libérer me fut épargné.

Du fait de cette double césure – les opinions politiques de mes parents et l’abandon brutal de mon environnement maghrébin pour un autre complètement différent et même sur bien des points opposé – je me sentis, non, je fus et je suis toujours, fondamentalement, un étranger. Je voyais la Matrice à l’œuvre, mais ses seringues ne perçaient pas mon épiderme.

Quand j’eu l’occasion, plus tard, de revoir des maghrébins, je me rendis compte que je n’avais plus rien de commun avec eux non plus. Finalement, le milieu ou je me sentis le plus à l’aise était celui que je n’avais jamais connu, celui des prolos, des « beaufs » gaulois. En leur compagnie, on n’avait pas besoin de se signer (ou d’invoquer la lutte contre le racisme, ce qui en 2006 revient au même) quand on riait d’une blague quelconque mettant en scène un Belge, un juif et un arabe. C’était là ou la Matrice était la plus faible. Mais c’était là aussi ou l’apolitisme était le plus grand.

Pour autant, je restais fondamentalement un solitaire.

Pendant mon adolescence, si je me trouvais en gros d’accord avec les convictions de mes parents, qui n’étaient rien d’autre que du bon sens élémentaire, je me foutais complètement de la politique. Mes centres d’intérêt, c’était les jeux vidéo, la branlette, le cinoche et les bouquins de Stephen King. C’est au sortir du service militaire que je me mis à d’avantage m’y intéresser, en achetant régulièrement des journaux «d’extrême droite» (tout ce qui sort de ce que Michel Drac appelle « la Systémie » est appelée par elle extrême droite. Pour ma part, je n’ai jamais compris ce que pouvait signifier d’autre ce terme regroupant aussi bien des néo-nazis que des juifs sharoniens).
Cependant, ce n’est que depuis quelques années que j’ai entrepris une modeste, mais néanmoins réelle entreprise de documentation sur les tenants et aboutissants de la société qui m’entoure.

Les livres de Guillaume Faye, Gille-William Goldnadel, Dominique Venner, Pierre Lance et d’autres m’ont fourni la matière indispensable à un embryon de réflexion. Ces auteurs étaient tous déjà des adultes quand la Matrice a commencé à se mettre en place dans les années soixante-dix. Ils n’ont donc pas eu besoin, eux non plus de s’en défaire. Mais, pour la majorité de ceux qui sont nés à partir de cette période, l’endoctrinement a commencé dès qu’ils ont été en âge de comprendre quelque chose, et n’a jamais cessé depuis.

Comment peuvent-ils, eux, sortir de la Matrice ? Je ne sais pas, je vous dis, je n’ai jamais essayé. J’erre dans une sorte de no man’s land mental. Je gravite dans ce monde sans y participer. Je suis finalement, une exception. Mais le système est admirablement conçu. En URSS, régnait une pseudo-Matrice extrêmement grossière, puisque tout le monde savait qu’elle existait, qui la dirigeait, quelle idéologie la sous-tendait. On savait, par exemple, que les livres qui entraient en contradiction avec l’idéologie soviétique étaient interdits par le pouvoir. En France, ce n’est pas interdit, mais personne ne les lit, puisque ni la télé ni les journaux à grand tirage n’en font état.

Cela me rappelle le fameux proverbe : la dictature, c’est « Ferme ta gueule », la démocratie c’est « cause toujours ».

Techniquement, à peu près n’importe qui ayant un niveau Bac a les moyens intellectuels de sortir de la Matrice. Mais il faut une volonté. Il est sûrement très dur, j’imagine, d’admettre comme possible, puis probable, que toutes les croyances ingérées de force, comme on gave une oie, dès l’enfance, sont en fait un gigantesque tissu de conneries. Mais c’est possible. Certains l’ont déjà fait.

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