3 février 2023
Non classé

Quand le PCF négociait avec les nazis

Au lendemain de la Libération, auréolé du prestige qui s’attachait à son engagement dans la Résistance et au sacrifice d’un grand nombre de ses membres, le PCF a nié avoir jamais engagé les moindres pourparlers avec l’occupant. Puis il a reconnu qu’une telle démarche avait bien eu lieu, mais il a prétendu qu’elle avait été le fait de simples militants, privés de directives dans la débâcle. C’est seulement dans les années 1980 que l’historiographie communiste officielle a admis que des négociations avaient été menées, sur consigne de la direction du parti, par des responsables de haut niveau.

Les hasards de la recherche documentaire ont fait découvrir à des historiens, aux archives départementales de Paris, des notes établissant l’argumentaire employé par les représentants du PCF auprès des autorités d’occupation. Claude Pennetier et Jean-Pierre Besse publient leurs trouvailles sous le titre Juin 40, la négociation secrète (Les éditions de l’Atelier).

Le document central est une liasse de notes saisie par la police française sur une militante communiste, Denise Ginollin, arrêtée, le 20 juin 1940, près de la station de métro Saint-Martin à Paris. Depuis l’interdiction de la presse communiste, en août 1939, puis la dissolution du parti lui-même, en septembre, la police traque les dirigeants et les militants soupçonnés de reconstituer leur organisation dans la clandestinité. La défaite et l’Occupation n’ont pas interrompu le travail des policiers.

Ce texte mérite d’être cité assez longuement, avec sa syntaxe approximative :

“1°) Vous avez laissé paraître journaux communistes dans autres pays Danemark, Norvège, Belgique

Sommes venus normalement demander autorisation

2°) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Daladier, Reynaud, juif Mandel

Juif Mandel après Daladier nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale.

Sommes PC français pas eu peur

3°) Pas cédé face dictature juif Mandel et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Reynaud

courage ouvriers français ouvriers parisiens et quand ce sont des ouvriers français ou parisiens c’est le PCF

4°) Sommes une force, (…) nous représentons une force qui dépasse les frontières françaises, vous comprenez, derrière nous l’URSS/c’est une force l’URSS/vous en avez tenu compte/pacte germano-soviétique le prouve. On ne fait pas un pacte avec des faibles mais avec des hommes forts (…)

Notre défense du pacte

Cela vous a avantagé

Pour l’URSS nous avons bien travaillé par conséquent par ricochet pour vous

5°) (…) En interdisant L’Huma vous montrez que vous voulez combattre les masses ouvrières et petites-bourgeoises de France, que vous voulez combattre l’URSS à Paris (…)

6°) (…) Nous voulons tout pour que les masses ne subissent pas événements douloureux, voulons les aider avec votre collaboration si vous voulez : réfugiés, enfants

nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous (…)”

La date de rédaction n’est pas connue, ni les circonstances de la prise de notes. Par trois fois, il est fait mention du “juif Mandel” : Georges Mandel, ministre de l’intérieur du gouvernement Paul Reynaud de mars à juin 1940, sera assassiné par la milice, force de collaboration pétainiste, en juillet 1944. Le texte attribue à Mandel la responsabilité d’avoir “fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nationale”, rare exemple de reconnaissance des consignes de sabotage données par le parti, en 1939-1940, aux militants communistes travaillant dans les usines d’armement.

Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier estiment que le rédacteur de ces notes est Maurice Tréand, arrêté le même jour que Denise Ginollin. Trois jours plus tard, le 23 juin, les Allemands les font libérer. Les pourparlers vont durer plus de deux mois. Ils n’aboutiront jamais.

En juin 1940, l’appareil du Parti communiste, contraint à la clandestinité, est sérieusement affaibli par les défections de ceux qui refusaient le pacte germano-soviétique, par les arrestations et par la mobilisation de nombreux militants sous les drapeaux. La direction est dispersée. André Marty, un des secrétaires de l’Internationale communiste (IC), et Maurice Thorez, le secrétaire général du PCF, sont à Moscou. Jacques Duclos, qui va prendre la direction du parti en France, et Maurice Tréand, le responsable des cadres, sont à Bruxelles avec Eugen Fried, dit Clément, représentant de l’IC. Le 15 juin, le lendemain de l’arrivée des Allemands, tous trois rejoignent Paris en voiture et s’installent dans les locaux de la représentation commerciale soviétique, avant de rejoindre des planques en région parisienne. Puis Fried rentre à Bruxelles. En Belgique, les communistes ont entamé des pourparlers pour faire reparaître leur presse ; ils vont faire de même à Paris.

Toujours le 15 juin, Otto Abetz arrive dans la capitale comme représentant de Joachim von Ribbentrop, le ministre des affaires étrangères allemand. Connaisseur de la France, où il a vécu pendant une dizaine d’années, et grand manipulateur, Abetz a un objectif : “mener la désunion intérieure”. Il va être à l’origine des négociations. Les représentants du PCF et ceux d’Abetz vont entrer en contact, à partir du 17 juin, par l’intermédiaire d’un avocat communiste qui travaille pour l’ambassade soviétique, Robert Foissin. Le processus commence, clairement validé par Duclos. Il va être conforté par un télégramme clandestin du 22 juin, en provenance de Moscou, signé de Georgi Dimitrov, secrétaire général de l’IC, et de Maurice Thorez, ce que ce dernier niera. Le texte en est le suivant : “Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement L’Humanité, en veillant (à ce) que ces journaux… ne donnent aucune impression de solidarité avec envahisseurs ou leur approbation.”

A Moscou, manifestement, on se méfie. Mais il faudra un mois, et un nouveau télégramme de Dimitrov et Thorez, le 20 juillet, pour que le processus soit enrayé. “Considérons juste ligne générale. Indispensable redoubler vigilance contre manoeuvre des occupants. Etait juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale, mais entrevue Abetz est une faute, car danger compromettre parti et militant”, décrètent les deux dirigeants. Les liaisons suivantes confirment que Moscou se méfie des “manoeuvres des autorités d’occupation” et de l’avocat Foissin, désigné comme “agent des occupants”.

Pourtant les contacts avec Abetz continuent. Un dernier rendez-vous, prévu le 27 août, sera annulé. Le 31, Robert Foissin est exclu du parti. Il rencontre une dernière fois Abetz le 2 septembre. Un rapport signé par un proche de Duclos, Arthur Dallidet, en octobre, met en cause Tréand. Celui-ci va payer cher d’avoir été en première ligne dans cette négociation. Marginalisé, il mourra en 1949. Pour l’historiographie officielle du PCF, il sera longtemps le seul responsable de ce qu’elle présentera comme une initiative locale .

Michel Lefebvre pour Le Monde

Après une complicité avec le totalitarisme soviétique d’un demi-siècle, ce morceau de bravoure et d’ignominie aurait dû être de nature à disqualifier le nom même de communisme, exactement au même titre que l’autre totalitarisme.

Mais rien n’y fait. Spécificité française – alors même que le parti français a été le plus stalinien de toute l’Europe occidentale – on peut encore marcher la tête haute dans les rues de Paris en se disant « communiste ».
Tous les pays d’Europe, après l’écroulement du mur de Berlin, l’analyse des archives du K.G.B., et leurs révélations sur les complicités à l’Ouest, ont mis, moralement au moins, en accusation les partis communistes complices. Tous. Sauf un.

J’ai dit, dans un précédent blog-note, la prégnance de l’idéologie gauchisante sur la société française. Je veux souligner ici la bienveillance de celle-ci à l’égard du mouvement communiste, fût-il stalinien, et, un temps même, complice des nazis.

Jusqu’à la petite Clémentine Autain, qui se croit sans doute très branchée, et qui n’hésite pourtant pas à être apparentée communiste….
Quant à l’Humanité, tendre avec le Hamas et le Hezbollah antisémites, il continue à être un torchon subventionné jouissant des faveurs de toutes les revues de presse.

Si la droite française était intelligente et possédait des convictions, elle obligerait les socialistes à tenir les fascistes de gauche pour infréquentables, plutôt que d’être fascinés. Exactement comme les socialistes ont procédé pour empêcher la droite à lorgner vers ses extrêmes.

« Téhéran réunit une conférence sur la “réalité” de la Shoah. » (La presse).
« On en parle dans les organisations juives comme d’une “véritable ignominie” » (Le Monde).

Et ailleurs ?

« Joey Starr jugé à Paris pour usurpation d’identité » (AFP).

La cour d’appel de Nancy a décidé, jeudi 7 décembre, que le rappeur Joey Starr, de son vrai nom Didier Morville, sera jugé à Paris pour usurpation d’identité une personne portant le même nom ayant déposé plainte contre lui. Placé en garde à vue, il avait reconnu avoir utilisé un faux permis de conduire afin que ses contraventions soient payées par le Didier Morville domicilié à Nancy.

Vous avez bien lu. Ce type pété de tunes, comme il dirait, non content de mettre régulièrement des trempes à sa femme, faisait régler ses P.V. par un quidam sans doute mille fois moins blindé.

C’est cette grande conscience que Le Monde et Libé ont récemment mise en valeur pour exhorter les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales.

On a les héros qu’on veut.

Un dernier mot sur le rap.

À la limite de l’indicible, tant il est ringard et sulfureux de taper sur cet art majeur. Mais allez donc faire un tour sur la chaîne ZIK. En boucle, fascination obsessionnelle de la violence, des gangs, mise en scène pitoyable de conformisme de la victimisation, haine des flics et de la France.

On a les héros qu’on peut.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


%d blogueurs aiment cette page :